Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
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Sarkozy en voulait à
Papandreou, mais s'en fichait de la Grèce. Il pleuvait, à Cannes, pour ce G20 plombé par la crise grecque. Nicolas Sarkjozy voulait coûte que coûte réussir son show. Peu importait les résultats
concrets, le Monarque s'adressait aux Français. Il fallait qu'on le voit donner des leçons, lancer ses injonctions, prodiguer ses conseils.
Il était sur la Croisette, celle du Festival de Cannes.
Sa propre tribune avait été dressée sur la scène du Palais, où l'on délivre chaque année en mai des Palmes d'or. Et cette année, il avait bien l'intention
de l'obtenir pour lui.
Sus à la Grèce
!
La Grèce fut donc « sommée » de
s'expliquer. La réunion,
mercredi soir à Cannes, entre les dirigeants européens et leur collègue grec George Panpadréou, fut paraît-il « tendue », à en croire le compte-rendu d'Arnaud Leparmentier. Quelques heures plus tard, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy montaient
sur une gigantesque tribune dressée pour le G20 pour annoncer les décisions du moment. « Ultimatum », « sommation », le vocabulaire était militaire, ce jeudi matin, pour relater cette séquence d'ouverture du
G20.
Georges Papandreou avait peut-être évité un coup d'Etat militaire dans son
pays. Il n'évita pas
l'impolitesse du couple Sarkozy/Merkel ni l'austérité. Vers le 4 décembre prochain, les Grecs auront le choix entre l'austérité imposée ou l'austérité approuvée. Triste choix pour un triste sort.
Paradoxalement, Papandreou a rendu un fier service à
l'eurozone.
Notre confrère Mecialex rappelait l'interminable liste des efforts de rigueur imposés au
pays: augmentation des impôts, allongement des durées de cotisations retraites, non-remplacement de neuf fonctionnaires sur 10, hausse de la TVA, etc. Il n'était pas difficile de comprendre que
la tâche était ardue, que l'opposition serait forte, que les réactions seraient violentes. L'opposition de droite, alliée à l'UMP de Sarkozy et à la CDU de Mme Merkel au Parlement européen, n'a
d'ailleurs cessé de jouer les hypocrites pour mieux récupérer le maroquin ministériel. Un peu plus tard, jeudi à Cannes, Sarkozy s'excusa même de toute ingérence dans les
affaires intérieures grecques. Qui est courageux ? « Je n'ai pas à m'insérer dans le débat politique grec qui est déjà assez compliqué comme
ça ».
Que dire de Goldman Sachs, la banque qui conseilla la Grèce - alors sous gouvernement conservateur - pour
s'endetter encore davantage et mentir sur son bilan, la banque qui fut l'employeur du nouveau patron de la BCE ? Bref, la situation grecque est évidemment bien plus complexe que la présentation,
comme souvent caricaturale, que Nicolas Sarkozy en fit ce mercredi soir à Cannes.
Sarkozy
grossier
Notre Monarque fut brutalement discourtois, grossièrement énervé comme un gamin contrarié. Il fallait l'écouter, les mains agrippant son pupitre, lisant son texte tout en levant de temps à autre la tête d'un
regard accusateur: « nous
voulons une réponse qui soit ferme, coordonnée et définitive, qui passe par les décisions qui ont été adoptées le 27 octobre à Bruxelles à l'unanimité des 17 pays de la zone
euro. » Puis vint le mépris :
« nous sommes prêts à aider
la Grèce, car la solidarité est à la base de la construction européenne, .... comme l'est aussi le principe de loyauté. Mais cela implique que la Grèce de son côté remplisse ses
engagements. » Papandréou
était prévenu. D'ailleurs, il n'avait pas été convié à cette explication publique.
Retenons la séquence: Merkel et Sarkozy, le fameux couple surnommé « Merkozy » avait «convoqué » le premier ministre d'un Etat souverain, le firent attendre deux heures avant de le recevoir
dans un salon cannois. Puis, l'explication/engueulade étant passée, le couple Merkozy déboula devant les journalistes pour 22 minutes de leçons... et de menaces : la 6ème tranche de l'aide
décidée le 27 octobre ne sera versée à la Grèce que lorsque « toute incertitude aura été levée ». La démocratie est une incertitude insupportable pour les
marchés... et notre Monarque.
« Compte tenu de la gravité
de la situation, nous lançons un appel pour qu'un consensus politique puisse être rapidement réuni en Grèce. (...) S'agissant du référendum qui a été annoncé, il est clair à nos yeux que le
principe d'en appeler aux peuples est toujours légitime, mais il est clair également que nous ne pouvons rester dans une situation d'incertitude prolongée. (...) il est clair que la question qui
se trouve posée, c'est celle de l'avenir européen de la Grèce. La Grèce veut-elle ou non restée dans la zone euro ? »
Jamais, ni là ni ailleurs, Nicolas Sarkozy n'eut-il un seul mot de compréhension à
l'encontre de Georges Papandreou. Il est comme ça, Nicolas. Il est mauvais joueur et
égoïste.
Le Festival de
Sarko-Cannes
Jeudi, le lendemain, le premier ministre grec acceptait son sacrifice personnel: s'il obtenait un vote de confiance au prochain
référendum, il se retirerait. En France, notre petit président français pouvait ouvrir son show cannois, le G20. A le voir se
précipiter accueillir les uns, faire semblant de converser avec les autres quand il marchait dans les couloirs (qui a besoin de faire des messes basses en public à ce niveau de responsabilité ?),
on comprenait l'importance toute narcissique, presque infantile, que Sarkozy accordait à ce conclave des ex-plus riches du monde.
Après le ratage grec, il y eut la boutade américaine. Barack Obama eut une façon toute personnelle de saluer la naissance de la petite Giuila Sarkozy, au papa
Nicolas déjà âgé: « Je suis
sûr que Giulia a hérité du physique de sa mère, plutôt que de celui de son père, ce qui est une très bonne chose ».
A la fin de sa première journée cannoise, pourtant sans aucun résultat concret sur les sujets du moment, Nicolas Sarkozy tenait « sa » conférence de presse, tout seul pour une grosse vingtaine de
minutes. Il était chez lui, c'était son Festival de Cannes. Il était d'ailleurs dans la grande salle Lumière du Palais des Festivals, celle-là même où se déroulent toutes les grandes projections
officielles, en mai de chaque année, et les cérémonies de palmarès des Festivals cannois. « Une si grande scène pour un si petit homme... » commenta Cyriel Martin, journaliste au Point.
Sarkozy n'avait pas grand chose à
dire, mais il était seul sur l'estrade, et c'était sans doute ce qui comptait. Ainsi, « l'essentiel des débats furent consacrés au sujet de la zone euro, nous voulons aller très vite
dans la mise en place du FESF », nous le savions déjà. « S'agissant de la Grèce je
dirais simplement que les choses progressent, nous suivons la situation avec beaucoup d'attention. Le message adressé à l'ensemble de la
classe politique grecque hier a facilité une prise de conscience qui, si elle est confirmée, sera saluée unanimement ».
Il répéta ensuite son agenda, pourtant déjà disqualifié. La France est ainsi favorable à une taxe sur les transactions financières internationales: « Je suis persuadé qu'elle est techniquement possible, financièrement
indispensable et moralement incontournable ». Mais, et nous le savions déjà, « il n’y a pas consensus, certains pays y sont très opposés ». Le projet est planté. Sarkozy avait aussi quelques portes
ouvertes à enfoncer: « les pays les plus pauvres ne peuvent être les victimes de la crise une deuxième fois ». mais Sarkozy avait besoin de se refaire une bonne conscience devant quelques journalistes. A
Paris, son premier collaborateur Fillon recevait les banques françaises pour leur demander, une nouvelle fois sans effet
depuis 3 ans, de modérer
leurs ardeurs en matière de bonus des traders.
Evidemment, il dût reconnaître qu'il doutait de l'application d'un réel plan de rigueur en Italie. Silvio Berlusconi, l'ancien meilleur ami transalpin de notre Monarque, avait promis des mesures
d'austérité. En vain. Son prétendu conseil des ministres d'urgence, mercredi soir, n'avait rien donné, malgré un
« ultimatum » du couple Merkozy.
Il y a 10 jours, Sarkozy avait moqué son ami Berlusconi. Ce jeudi à Cannes, il était déjà plus indulgent: « Je veux dire ma confiance dans l'économie italienne, une des plus fortes du
monde ».
Nicolas Sarkozy avait davantage d'attention pour Hu Jintao, le président chinois, à qui l'Europe espère soutirer une centaine de milliards d'euros pour son Fond Européen de Stabilité Financière.
Rien que ça. Mais jeudi, il n'avait rien à annoncer: « il faut mettre d'accord beaucoup de
gens ».
Un vrai
bordel
Ah ? Mais pourquoi cette intervention prématurée ?
En coulisses, on savait que la situation était plus grave, moins solidaire, plus déchirée. Barack Obama a demandé à ce que le FMI renforce son rôle, et non
le FESF (« Nous avons besoin de construire une enceinte de protection. Le FMI
doit avoir un rôle de soutien important » ). La présidente
brésilienne s'est
inquiétée de l'impact de la crise européenne sur le commerce mondial.
L'eurozone n'est plus crédible, mais Sarkozy s'agite.
Seule surprise de la journée, il n'a pas fallu attendre 24 heures depuis la fin du mandat de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne pour que cette dernière annonce une
baisse de son taux directeur, ce qui dopa les valeurs bancaires en Bourse.
A
Paris, on apprenait
que les dépenses de communication de notre Monarque avaient encore dérapé, 50% d'augmentation depuis le début du mandat Sarkozy. Bel effort ! La Cour des Comptes, auteure de l'alerte, n'avait pas
encore inclus les dépenses de ce sommet cannois.
Juan Sarkofrance
NDLR : Faire pression sur le premier ministre Grec est une chose, mais la droite au pouvoir tant en France qu' en Allemage aurait dû surtout faire pression sur les représentants de la droite grecque à la fois responsables de la crise et de la non création d'un gouvernement d'union nationale en cette période tragique. Quant au premier ministre grec, il y a longtemps qu'il aurait du consulter son peuple car ce n'est pas la première fois que la gauche se trouve dans l'obligation de se discréditer en faisant le sale boulot des suites de la droite. Les dirigeants européens peuvent s'agiter l'europe plus intégrée ou non n'est pas viable sans les peuples.