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| Elefterotypia - 23/06/2012 |
Les apparences et les humeurs du temps ont changé. Les médias, les « analystes », les « catastrophologues », les dignitaires de
Bruxelles, le personnel politique des grands pays de l'U.E. ainsi que mon ami S.P. l'instituteur, ont mis la pédale douce. Les dépêches en temps réel et différé redeviennent
« positives », les perspectives économiques « s'ouvrent enfin » selon la presse autorisée, et à la radio, on nous explique comment profiter des meilleures
plages de Naxos, comme si de rien n'était.
Il paraît que depuis Bruxelles, Berlin, Paris, ou depuis les salles des marchés, on se montre désormais compréhensif vis à vis de nous, maintenant
que nous sommes devenus presque... raisonnables. Pas de nouvelles mesures immédiates en vue, car on laisserait passer l'été, plus un allongement de la durée pour ce qui est de nos
« obligations vis à vis des créanciers ».
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| « Le gouvernement tripartite » - Elefterotypia - 23/06/2012 |
En attendant l'arrivée de la Troïka à Athènes dès lundi, on peut alors se rendre à la plage ou rester chez soi, comme P.P., habitant des quartiers
ouest, privé d'électricité depuis quelques semaines : « P.P. et sa famille n'ont plus de courant depuis un mois. Ils n'ont pas pu honorer la facture s'élevant à
1.586 euros. Méfiant au départ, il a hésité avant de se confier aux journalistes. Chez lui, on cuisine désormais au gaz, et on s'éclaire à la bougie. Les enfants sont mécontents
car ils ne peuvent plus regarder la télévision et leurs parents promettent le rétablissement du courant pour bientôt. « Je ne pensais pas que j'arriverais à un tel point. Mon
épousé a été licenciée il y a quatre mois. Je travaille, je suis pâtissier, je gagne 680 euros par mois et mon patron vient de m'annoncer une diminution supplémentaire de 90 euros
de mon salaire. Je suis dans le désarroi le plus total. » Dans le même quartier, un enseignant de l'Éducation nationale, dont le salaire a été diminué de moitié a du mal à
s'en sortir, pour lui-même et pour ses trois enfants : « Je n'ai plus d'électricité depuis deux semaines. Je ne demande pas la pitié de l'État, ni d'un gouvernement
(Samaras) qui s'adonne au commerce de l'espoir en prétendant renégocier le mémorandum. Demain ou après-demain, une organisation (au niveau du quartier) m'aidera à remettre le
courant, passant outre. Par la suite, je verrais comment et de quoi ma vie sera-t-elle faite. Je ne veux plus ajouter autre chose s'il vous plait » - (reportage de Dina
Karatziou, « Elefterotypia » du 23/06, parution exceptionnelle par des journalistes "grévistes", avec l'accord des ex-patrons du titre).
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| "La foule des grands reporteurs Place Syntagma" |
La Grèce sans courant. La foule des grands reporteurs a quitté la Place Syntagma, après un dernier papier obtenu à la hâte sous la canicule.
L'événement grec se referme sur lui-même jusqu'au prochain paroxysme. Dans la rue il y a de la résignation, du fatalisme et de la fatigue, comme en témoigne ce dialogue entre deux
hommes dans un marché athénien, vendredi dernier : « Tu as voté Samaras et mémorandum, eh bien, je ne t'adresserai plus jamais la parole, je composerai la prochaine
Grèce avec mes amis, SYRIZA et les autres ». « Soyons calmes, Dimitri, nous avons choisi de mourir par petit feu car nous avons eu peur de la mort subite, nous
ne sommes pas si différents je crois ».
Mais Dimitri ne voulait plus rien entendre. Il s'en est pris pratiquement à tout le monde, y compris à une vendeuse d'icônes, et cette dernière,
répliqua gentiment à sa manière, en argumentant... sur « l'Antéchrist qui se trouverait déjà parmi nous ». Je me souviens également d'une discussion animée
entre deux adeptes de l'Aube dorée sur ce même sujet, il y a dix jours. Ils n'arrivaient pas à accorder leurs violons sur la partition très primaire de leur cosmogonie
eschatologie : « Non et non, je viens de te l'expliquer, ouvrons les yeux, l'Antéchrist n'est pas Tsipras, lui c'est un minable, mais Barack Obama, car toutes les
écritures convergent, en 2012 on attaquera d'ailleurs l'hellénisme dans un assaut final ».
De toute évidence, Alexis Tsipras se transforme progressivement en « grand personnage » de notre constellation politique. Et fréquemment,
lorsqu'on parle de lui, on dit tout simplement « Alexis », c'est aussi un signe qui ne trompe pas. C'est ainsi que les journalistes grévistes au quotidien très regretté
« Elefterotypia », dans une édition exceptionnelle du titre, daté du samedi 23 juin, proposent leur vision satyrique de la toute dernière « Tsiprologie »,
décidément très en vogue en ce moment. Chez SYRIZA on boit certes du petit lait... sauf qu'il est caillé, car le temps de la rupture est reporté et si besoin noyé par la nouvelle
vague du mémorandisme. Les résultats des élections du 6 mai ont laissé pressentir pour la société grecque, sa sortie possible du coma politique des trente dernières années. Les
stéréotypes des « alternances » politiques dont la gestion des « affaires communes », la rhétorique stérile, y compris celle située à gauche, ainsi que les
pratiques y afférentes, ont perdu l'essentiel de leur légitimation aux yeux de l'opinion. Sinon, comment expliquer cette mobilisation et orchestration de la peur dans
l'argumentaire pré-électoral, et les interventions extérieures, dont la plus tragique et cynique, fut celle du Président français, (nous) incitant à voter en faveur du sinistre
conglomérat, de la droite et de l'extrême droite populiste, car il ne faut perdre de vue que le parti du populiste Samaras s'est renforcé des anciens députés, appartenant au
défunt LAOS de Karatzaferis.
Désormais on vit les cicatrices de la crise sur le corps social, devenues plaies et amputations. Elles ont contribué à leur manière au
« dénouement » du 17 juin. Nos regards sont fatigués, le sens commun même, serait à bout de souffle. Les suicides, les homicides et les violences commises ou
« désirées » occuperont durablement nos chroniques, on le sait aussi. Un homme s'est jeté avant-hier sur une rame du métro à Athènes, des immigrés se font poignarder
tous les jours par des individus se réclamant de l'Aube dorée, en Crète par exemple, on trouve des chiens pendus à des arbres en Attique, et on blesse ses voisins par balle, après
avoir tiré sur un chat errant « par plaisir », c'était en Grèce centrale dans la région d'Agrinio, toujours la semaine dernière, et ce n'est pas à cause de la
canicule.
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| Séjournant par la formule « tout compris » |
Il fait déjà durablement plus de 36°C ce qui pour une fois est vraiment de saison. Les médiasmainstream nous annoncent « qu'enfin, les réservations repartent à la hausse et les touristes arrivent, après la fin des
incertitudes ». Certes, il y a du monde, sauf que, lorsque je me suis rendu dans un complexe hôtelier d'Attique pour rencontrer un ami venu depuis la France, j'ai
constaté que le taux de remplissage ne dépassait pas 40%. Des visiteurs issus également d'une certaine classe (très) moyenne européenne, économiquement cheap flights with low cost et politiquement assez ignorante : « Je ne
comprends pas vraiment la politique, l'Europe devrait être solidaire envers la Grèce car c'est notre projet à nous tous, en tout cas j'ai compris qu'en France nous devrions nous
débarrasser de Sarkozy et voter Hollande. Je l'ai fait aussi, mais pour le reste, la politique, cette histoire des dettes souveraines, et la crise même... je n'y comprends
absolument rien et cela ne m'intéresse pas », témoignage d'une vacancière française, séjournant par la formule « tout compris ».
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| Plages d'Attique - 23 juin 2012 |
Les employés de la branche hôtelière sont très inquiets. Soit ils seront remplacés par des travailleurs immigrés, soit ils devront accepter le
travail « au noir », lequel devient désormais la règle ; dans certaines régions touristiques, 60% du personnel n'est plus déclaré. Pis encore, déjà, durant la saison
2010 et selon des données issues de l'organisme public d'assurance-maladie, dans certaines régions très touristiques du pays, il n'y aurait pas un seul employé de la branche dont
les cotisations seraient versées, et la liste n'est pas exhaustive : Ithaque, Milos, Andros, Sérifos, Céphalonie, Mytilène, Leros, Patmos, Rhodes, Crète. En ce moment à Rhodes, et
selon le syndicat de la branche, 2.500 employés sur 15.000 n'ont pas été réembauchés pour la saison 2012. Au même moment, les données officielles comptabilisent le nombre des
travailleurs immigrés employés dans le secteur à 300 personnes, tandis que les syndicalistes évoquent le chiffre de 3.000 personnes, auxquels s'y ajoutent encore 2.000 attendus
courant juillet. À Rhodes également, un hôtel, ouvert pour la saison 2012 en février, vient d'enregistrer ses premières embauches seulement en mai, (reportage de Panagiotis
Yfantis, « Elefterotypia » du 23/06, parution exceptionnelle par des journalistes "grévistes").
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| Au moment du match Grèce - Allemagne |
Les syndicalistes de la branche appellent à la grève générale pour la journée du 27 juin. Les TINAlistes tout secteur ont pourtant imposé leur
calendrier et surtout leurs réalités. Déstructuration du travail, usages « ingénieux » des flux migratoires, effondrement des dernières illusions ou presque,
paupérisation accélérée, et voilà que notre stratification sociale, peut ne plus se muer en cette historicité conflictuelle entre les dominants et les dominés, chère à la gauche
notamment. Et pour tout dire, le temps lui fait déjà défaut, chez SYRIZA on ne l'ignore pas. Gauche ou pas, la seule sortie de la crise imposera un autre paradigme. Pour ce qui
est du tourisme aussi. D'où ma réaction parfois mal comprise, face à certains commentaires de bonne foi, mais erronés, laissés sur ce blog à propos du tourisme « qu'il ne
faudrait pas trop effrayer car le pays vit de ses visiteurs ». Au risque de mécontenter certains, j'insiste : le tourisme
de masse qui relève déjà du non sens écologique, culturel et économique pour les régions réceptrices des flux, n'apporte plus grand chose aux populations locales, surtout en
termes de perspectives, d'harmonie et de dignité. On sait aussi par exemple, que les denrées alimentaires ou leur base, arrivées dans les grands complexes hôteliers de Crète ou de
Rhodes sont massivement importées, question de « coût », et à force de se mordre la queue à Samos ou à Paros, on finira par l'avaler entière, comme le mémorandum
d'ailleurs.
Il serait également grand temps d'aller au-delà de l'anti-mémorandisme. Refuser le mémorandum est un but tactique, mais réinventer la société, ses
symbolismes, son imaginaire, et ses équilibres tout en répondant à l'épineuse question de la répartition des richesses et de l'économie-fiction du « funderisme
intégral », relèvent de la stratégie. Mais avant de la relever cette stratégie, on remplira les plages et les glacières cet été 2012, comme on peut. Un temps occupés par le
match Grèce-Allemagne, l'opinion publique ne se remet plus vraiment, d'une fatigue immense. C'est plus que de la fatigue, c'est l'usure.
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| Au moment du match Grèce - Allemagne |
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| Au moment de l'égalisation de Samaras |
J'ai regardé le match sur une place de Ilion, accompagnant mes amis habitant ces quartiers populaires très vivants. Il y avait de l'ambiance
certes, mais guère plus. Certains jeunes gens, adeptes du code vestimentaire « aubedorien » ont fait leur apparition portant des drapeaux, dans indifférence
quasi-totale. Les drapeaux, c'était pour fêter la victoire, mais ils sont partis bredouilles. Tout le monde a exprimé sa joie lorsque Dimitris Salpingidis a servi Giorgos Samaras
pour l'égalisation. Et à chaque fois que les cameras se fixaient sur Angela Merkel, déjà... caricaturée à travers la presse, nous avons eu droit à un florilège...
d'insultes.
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| "Angela Merkel, déjà... caricaturée à travers la presse" |
Pas de chance, et pas seulement pour notre équipe nationale. L'autre Samaras, Antonis, vient d'être opéré d'urgence hier samedi de l'œil, à la
suite d'un décollement de la rétine. Il n'assistera pas au Conseil européen de Bruxelles, jeudi et vendredi prochain. Il sera remplacé par son ministre des Affaires étrangères, a
annoncé ce dimanche « notre » gouvernement. De même, notre nouveau ministre des Finances, le banquier-socialiste Vassilis Rapanos, a été hospitalisé vendredi après-midi,
il s'est évanoui avant d'être transféré à l'hôpital. Il en sortirait demain lundi et de ce fait, la Troïka va peut-être retarder son déplacement sur Athènes de quelques
heures.
Entre-temps, les cinémas en plein air proposent déjà des promotions pour la saison qui s'ouvre. Jadis, c'était un spectacle et habitus très populaire chez les ouvriers et autres prolétaires de l'ancien temps. Il
y a très longtemps, bien avant le temps de Star Wars et de son ancienne
République. Samaras et les autres joueurs... nos étoiles filantes.