Chez l’éditeur Belin, le libéralisme trône dès la deuxième page du cours, alors que le socialisme se traîne à la trois cent douzième. Excusez du peu. La relégation n’empêche pas ce dernier
terme d’être défini : «Idéologie et mouvement politique prônant, par la révolution ou par des réformes, la remise en cause de l’économie capitaliste.» La double peine. Comment nous
suggérer que depuis 1983 le PS s’est pris les pieds dans les mots ? Tous y sont, mais dans le désordre : «Depuis sa révolution, ce mouvement politique remet en cause son socle idéologique
et prône les réformes nécessaires au capitalisme.» Quelle claque ! D’après notre brochette de rédacteurs agrégés, seuls Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou ont encore le droit au
label.
Les éditions Nathan éditent, elles, deux manuels de première. Les deux ont un lexique, et dans les deux lexiques il n’y a pas de définition du socialisme. Comment faut-il l’interpréter cet
oubli ? Le socialisme est-il devenu inutile ? Dans les deux ouvrages en tout cas, le libéralisme a le droit à une belle définition. Un des deux précise ainsi que le libéralisme veut
«assurer l’enrichissement général», alors que dans la même colonne la finalité du marxisme est, elle, totalement ignorée.
Dans un des manuels, un cours consacré aux idéologies s’avère aussi assez instructif. Au titre des courants qui «ont justifié ou combattu le capitalisme et la mondialisation», le
socialisme n’a le droit de cité qu’en couleur sépia, au XIXème siècle. Il représente alors «la voie réformiste qui entend améliorer le sort des plus démunis en faisant adopter des lois
sociales». Après ? Après ils disparaissent. Au XXème siècle, ils sont remplacés par les socio-démocrates. Le coup est rude. C’est pour cela que, parmi «les dirigeants des grandes
puissances économiques» qui s’inspirent du libéralisme au cours des années 1980, le manuel oublie de citer Laurent Fabius et feu Pierre Bérégovoy. Il n’y en a que pour Reagan et
Thatcher. Il eut pourtant été instructif de faire comprendre comment notre PS hexagonal changea alors de camp. La couverture de Paris Match où Hollande et Sarkozy soutenaient
ensemble, sourire aux lèvres, la concurrence libre et non faussée du traité constitutionnel européen, en 2005, aurait pu illustrer le propos. Par tact, les rédacteurs se sont abstenus. Cela
aurait pourtant permis aux étudiants de comprendre l’évolution du PS et pourquoi «au tournant du XXIème siècle» on ne parle plus du tout des socialistes parmi les résistants à la
mondialisation et au capitalisme. Ils sont insensiblement remplacés par le «courant antimondialiste qui se mue bientôt en mouvement altermondialiste».
L’autre manuel Nathan traite tardivement du socialisme. En page 337 seulement ! Seul le féminisme est plus mal traité, ses combats n’étant relatés qu’en dernière page du manuel. Autant dire
que pour terminer son programme, le professeur pourra aisément sauter ce «cadrage». Le chapitre s’intitule «L’organisation d’un puissant mouvement ouvrier». Comme le programme constate le
déclin du monde ouvrier, ce passage pourrait faire penser que le PS a disparu avec les bleus de travail. A moins que l’explication de ce traitement ne se trouve résumé en douce dans la
biographie de François Mitterrand, hors cours, à la fin du manuel. Pour le coup, la charge est violente : «Issu d’un milieu de droite…, il dirige la Vème République pendant 14
ans, incarnant d’abord l’alternance et les grandes réformes, puis la conversion du socialisme à la "rigueur"». Le mot libéralisme aurait été plus juste, mais point trop n’en faut. On se
contentera de «rigueur». Seuls les lecteurs attentifs remarqueront cette critique en creux. Mais c’est incontestable, voilà les socialistes habillés pour l’hiver. Malheureusement nos profs
rédacteurs ne peuvent pas aller plus loin, ils sont encadrés par les responsables des programmes, qui par leurs choix, ont restreint le champ des possibles.