Décidément, il plane sur l’Europe politique comme un épais brouillard. Mardi, les députés ont voté en majorité pour le Mécanisme Européen de Stabilité,
261 voix pour, 44 contre et 133 abstentions.
Les élus UMP ont à la quasi-unanimité –à deux exceptions près- voté pour ce « FMI européen ». Les députés socialistes, quant à eux, dans leur grande
majorité (20 d'entre eux ont tout de même voté contre), ont choisi de s'abstenir alors même que le MES est étroitement lié au Traité Merkozy que François Hollande affirme vouloir
renégocier s'il parvient à l'Elysée.
En choisissant de ne pas choisir, les parlementaires socialistes ont surtout voulu éviter de faire resurgir les lignes de fracture apparues lors du
débat référendaire de mai 2005, dont les leçons – le refus de tout débat sur le MES en est la meilleure preuve - n’ont toujours pas été tirées. Car au-delà du contexte politique, c’est
le fonctionnement même de l’Union européenne, « une « boîte noire » au sein de laquelle les décisions sont prises sans que les exigences de publicité et de transparence soient
complètement remplies, et sans que les raisons qui fondent les décisions prises soient suffisamment perceptibles par les citoyens » explique Thierry Chopin, docteur en Sciences politiques à l’IEP Paris. Un déficit de
légitimité démocratique devenu intolérable au fur et à mesure que son intervention touche à la vie quotidienne de l’ensemble des citoyens européens. Avec la
tutelle imposée par le MES, les peuples seront désormais dépossédés de tout pouvoir budgétaire.
La veille du vote, Elisabeth
Guigou expliquait dans Le Monde que lors d’une réunion de groupe, elle s’était prononcée pour le « oui » : « Sur le principe, on ne peut pas être contre
le Mécanisme Européen de Stabilité (MES). Ce mécanisme, on en a absolument besoin, même si les conditions de sa mise en oeuvre ne sont pas totalement satisfaisantes. Nous l'avons réclamé.
Nous avons intérêt à avoir un mécanisme pérenne et bien doté ».
Finalement, les socialistes se sont abstenus, Jean-Marc Ayrault, chef de file des députés PS usant d’une formule qui devrait rentrer dans les
manuels d’histoire de tartuferie politique : « Notre abstention est dynamique, offensive. Le vote non aurait donné l'impression de ne rien
décider ».