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Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne

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LA DÉFLATION MENACE LA FRANCE..

La déflation consiste dans la spirale cumulative à la baisse de l'activité et des prix, de l'investissement et de l'emploi, des revenus et des patrimoines. Elle est plus dangereuse que l'inflation pour deux raisons. Sur le plan économique, elle détruit des richesses réelles alors que l'inflation crée des richesses virtuelles. Sur le planpolitique, elle lamine les classes moyennes, dont les revenus, le patrimoine, les emplois, les perspectives d'ascension sociale sont déstabilisés, ce qui nourrit les populismes et fragilise la démocratie.

La crise des années 1930 a illustré les ravages de la déflation consécutive au dégonflement d'une vaste bulle spéculative. L'économiste américain Irving Fisher(1867-1947) en a fait la théorie, montrant que le désendettement accéléré conduit à l'effondrement des actifs, qui se répercute sur l'ensemble des prix, provoquant la chute des profits puis l'explosion des faillites et du chômage.

La politique monétaire restrictive de la Réserve fédérale américaine, au lendemain du krach d'octobre 1929, le refus de la reflation puis l'échec d'une stratégie coopérative lors de la conférence de Londres, en 1933, transformèrent la récession américaine en dépression mondiale à travers la désintégration des échanges et des paiements mondiaux sous le choc du protectionnisme et des dévaluations compétitives.

La déflation est aujourd'hui de retour. Le capitalisme mondialisé, à la suite de l'éclatement de la bulle financière, affronte depuis 2008 une déflation qui a été contenue par la mobilisation maximale de la politique budgétaire et monétaire, mais qui tend à réapparaître du fait de l'épuisement des mesures de relance sous l'effet du surendettement des Etats développés et de la surexposition du bilan des banques centrales.

LA FRANCE SOUS LA MENACE

C'est désormais la France qui se trouve sous la menace directe de la déflation. Pour la première fois depuis 1945, le PIB a diminué de 2 % et la production industrielle de 10 % depuis 2008, tandis que le pouvoir d'achat des ménages vabaisser de 1,2 % au moins en 2012 et 2013.

L'investissement productif stagne depuis plus de dix ans tandis que les exportations poursuivent leur recul, qui les a vues passer de 18 % à 12 % des parts de marché dans la zone euro depuis 1990, au moment où la balance courante de l'Italie, de l'Espagne et du Portugal se redresse de manière spectaculaire.

Venant après les augmentations de la fiscalité de 20 milliards d'euros décidées en 2011 et de 12 milliards en 2012, le nouveau choc fiscal de 20 milliards prévu par le budget 2013 fera basculer la France dans la récession. Et ce d'autant que les 10 milliards mis à la charge des entreprises vont réduire encore leur compétitivité et leur profitabilité qui est la plus faible d'Europe (taux de marge de 28 % contre 40 % en Allemagne), entraînant un regain des faillites et du chômage. Loin du retour à la croissance pour 2014, la France s'apprête à connaître une décennie de croissance zéro.

Dans les années 1930, la France accusa sur la décennie la pire performance des pays développés avec une chute du PIB de 2,1 % contre une augmentation de 1 % pour les Etats-Unis, 2,3 % pour le Royaume-Uni, 2,8 % pour l'Allemagne.

La production industrielle s'effondra de 24 % tandis que les exportations chutèrent de 11,2 % du marché mondial, en 1929, à 5,8 % en 1938. Cette débâcle économique fut le résultat d'une suite d'erreurs stratégiques : constitution du bloc-or en 1933, déflation du gouvernement Laval en 1935, dévaluation tardive de 1936 et loi des 40 heures qui cassa la reprise en provoquant un choc négatif de compétitivité.

Si l'économie et la société ouvertes des deux dernières décennies tranchent avec la montée des frontières, caractéristique des années 1930, force est de constaterque les errements de la politique économique française depuis 1990 présentent des points communs avec l'entre-deux-guerres : passage à la monnaie unique avec les principes du traité de Maastricht qui privilégient les ajustements réels, à l'instar du bloc-or ; croissance à crédit portée par la bulle spéculative de la dette publique ; loi des 35 heures ; retour à l'équilibre budgétaire par le recours exclusif à des hausses d'impôts alors que tous les autres pays qui se sont ajustés ont recouru à hauteur des deux tiers à des baisses de dépenses publiques dont l'effet récessif est moindre.

Le paradoxe veut que la France s'engage dans la déflation au moment où la zone euro s'en détourne, grâce au tournant pris par la Banque centrale européenne (BCE) sous l'autorité de Mario Draghi, qui a pris le contre-pied du monétarisme suicidaire de Jean-Claude Trichet, en replaçant la croissance, l'emploi, la stabilité du secteur financier et des Etats au coeur des missions de la BCE.

La déflation à la française ne s'effectue pas par la baisse des prix et des coûts mais par l'euthanasie de la production, du travail et de l'investissement. La longue stagnation qu'elle organise est indissociable du déclassement économique rapide du pays et, à terme, de la montée de la violence politique et sociale.

Article de Nicolas Baverez vu dans le journal Le Monde.

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