Alain Juppé, qui vient d'être nommé ministre de la Défense à la suite d'Hervé Morin, a souvent pris des positions assez différentes de celles de Nicolas
Sarkozy, notamment sur la dissuasion nucléaire et l'Otan... même s'il a mis beaucoup d'eau dans son vin (de Bordeaux ?) depuis qu'il espérait revenir au gouvernement.
Alain Juppé confiait récemment à ses proches qu'il ne souhaitait pas devenir minstre de la Défense "pour s'occuper des casernes". Les
encasernés apprécieront. L'ancien ministre des affaires étrangères (1993-1995) profitera sans doute de son poste pour jouer un rôle à l'international, et non pour s'occuper de
l'intendance - les réformes essentielles ayant été engagées par Hervé Morin.
Non sans naiveté politique, beaucoup de mlilitaires apprécieront sans doute de voir la Défense confiée à un poids-lourd, qui plus est avec le titre
honorifique de ministre d'Etat et une première place dans la hiérachie du gouvernement. Mais les symboles ne suffisent pas à faire une politique. Qu'en est-il de la réalité
?
Sur le nucléaire, Alain Juppé avait signé le 14 octobre 2009, un texte avec Michel Rocard, Alain Richard (ancien ministre PS de la défense) et le
général Norlain, "pour un désarmement nucléaire mondial". Les deux anciens Premiers ministres s'alignaient ainsi sur la position du président Obama - qui fait criser quelques dents
dans l'establishment français. Les signataires appellaient entre les lignes à un désarmement français en écrivant que notre pays devait "en tirer les conséquences le moment venu
quant à ses propres capacités".
Lorsqu'il était le Premier ministre de Jacques Chirac (1995-97), les choix du gouvernement Juppé ont abouti à une réduction des forces nucléaires, sans réel gain politique sur la
scène internationale. A la suite de la polémique suscitée par la reprise des essais dans le Pacifique, la France a démantelé une part importante de son dispositif (Mururoa, Albion,
Pierrelatte et Marcoule...) et signé des textes contraignants. De toutes les puissances nucléaires, la France est celle qui est allé le plus loin dans cette voie, sans en récolter le moindre
bénéfice en termes politiques - au point qu'elle se retrouve aujourd'hui dans la position du mauvais élève !
Alain Juppé s'était également prononcé en faveur d'une dissuasion nucléaire "concertée" avec nos partenaires européennes, sans déclencher l'enthousiasme
de ceux-ci...
Au sujet de l'Otan, le 18 juin 2008, Alain Juppé se demandait si la France "n’est pas en train de faire un marché de dupes, en rentrant sans
conditions. Il y a des évolutions qui m’inquiètent", assurait-il alors. Ses propos ne figurent plus sur son blog... Quelques temps plus tard, Alain Juppé se demandait toujours d'y
"regarder à deux fois" avant de revenir totalement dans l'organisation intégrée. "Si, malgré notre position spécifique dans l’OTAN, nous en sommes un membre si actif, quel
avantage allons-nous retirer à perdre cette spécificité ?" s'interrogeait-il.
Avec Jacques Chirac, Alain Juppé avait pourtant tenté un retour dans l'Otan, en 1996, en réclamant un poste important (Afsouth, le commandement
des forces en Méditerranée), une exigence jugée démesurée par les Alliés et qui avait fait capoter le projet.
Premier ministre de mai 1995 à juin 1997. Il a, sous l'autorité de Jacques Chirac et avec le ministre de la Défense Charles Millon, conduit l'une des
plus importantes réformes militaires des dernières décennies, avec la professionnalisation des armées. Celle-ci, réussie, s'est traduite par une sérieuse réduction du format (armée de terre
: - 42%, marine et armée de l'air : -29%) et la fermeture de nombreuses garnisons.
Ces choix drastiques n'ont pas eu d'équivalent dans l'équipement, avec la poursuite des programmes hérités de la guerre froide (Char Leclerc,
Hélicoptère de combat, Rafale, Porte-avions, etc) qui ont tous continué mais en prenant du retard.
En matière d'industrie de défense, le gouvernement Juppé est resté dans les mémoires comme celui de l'affaire Thomson. Un épisode qui s'est soldé
par un échec. Alain Juppé voulait céder la branche de défense Thomson CSF (aujourd'hui Thalès) à Matra (futur EADS) et donner Thomson-Multimédia au coréen Daewoo "contre un franc
symbolique".