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Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne

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FMI..EUROPE..ANALYSE DE NOS AMIS DU M'PEP (Suite)

La contagion des plans d’austérité

Lors du sommet européen qui s’est tenu à Bruxelles du 7 au 9 mai 2010, un plan de 750 milliards d’euros a été décidé pour « rassurer » les marchés financiers et les spéculateurs. Présenté comme un « plan d’aide » aux pays endettés, il généralise en réalité l’austérité et organise sa contagion. Les deux pays qui, après la Grèce, étaient « ciblés » par la spéculation, l’Espagne et le Portugal, ont été sommés de rendre les armes. Les gouvernements socialistes de M. Zapatero et de M. Socrates ont immédiatement accepté. Si la situation n’était pas si tragique, on pourrait croire qu’ils ont fait leur la boutade d’Alphonse Allais : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire chez les pauvres. Bon, d’accord, ils n’ont pas beaucoup d’argent mais il y a beaucoup de pauvres ».

 En Espagne

Le 11 mai 2010, Barack Obama, le Président des États-Unis, téléphonait au Premier ministre espagnol, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero. C’était pour le convaincre d’accepter l’austérité en Espagne afin de bloquer la contagion de la crise de l’euro qui pouvait affecter le dollar. Le lendemain, M. Zapatero annonçait officiellement l’austérité pour le peuple espagnol. Il n’y avait probablement pas encore assez de chômeurs en Espagne (4,6 millions, plus de 20% de la population), les indemnités chômage représentent d’ailleurs 30 milliards d’euros (3% du PIB). Le prétexte à cette austérité a été d’un grand classicisme : le déficit public espagnol était de 11,2% du PIB en 2009, loin des 3% définis par le traité de Maastricht. Facteur aggravant : les banques espagnoles détenaient 60% de la dette publique portugaise. M. Zapatero a donc décidé 5 milliards d’économies budgétaires en 2010 et 10 milliards en 2011 :

  • Baisse de 5% en moyenne des salaires des fonctionnaires.
  • Gel des retraites en 2011.
  • Suppression du « chèque-bébé » de 2 500 euros (créé en 2007, il avait pour but de relancer la natalité).
  • Réduction de 600 millions d’euros de l’aide au développement en 2010 et 2011.
  • Diminution des remboursements de médicaments (300 millions d’euros).
  • Diminution des investissements de l’État pour 6 milliards d’euros.
  • Diminution des investissements des communautés autonomes pour 1,2 milliard d’euros.

Pour « rassurer » les marchés financiers, M. Zapatero avait déjà supprimé l’impôt sur la fortune en 2008 au motif qu’il était jugé « peu efficace et dépassé ». Mais ce n’était toujours pas suffisant. Fin janvier 2010 un premier plan d’austérité avait été décidé :

  • Annulation de différentes dépenses budgétaires pour 7,5 milliards d’euros.
  • Baisse des dépenses de santé (1,5 milliard d’euros).
  • Réduction du nombre de fonctionnaires par le remplacement de seulement 1 départ sur 10.
  • Hausse de 2 points de la TVA.

Pendant des années l’Espagne avait été présentée comme un « modèle ». Par la droite, les grands médias, les socialistes. Mme Royal avait même été surnommée la « Zapatera ». Il est vrai que pour ceux qui ne se nourrissent que de la pâtée que leur servent les grands médias, toutes les apparences plaidaient en faveur de l’Espagne de M. Zapatero : excédent budgétaire de 2% du PIB en 2007 ; croissance économique de 4% ; croissance de l’emploi également de 4% ; diminution du chômage ; intégration de 800 000 immigrants par an ; convergence du niveau de vie des Espagnols vers celui des pays les plus riches d’Europe (40% en 1995 ; 80% en 2007)…

Mais l’Espagne en 2010 est devenue un anti-modèle, la caricature de ce qu’il ne faut pas faire. Elle connait une croissance négative de -3% en 2009 et de -1% en 2010 ; un taux de chômage qui dépasse 20% et qui continue de croître ; un taux de chômage pour les jeunes et les plus de 50 ans qui dépasse 45%.

Comment l’Espagne en est-elle arrivée là ? Par politique politicienne. Par suffisance. Par court-termisme. Par absence de réflexion critique sur le modèle néolibéral. Le gouvernement socialiste, pour avoir des résultats immédiats, a favorisé bêtement une concentration de l’activité économique sur le secteur de la construction. Plus de 30% de la population active, avant la crise, travaillait dans ce secteur. Certaines années, plus de 1 million de logements ont été mis en chantier (10 000 en 2009 !). Cette folie a été rendue possible par les décisions et le laxisme gouvernemental favorisant l’endettement des ménages, exactement sur le modèle américain. Celui-ci est passé, en moyenne, de 70% du revenu annuel en 1999 à 140% fin 2007. Résultat : 1,2 million de logements cherchent en 2010 un acquéreur, parfois dans des villes fantômes. De quoi loger 6 millions de personnes !

Pourtant le peuple espagnol était le seul à avoir dit « oui » par référendum au traité constitutionnel européen en 2005. À 77% ! Il semble, aujourd’hui, avoir compris son erreur. Ainsi, 66% des Espagnols interrogés ne croient pas que l’Union européenne pourra aider leur pays ; 88% ne font pas confiance à leur gouvernement (El Pais, 2 mai 2010). Ce sondage a été publié quelques jours après que Standard & Poor’s abaisse la note de l’Espagne et que le taux de chômage dépasse 20%. Dans ce contexte, repousser l’âge de la retraite à 67 ans est une décision particulièrement révoltante.

 Au Portugal

Le 13 mai 2010, Monsieur José Socrates, Premier ministre socialiste du Portugal, a annoncé lui aussi un nouveau plan d’austérité. On ne sait pas si Barack Obama lui a téléphoné avant. Mais on sait que M. Socrates a eu cette phrase merveilleuse : « Ces nouvelles mesures sont fondamentales pour défendre le Portugal et notre économie et pour renforcer notre crédibilité sur les marchés internationaux » (Wall Street Journal, 14 mai 2010). Immédiatement après la dégradation de la note du Portugal par Standard & Poor’s le 8 avril 2010, le gouvernement socialiste et le principal parti d’opposition (le Parti social-démocrate – PSD) avaient décidé de « travailler ensemble » contre la crise et même d’établir « un dialogue permanent ». Le but : que « tous les acteurs internationaux sachent que le pays a l’intention de respecter ses objectifs ».

Il n’y a rien d’étonnant à cela, M. Socrates est un socialiste « moderniste » : style jeune loup aux dents qui rayent le parquet, sans idéologie ni convictions, opportuniste, un pur produit de l’appareil, des liens ambigus avec les milieux médiatiques et des affaires…

Le déficit public du Portugal était de 9,4% du PIB en 2009, l’objectif fixé par l’Union européenne et le FMI est de le ramener à 7,3% en 2010 et 4,6% en 2011. Les moyens suivants ont été décidés :

  • Hausse de l’impôt sur le revenu de 1,5%.
  • Relèvement de la taxe sur les bénéfices des entreprises de 25% à 27,5%.
  • Augmentation de 1% de la TVA qui passe à 21%.
  • Annulation d’investissements publics comme la construction d’un nouvel aéroport à Lisbonne et d’un pont sur le Tage.

Au début de l’année 2010, comme en Grèce et en Espagne, le gouvernement portugais avait déjà décidé d’un plan d’austérité :

  • Taxe de 20% sur les plus-values boursières.
  • Augmentation du taux marginal de l’impôt sur le revenu porté à 45%.
  • Gel du salaire des fonctionnaires.
  • Suppression de 73 000 postes de fonctionnaires en quatre ans.
  • Réduction du budget de la Défense de 40%.
  • Diminution des investissements ferroviaires.
  • Diminution des allocations chômage.
  • Nouveaux péages autoroutiers.
  • Privatisations pour 6 milliards d’euros.

La droite soutient ces plans d’austérité proposés par les gouvernements socialistes grecs, espagnols et portugais. Qui s’étonnera ensuite du brouillage des idées entre la gauche et la droite et de la montée généralisée de l’abstention aux élections, ainsi que du vote d’extrême droite ?

 En Italie

Le 25 mai 2010 des mesures d’austérité étaient prises comme :

  • Gel des salaires des fonctionnaires pour trois ans (qui « apporterait » 5 milliards d’euros par an).
  • Gel des embauches dans la fonction publique.
  • Diminution de 10% des dépenses des ministères.
  • Plafonnement des allocations familiales.

Il s’agissait d’économiser 24 milliards d’euros d’ici 2012 pour ramener le déficit budgétaire qui était de 5,3% du PIB en 2009 à 2,7% en 2013. On voit bien, par le faible niveau du déficit public italien, que l’austérité décidée n’a que peu à voir avec un risque hypothétique de défaut de paiement de sa dette par l’Italie. La classe dirigeante italienne, comme celle des autres pays, profite de la situation pour redresser ses profits.

Et ailleurs…

Après des négociations avec le FMI, l’UE et la BCE, le gouvernement roumain (droite) a obtenu un prêt de 20 milliards d’euros en mars 2009. Un an plus tard, il en avait dépensé la moitié, mais le FMI refusait de débloquer le reste si la Roumanie n’accélérait pas les mesures d’austérité et de libéralisation. Le gouvernement roumain a donc obtempéré et a diminué les salaires des fonctionnaires de 25%, les retraites de 15%, les allocations familiales, les aides aux personnes handicapées… Le rêve ! Le salaire moyen en Roumanie est de 350 euros nets par mois, les pensions s’élèvent à 200 euros. La Roumanie est une illustration grandiose des progrès accomplis vers l’horizon radieux du « modèle social européen ».

En Lettonie, les retraites ont été réduites de 10%, le salaire minimum de 20%, le salaire des enseignants de 50%... Parallèlement, le PIB letton a chuté de 18%...

En Grande-Bretagne, le nouveau gouvernement du Premier ministre David Cameron a lui aussi décidé d’entrer dans la ronde de l’austérité. Ce sont 7,2 milliards d’euros d’économies qui sont prévues en 2010, notamment par le gel des embauches dans la fonction publique et la diminution des subventions aux associations. Le déficit public de la Grande-Bretagne était de 11,4% du PIB et la dette publique de 90% en 2009.

En Allemagne, 10 milliards d’euros d’économies sont prévus chaque année jusqu’en 2016.

 En France

Comme d’habitude, le gouvernement Sarkozy-Fillon fait de la politique politicienne. Il a remis à la Commission européenne, en janvier 2010, un « programme de stabilité » (lire « austérité » !) pour les années allant de 2011 à 2013. Ce « programme » prévoit de réduire le déficit public de 8,2% en 2010 à 3% en 2013. La casse du système de retraites devrait être un élément central dans la baisse des dépenses publiques. Ce sont les dépenses de l’État qui sont visées et qui « seront gelées en valeur » (elles ne suivront pas l’inflation). Bien entendu, les Dupont et Dupond de la politique, les deux anciens premiers ministres Dominique de Villepin et Alain Juppé y sont très favorables. Le premier a appelé à la « rigueur », et le second, « je dirais même plus », a plaidé pour la « rigueur » (Le Monde, 12 mai 2010).

Pour atteindre ces objectifs de réduction du déficit public, le gouvernement pronostique une croissance économique de 2,5% en 2010 et 2011. C’est totalement illusoire. Les mesures d’austérité, si elles s’appliquent du fait de l’insuffisance des lutes sociales, ne permettront que d’envisager une croissance économique comprise entre 0% et 1%. Pour les classes dirigeantes, cela n’a pas vraiment d’importance. Si les objectifs ne sont pas atteints, la situation sera le prétexte à une nouvelle cure d’austérité…

Pour mémoire, on rappellera les meilleurs moments du sommet de Lisbonne, qui donna naissance à la « stratégie » du même nom, qui s’était tenu les 23 et 24 mars 2000. Il fallait «  renforcer le modèle social européen » pour le rendre « plus moderne et plus actif ». Plusieurs pistes étaient proposées par l’Union européenne : poursuite de la libéralisation des télécommunications, des marchés publics, de l’énergie, de l’aviation ; achèvement d’ici 2005 de l’intégration d’un vaste marché financier européen. Ainsi, le taux de chômage pourrait être de 4% en 2010. Du coup, le taux des personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté devrait être ramené de 18% à 15% en 2005 et 10% en 2010. Tout cela a été fait, et plus encore. Pour quel résultat ? En 2009, le taux de chômage était de 9,1% et le taux de pauvreté de 17%...

 Les plans d’austérité conduisent peu à peu à la remise en cause de la souveraineté nationale et populaire et de la démocratie pour promouvoir le fédéralisme

Le 7 mai 2010, le gouvernement socialiste grec, sous la pression de Bruxelles et de Washington, a fait voter une loi incroyable qui permet au gouvernement de prendre par décret toutes les mesures liées au plan d’austérité. Le principe fondamental de séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif est bafoué. La Grèce, qui a inventé la démocratie, se voit projetée plus de vingt siècles en arrière ! Ainsi les oligarques de Bruxelles – et les banquiers – auront des garanties supplémentaires, grâce à cette suspension du régime démocratique, d’éviter une remise en cause des politiques d’austérité par des parlementaires respectueux de leur fonction ou poussés au derrière par la population. Il s’agit en effet d’une suspension du régime démocratique et même d’une suspension du régime constitutionnel (violation massive du principe de séparation des pouvoirs) : la représentation parlementaire et, à travers elle, la souveraineté populaire, sont écartées au profit d’un exécutif érigé au rang de dictateur. Et ce sont des socialistes qui commettent cet attentat contre la démocratie.

Mais il y a plus. Le 12 mai 2010, la Commission européenne rendait publique la proposition de placer les budgets des pays membres de la zone euro sous son contrôle, avant le vote des parlements nationaux. Le commissaire européen aux basses-œuvres, M. Olli Rehn, explique, très sérieux et apparemment en pleine possession de ses moyens : « Nous donnerions ainsi plus d’informations, et donc de pouvoir aux parlements nationaux. Lorsqu’ils prendront une décision, ils seront informés de la situation et des priorités budgétaires de l’Union dans son ensemble » (Les Échos, 14 et 15 mai 2010). M. Cohn-Bendit, député européen d’Europe Écologie, toujours égal à lui-même, est d’accord avec M. Rehn. Il affirme « que l’Union européenne décide [des budgets] ne me choque pas ».

 C’est l’occasion qui fait le larron

La crise de l’Union européenne est l’occasion qui fait le larron. C’est une opportunité comme il s’en présente rarement, pour les européistes et les fédéralistes, de profiter de la situation pour tenter de renforcer les pouvoirs de la Commission et d’affaiblir celui des États. Le 17 mai 2010, les ministres des Finances de la zone euro ont ainsi annoncé qu’ils étaient d’accord pour discuter de la possibilité de laisser le soin à la Commission d’évaluer les orientations budgétaires des pays membres avant les parlements. Le courageux Monsieur Barnier, commissaire européen au marché intérieur, qui apprécie sa sinécure bruxelloise et ne voudrait y renoncer sous aucun prétexte, a estimé que « c’est un pouvoir supplémentaire pour chaque député que de voter en toute connaissance de cause ». Faut-il comprendre que jusqu’à présent les députés votaient le budget sans savoir ce qu’ils faisaient ?

La Chancelière allemande, Mme Merkel, est allée jusqu’à proposer une suspension du droit de vote au Conseil pour les États fautifs ! Même dans un système fédéral on ne concevrait pas d’ôter sa représentation à la population d’un État fédéré. Circonstance aggravante : dans le système de l’Union européenne, tout ne se décide pas à la majorité (qualifiée). Ainsi, on supprimerait carrément leur droit de veto aux États-nations que la Commission pointerait du doigt… On ne saurait passer sous silence pareille offense. Puisque la situation en Grèce est, parait-il, à l’origine de ces déclarations délirantes, Mme Merkel devrait se souvenir de ce que représentent les républiques grecques de l’antiquité dans l’histoire de la civilisation. Elle devrait aussi savoir que dans l’Athènes antique, tout citoyen (mais pas les esclaves) pouvait intenter un procès politique contre l’auteur d’une proposition attentatoire aux droits fondamentaux. Ses concitoyens, tirés au sort pour juger l’affaire, pouvaient infliger au fautif non seulement la perte de ses pouvoirs mais aussi le frapper d’une amende équivalente à plusieurs années de revenu, lui ôter des droits civiques et l’ostraciser…

Le système de Bruxelles estime que le moment est bien choisi pour tenter une percée visant à porter de nouveaux coups à la démocratie afin de renforcer le poids du système sur les nations. L’État grec, par exemple, a été clairement mis sous tutelle de l’UE et du FMI. Ces derniers veulent étendre cette tutelle au maximum de pays, voire à tous les pays de l’UE et principalement à ceux de la zone euro. Ce seraient alors des technocrates bruxellois qui prendraient les décisions à la place des parlementaires. La souveraineté nationale et la souveraineté populaire partiraient alors en fumée.

 Le Fonds monétaire international prend en partie le contrôle de l’Union européenne

La crise de l’Union européenne a été, de surcroit, l’occasion d’un redéploiement stratégique du FMI en Europe. « L’ensemble de la zone euro est désormais sous la tutelle du Fonds monétaire international, du moins en puissance. La Grèce aura été le cheval de Troie de cette conquête ». C’est Le Figaro, dans son édition du 17 mai 2010, qui fait ce constat. En effet, chaque fois qu’un pays de la zone euro voudra obtenir un prêt dans le cadre du « plan de soutien », le FMI en apportera la moitié. Et c’est lui qui dirigera le programme d’ «  ajustement structurel », c’est-à-dire les « conditionnalités » exigées des pays demandeurs et, à travers eux, les grands prêteurs privés.

En quelques semaines, le Fonds monétaire international a acquis un rôle décisif dans l’Union européenne. Un véritable Blitzkrieg. Le FMI, c’est Washington. Une annexe. Ce n’est un secret pour personne : cette institution, mise sur pied en 1944 dans le cadre des accords de Bretton Woods, qui devait dépendre de l’ONU, a été satellisée d’emblée et mise sous la tutelle de Wall Street avec la complicité du gouvernement étasunien. Le FMI est une institution internationale où le poids des pays représentés ne repose pas sur le principe « une nation, une voix » comme à l’ONU, mais sur le principe de la proportionnalité des contributions financières. Et le plus gros « actionnaire » du FMI, ce sont les États-Unis, qui se sont toujours arrangés pour garder une minorité de blocage.

Alors que le FMI devait assurer la stabilité financière internationale, il n’a eu de cesse d’utiliser ses pouvoirs pour instrumentaliser les crises financières au profit des puissances financières privées. Toute son histoire, marquée par un soutien aux dictatures en tous genres, démontre de manière accablante que son rôle a toujours été de surendetter délibérément les États et d’assurer coûte que coûte le remboursement aux créanciers. Il n’est pas anodin que les plans d’ajustement structurel du FMI aient systématiquement inclus des réformes constitutionnelles visant à établir l’indépendance des Banques centrales.

Chaque crise politique et financière dans laquelle le FMI est intervenu a été l’occasion de vastes délits d’initiés et de gigantesques profits pour les grands agents financiers les plus liés aux gouvernements occidentaux. Il n’y a aucune raison de penser que cette nième crise financière fasse exception à la règle. Non seulement le « sauvetage » à l’ordre du jour vise à renflouer des banques et non pas des États, mais ce sont à n’en pas douter des banques et d’autres investisseurs institutionnels (fonds mutuels, fonds de pension, compagnies d’assurance…), qui auront déclenché le mouvement spéculatif ayant mis à jour cette « crise », ces mêmes « zinzins » y trouveront l’occasion, en spéculant, d’amasser des fortunes sur le dos des États et des petits épargnants.

 Inquiétude des États-Unis

Dennis Lockhart, le président de la Réserve fédérale d’Atlanta, explique bien pourquoi les États-Unis sont concernés par la crise de l’euro. Il considère que « la crise grecque peut affecter directement l’économie américaine de trois manières » (Le Figaro, 24 mars 2010). « La première est un ajustement fiscal à travers l’Union européenne qui pourrait étouffer la croissance dans la zone et limiter les exportations américaines dans cette région. L’Union européenne est le plus grand marché d’exportations de notre pays ». Il faut rappeler à cet égard que Barack Obama a fixé l’objectif de doubler les exportations américaines d’ici 2015. « Deuxièmement, les flux de capitaux de l’euro vers des actifs en dollars peuvent provoquer une appréciation du dollar et handicaper la compétitivité des exportations américaines ». Dennis Lockart ajoute : « Troisièmement il y a la possibilité que la crise fiscale grecque puisse déboucher sur un choc considérable pour les marchés financiers. Cela pourrait avoir des répercussions sur le système bancaire ou prendre la forme d’un retrait général des investisseurs du marché de la dette souveraine ».

Néanmoins il ne faut pas croire à la fable du « complot américain » contre l’euro. Aujourd’hui, les classes dirigeantes américaines n’ont pas intérêt à l’écroulement de l’euro. Si on s’en réfère aux minutes de la réunion du comité de politique monétaire de la FED (Federal Open Market Committee - FOMC) des 27 et 28 avril 2010, il apparait nettement que les mesures d’austérité prises en Europe inquiètent les autorités américaines. Elles craignent des conséquences négatives pour la reprise américaine et les marchés financiers américains. Comme l’objectif des États-Unis est de développer les exportations, une contraction de la demande européenne réduirait les exportations américaines et l’activité des banques américaines en soutien à ces exportations.

Les États-Unis, après avoir pris le contrôle de la Défense européenne via l’OTAN, après avoir pris le contrôle de la politique étrangère européenne via Javier Solana, ancien Haut représentant de l’Union européenne et ancien secrétaire général de l’OTAN, qui a passé le flambeau à sa copie conforme, la Britannique Catherine Ashton, vient de prendre en partie le contrôle de l’économie et de la monnaie de l’Union européenne. Tous les prêts demandés par les pays-membres de l’UE dans le cadre du plan de 750 milliards d’euros, et les conditions qu’ils devront accepter pour y avoir droit, devront être validés conjointement par l’UE et le FMI.

C’est un immense échec pour l’Union européenne qui, une nouvelle fois, est incapable de gérer elle-même ses affaires. C’est une profonde blessure narcissique et une humiliation pour les oligarques bruxellois, car les plans d’ajustement structurel du FMI, jusqu’à présent, étaient réservés aux pays en voie de développement… Ce n’est pas que l’on puisse douter de la mentalité atlantiste des oligarques européens, c’est qu’il doit être affligeant, même pour eux, de songer que l’Union européenne puisse passer du rang d’annexe de l’empire à la périphérie. On a beau être marchand de peuples, on a sa fierté…

D’ailleurs, pour bien comprendre la réorientation stratégique du FMI, il suffit de comparer les montants de ses interventions : 250 milliards d’euros pour les pays développés de la zone euro en 2010, et 180 milliards de dollars - depuis 2008 -, pour les pays en voie de développement dans le cadre de la crise financière des subprimes ! La crise de l’euro et de l’Union européenne a aussi pour effet d’assécher les fonds pour les pays les plus pauvres.

Cela nous amène d’ailleurs à poser la question de savoir ce qu’il en serait dans le cas d’un « FMI européen ». Étant donné le caractère foncièrement tyrannique de l’Union européenne, dans laquelle, jusqu’à nouvel ordre, la force et les lobbies font le droit aussi sûrement ou presque que dans les relations internationales en général, autant dire que la réponse est dans la question…

 L’Union européenne : une machine à fabriquer du nationalisme et de l’extrême droite

Il y avait les crétins des Alpes, il y a maintenant les crétins de Bruxelles. Avec les plans d’austérité qu’ils imposent à travers toute l’Europe, ils viennent de remettre en marche la machine à détruire les nations. Le racisme et la xénophobie se développent à grande vitesse en Allemagne. On y parle des pays méditerranéens comme les pays du « Club Med » ou des « cueilleurs d’olives ». On évoque les « PIGS » (cochon en anglais) pour désigner le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne (Spain). Des parlementaires allemands ont même proposé que la Grèce vende des îles pour rembourser sa dette.

En Belgique, les nationalistes néerlandophones veulent interdire aux Wallons francophones de s’installer dans certaines communes périphériques de Bruxelles. Il s’agit des héritiers des nationalistes flamands – le Vlaams Belang - allié aux nazis pendant la Seconde Guerre mondiale !

En Italie, la Ligue du Nord dirigée par Umberto Bossi, allié de Berlusconi, veut se séparer de l’Italie du Sud, présentée comme un poids mort, et créer la Padanie…

En Hongrie, le parti d’extrême droite Jobbik a rassemblé 16,7% des voix aux législatives de 2010 et 47 députés. Il propose la « double nationalité » aux minorités hongroises vivant dans les pays limitrophes, suscitant la protestation des pays concernés. Du coup, l’extrême droite slovaque se renforce et se dresse contre la minorité hongroise du pays (10% de la population) et la population rom…

 Casser les nations

« Je ne crois pas que l’on puisse faire une Europe qui soit simplement de bonne harmonie entre les nations. Il faut un pouvoir politique européen qui soit enlevé aux nations ». Cette sentence, que ne renierait pas une partie de la gauche qui pense que les nations, intrinsèquement, sont nationalistes et ne peuvent qu’encourager la confrontation entre les peuples, émane de Jérôme Monod, l’ancien conseiller de Jacques Chirac (Confrontations Europe, janvier-mars 2010). Évidemment, M. Monod se retrouve sur la même position qu’une partie de la gauche, mais pour des raisons différentes. Pour lui, comme pour les classes dirigeantes, la suppression du pouvoir et de la souveraineté des nations permet d’appliquer plus facilement les politiques favorables à l’intérêt de l’hyper-classe. Le summum est atteint lorsque les classes dirigeantes parviennent à obtenir la collaboration de la population à son propre assujettissement. L’utilisation de gouvernements socialistes est à cet égard particulièrement efficace. « En France, le mot libéralisme était imprononçable, alors on en a inventé un autre, Europe » (Alain Touraine, Cultures en mouvement, 1999)…

 Annuler les plans d’austérité pour la population car ils vont aggraver la situation économique et sociale et déséquilibrer encore davantage les finances publiques

Les citoyens ne doivent pas se laisser impressionner par la propagande des classes dirigeantes et des piliers de l’ordre libéral mondial que sont, à côté de l’OTAN, de l’OMC et de la Banque mondiale, le FMI et l’Union européenne. Ces plans d’austérité ne visent absolument pas à retrouver un équilibre satisfaisant des finances publiques. D’ailleurs ils n’y parviendront pas. Ces plans ont pour but, en réalité, de donner l’illusion de sécuriser les créances qu’ont les banques sur les États au travers des titres de dette qu’elles détiennent.

 Une question de justice

Il faut annuler les plans d’austérité car les Grecs, les Espagnols et les Portugais, comme les autres peuples de l’Union européenne, n’ont aucune responsabilité dans la crise financière et dans les errements de leurs classes dirigeantes. Les économies de dépenses publiques permises par l’austérité, et ajoutées aux prêts accordés par l’UE et le FMI, vont être utilisées à rembourser les marchés financiers, notamment ceux qui ont spéculé sur les titres de la dette grecque. Est-ce juste ?

Une autre injustice est la différence de traitement que l’Union européenne et le FMI ont appliqué aux peuples et aux banques. Aux peuples, on inflige une punition par le biais de plans d’hyper-austérité. Aux banques, pendant la crise de 2007-2009, qui étaient menacées de faillite pour avoir fait n’importe quoi en spéculant tous azimuts, on a accordé des prêts à taux très bas ou fait des avances. On a mutualisé les pertes des banques grâce aux contribuables ; on privatise aujourd’hui leurs profits. Les banques et leurs dirigeants n’ont eu aucune sanction alors qu’il fallait nationaliser les premières et licencier les seconds.

Parmi les mesures d’austérité annoncées en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Italie… aucune ne touche l’hyper-classe, c’est-à-dire l’infime partie de la population qui détient le patrimoine et les revenus les plus élevés. La plupart sont des prédateurs. Ils spéculent. Ils volent le fisc. Ils utilisent les paradis fiscaux.

 L’austérité est inefficace pour rééquilibrer les finances publiques

L’Union européenne « court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années 1930, que [l’austérité] n’est pas ce qu’il faut faire ». C’est Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, qui l’affirme.

En effet, non seulement l’annulation des plans d’austérité serait juste socialement, mais elle serait en outre très efficace sur le plan économique. D’abord, ce geste signifierait que le combat est enfin engagé contre les marchés financiers et les spéculateurs et que les peuples n’entendent pas se laisser manipuler. La bataille en cours devrait être un bras de fer avec les marchés financiers, contre les spéculateurs. Face à eux, il faut faire un exemple, il ne faut pas « rassurer » mais au contraire décapiter et démanteler les marchés financiers. Ce n’est pas le chemin choisi par les dirigeants européens.

Il serait très efficace d’annuler ces plans d’austérité pour la population car ils vont provoquer un enchainement fatal pour la Grèce, l’Espagne, le Portugal et les autres pays concernés : baisse des revenus du travail et des revenus de transfert, baisse des recettes fiscales, augmentation des taux d’intérêt, nouveaux déséquilibres des comptes publics…

Une partie des acteurs des marchés financiers, d’ailleurs, ne croit absolument pas au plan américano-européen de 750 milliards d’euros. Ainsi, le 13 mai 2010, trois jours après l’annonce de ce gigantesque plan d’austérité fait pour « rassurer » les marchés, ces derniers, hélas, ne l’étaient pas. Un vendeur d’actions parisien expliquait : « Les investisseurs doutent de plus en plus des capacités de croissance de certains pays de l’Europe alors que des politiques de rigueur budgétaire se mettent en place qui vont réduire les capacités de consommation » (Le Point, édition électronique, 14 mai 2010). Cet article poursuit : « les cambistes craignent que les problèmes de dette en zone euro ne pèsent à long terme sur la reprise économique en Europe et ne mettent en question l’Union monétaire ».

La présidente de Standard & Poor’s en France, Carol Sirou, est du même avis : « Notre décision d’abaisser sa note [celle de la Grèce] à BB+ découle de la révision à la baisse de nos hypothèses de croissance pour le pays. Nous estimons que l’ampleur des mesures budgétaires nécessaires pour stabiliser la dette risque de détériorer durablement ses perspectives de croissance » (Le Figaro, 14 mai 2010). Question : Standard & Poor’s va-t-elle remonter la note de la Grèce puisque la BCE joue désormais le rôle de prêteur en dernier ressort ?

 Même les marchés financiers s’inquiètent des plans d’austérité !

Le journal Le Figaro mettait à la Une de son éditorial des 15 et 16 mai 2010 : « Bourses : la rechute », et indiquait en sous-titre : « Les plans d’austérité annoncés en Europe risquent de peser sur la croissance. Les marchés s’inquiètent ». Et l’article poursuivait : « Ni le plan de soutien de 750 milliards d’euros décidé le week-end dernier ni les programmes d’austérité lancés par la Grèce, l’Espagne et le Portugal n’ont réussi à rassurer les marchés ».

Le FMI reconnait lui-même que moins d’un quart des plans de redressement budgétaire (plans d’ « ajustement structurel ») ont donné dans le passé les résultats attendus (John McDermott et Robert F. Wescott, « An Empirical Analysis of Fiscal Adjustment », Working Paper, n° 96/59, FMI, Washington, 1996).

La Grèce, à mi-mai 2010, faisait face à une vague sans précédent d’annulations de réservations touristiques. Le gouvernement grec jugeait que « le tourisme grec est dans une situation critique ». Le tourisme représente 17% du PIB grec. Raison de plus pour que la Grèce décide de sortir de l’euro et dévalue la drachme (ce que fait la Turquie chaque année au printemps pour attirer les touristes chez elle).

 Quelles seraient les conséquences du refus d’appliquer les plans d’austérité ?

Annuler les plans d’austérité pour la population n’est concevable que dans une stratégie d’affrontement clairement assumée avec les « marchés financiers », les dirigeants de l’Union européenne et du FMI, les gouvernements des pays de l’Union y compris les gouvernements socialistes en Grèce, au Portugal et en Espagne qui ont littéralement vendu leur pays aux banquiers et au FMI, ainsi qu’avec le grand patronat et les grands médias qu’ils contrôlent. À propos des médias, la ligne générale est celle de la fatalité, parfaitement bien résumée dans un article inepte du Monde du 26 mai 2010 : « Les principaux États européens sont contraints de donner une priorité absolue à la maîtrise de leurs finances publiques ». Ils sont « contraints »… Cette stratégie, comme le souligne régulièrement le M’PEP, doit être systémique, c’est-à-dire qu’elle doit porter sur tous les sujets à la fois et anticiper toutes les conséquences possibles de cette action fondatrice que serait l’annulation des plans d’austérité.

Tentons d’imaginer les évènements qui pourraient se produire si le gouvernement grec – ou tout autre - annonçait qu’il annule les plans d’austérité. De tels gouvernements auraient d’abord un immense soutien populaire qui sera décisif pour surmonter les épreuves qui ne manqueront pas de se présenter. Dans l’ensemble de l’Union européenne, les peuples manifesteront leur joie pour cette initiative grecque – ou celle d’un autre pays - et se sentiront confortés dans leurs luttes. L’internationalisme trouverait là sa véritable signification. Car les pressions ne manqueront pas, l’exemple de l’Irlande, qui avait eu le tort de voter « non » au traité de Lisbonne en donne un aperçu. Tout ce qu’il y a de réactionnaire en Grèce et ailleurs hurlera à la mort au motif que c’est la « faillite » du pays et de l’ « Europe ». Il faudra résister à ces hurlements, d’autant que la Commission européenne, le FMI, les gouvernements des pays membres, le patronat, les banquiers, les médias à leur service accableront le gouvernement et le peuple grecs ou tout autre peuple qui se sera engagé dans cette voie. Ces derniers, dans l’épreuve, auront retrouvé leur fierté et leur souveraineté, c’est-à-dire leur liberté. L’essentiel.

Sur le plan économique, quelles peuvent être les conséquences de l’annulation des plans d’austérité ? Les ressources budgétaires qui devaient être consacrées aux remboursements des emprunts obligataires de l’État seront utilisées, à juste raison, à payer les fonctionnaires, les retraités, les chômeurs, les politiques sociales, à investir dans les infrastructures utiles à la population… Dans des investissements d’intérêt général. La première conséquence immédiate sera probablement la décision du FMI, de l’UE et des États membres d’annuler leurs prêts puisqu’ils étaient conditionnés par l’austérité. Pas d’austérité : pas de prêt ! D’ailleurs le ministre allemand des Finances, M. Wolfgang Schauble le dit clairement, et avec un certain mépris concernant la Grèce : « Au premier écart, les paiements seront arrêtés. Athènes pourrait être une nouvelle fois sur la voie de la faillite » (Wall Street Journal, 6 mai 2010). Ceci dit, ce ne sera pas une décision facile à prendre, car l’opinion publique européenne y verra du dépit de la part des dirigeants eurolibéraux et la volonté de punir le peuple grec ou tout autre peuple.

 Pas d’autre solution que de sortir de l’euro

La seconde conséquence immédiate sera donc l’impossibilité, pour la Grèce, de rembourser ses créanciers et d’emprunter sur les marchés internationaux de capitaux. C’est logique : la Grèce ne remboursant pas ce qu’elle doit à ses préteurs (les banques internationales), on se demande pourquoi ces préteurs adopteraient un comportement masochiste en continuant à prêter. Ce n’est pas dans l’habitude des banques.

La seule solution pour la Grèce et les autres pays qui s’engageraient dans la même voie sera alors de sortir de l’euro, de dévaluer leur monnaie nationale et de mener immédiatement plusieurs actions vigoureuses. La première d’entre elles sera de nationaliser la politique monétaire pour donner à la Banque centrale la possibilité d’acheter les titres de dette qui seront émis, en monnaie nationale, par l’État. Ce point sera développé dans un prochain épisode du feuilleton du M’PEP. Parallèlement, il faudra nationaliser le système bancaire et financier en obligeant les banques opérant sur le territoire à acheter une partie des émissions obligataires de l’État. Mais ceci n’aura de véritable efficacité qu’à la condition d’instaurer le contrôle des changes et des mouvements de capitaux. Il faudra en outre probablement mettre en place des mesures protectionnistes dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane pour que la relance qui amorcera le financement du droit opposable à l’emploi donne le résultat attendu.

Tout doit être fait en même temps ! À grande vitesse ! Dans une articulation dynamique entre l’action du gouvernement et la mobilisation populaire dont la perspective sera, de fait, la sortie de l’eurolibéralisme et un affaiblissement colossal du capitalisme et de ses classes dirigeantes.

Ces différents points seront précisés dans les prochains épisodes.

 Ce sont les luttes sociales, en dernier ressort, qui seront décisives

Pour les classes dirigeantes, la Grèce n’a été qu’un prétexte, un test pour évaluer jusqu’où il était possible d’aller dans la destruction de la protection sociale et la remise en cause des droits démocratiques. Le test, bien entendu, est celui de la capacité de résistance des peuples. Pour l’instant, fin mai 2010, malgré une bonne mobilisation en Grèce et quelques manifestations syndicales ailleurs – mais très loin de ce qui serait nécessaire pour stopper les plans de rigueur et imposer d’autres choix – le test semble assez concluant pour les classes dirigeantes puisque le processus d’austérité a été étendu au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie, à la France et à la Grande-Bretagne.

L’opinion publique, à la mi-mai 2010, était conditionnée pour de nouvelles mesures d’austérité, principalement en matière de retraites. Cependant, des luttes sociales commençaient à se développer.

Le 5 mai 2010, à l’occasion de la grève générale qui avait lieu en Grèce, le dirigeant du syndicat PAME (Front syndical de lutte), Yorgos Perros, faisait un discours offensif sur la place Omonia lors de la manifestation à Athènes. L’idée de la désobéissance européenne semblait progresser : « Même si ces mesures sont votées, elles ne seront jamais légalisées dans notre conscience. Nous n’obéirons jamais à ces lois. Jour après jour, mois après mois, nous nous regrouperons pour contrer la réalisation de ces lois, jusqu’à ce que nous les renversions, leurs lois, et eux-mêmes ». Il terminait en affirmant que « nous les ouvriers, les travailleurs indépendants, les artisans, les petits commerçants, les agriculteurs petits et moyens, les jeunes, nous formons la majorité. En construisant notre front, notre alliance, nous devenons plus forts ».

La mobilisation du peuple grec, à la fin du mois de mai 2010 était en progrès. Au lendemain de cette grève générale qui avait été un succès, la 3e depuis février, un sondage affirmait que 55% des Grecs préféraient l’austérité à la banqueroute ; 56% acceptaient des baisses de salaire. Mais 53% considéraient qu’il fallait néanmoins lutter contre les plans d’austérité. C’est un socle considérable pour entrainer une large majorité de la population grecque dans l’action. Et pour susciter, peut-être, des réactions un peu plus dynamiques dans les autres pays.

Tous les jours des initiatives ont lieu à Athènes et dans les villes grecques. Par exemple, le 3 mai 2010 les locaux de la télévision nationale avaient été occupés par les enseignants au chômage ; le 4 mai, c’était au tour du site de l’Acropole… Le 20 mai avait lieu la 4e grève générale : 50 000 manifestants à Athènes. Beaucoup de jeunes étaient présents dans les manifestations, comme « bénéficiaires » du salaire minimum qui a baissé pour atteindre 530 euros nets par mois. Lors des manifestations devant le Parlement, les slogans suivants étaient entendus : « Voleur, sortez de là ! ». Des syndicats de branches annonçaient des grèves reconductibles dans l’électivité, les banques, l’enseignement…

Les syndicats roumains décrétaient la mobilisation générale. Au printemps 2010 les manifestations étaient quotidiennes dans les principales villes. Le 12 mai 2010 des retraités avaient lancé l’assaut du palais présidentiel, repoussés par la gendarmerie. Le 14 mai, des fonctionnaires, des policiers, des infirmières avaient bloqué le siège du gouvernement pour dire stop au « génocide ». Le 17 mai des parents manifestaient avec leurs enfants et déposaient des milliers de couches sales devant le ministère du Travail… Le 25 mai 2010, 60 000 personnes manifestaient à Bucarest contre un plan d’austérité qui prévoit une baisse des salaires de 25% dans la fonction publique, une diminution de 15% des allocations chômage et des allocations familiales, une diminution de 15% du montant des retraites. Dans ce pays, le salaire minimum est à 140 euros nets par mois, la retraite minimum à 85 euros… Une grève générale interprofessionnelle était prévue pour le 31 mai.

À la mi-mai 2010, le climat social en Espagne était calme. Les confédérations syndicales de l’Union générale des travailleurs (UGT) et des Commissions ouvrières (CCOO), étrangement, se refusaient à appeler à la grève générale au motif que ce serait « irresponsable » dans la situation actuelle. Pourtant 81% des Espagnols jugeaient que le gouvernement n’avait pas pris les mesures adéquates pour juguler la crise, selon un sondage de l’Institut Metroscopia. Pourtant, le 20 mai 2010, les premières manifestations étaient organisées par les syndicats du secteur public. Le 8 juin, une grève générale interprofessionnelle était prévue. C’était une rupture avec l’attitude d’attentisme et de temporisation suivie jusqu’alors par les confédérations.

Au Portugal, 300 000 personnes manifestaient à Lisbonne le 29 mai…

 Des luttes qui ne se développent qu’à l’échelle nationale

La presse – même la presse de gauche – parle peu des luttes qui peuvent exister au sein des 16 pays de la zone euro ou des 27 pays membres de l’Union européenne. Les seules informations diffusées concernent bien entendu la Grèce, et un peu l’Espagne et le Portugal. On évoque aussi de temps à autre la Roumanie et l’Italie. Mais que se passe-t-il en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg et ailleurs ? Ce silence de la presse à propos de la situation de ces pays s’explique-t-il, pour la presse de droite, par une volonté de masquer la réalité des mouvements sociaux ? Et pour la presse de gauche, ce silence s’explique-t-il par l’insuffisance des moyens permettant de collecter une information de première main dans ces pays ?

La réalité est ailleurs : dans la plupart des pays membres de l’Union européenne il n’y a pas de luttes significatives pour s’opposer aux plans d’austérité et pour proposer des issues à la crise de l’Union européenne. Cette triste réalité devrait faire réfléchir ceux qui rêvent à un « mouvement social européen » qui n’existe pas, et sur lequel, pourtant, ils fondent tous leurs espoirs. Dans ces conditions, qui peut penser qu’un « nouveau traité » - pour ceux qui s’adonnent à cette croyance -, au contenu de gauche, soit une perspective crédible à court ou moyen terme ?

Il ne faut pas, bien entendu, renoncer à évoquer ce que pourrait être, un jour, une nouvelle union européenne. Mais, au fait, à 27 ou à 49 ? Car le nombre exact de pays qualifiés d’ « européens » est 49. Il faut continuer à dire ce que pourrait faire la BCE… si elle n’était pas la BCE ! Il faut s’acharner à souligner tous les bienfaits qu’apporterait une Europe « solidaire ». Dans laquelle tout le monde s’aimerait…

Nous mettons un peu d’ironie dans cette présentation car la culture politique qu’elle décrit devient insupportable. C’est une culture politique paresseuse. Inefficace. Dangereuse. Elle démoralise. Elle encourage l’abstention, le nationalisme, l’extrême droite. C’est la culture qui suinte d’une partie de la gauche. Cette vison n’a aucun avenir et enferme la gauche dans la défaite.

La réalité d’aujourd’hui, peu enthousiasmante, est l’absence de mouvement social européen. Il faut le reconnaître et le dire et cesser de se payer de mots. La Confédération européenne des syndicats (CES), plus lamentable que jamais, face à l’hyper-austérité, a trouvé comme seule riposte adaptée à la situation l’envoi d’une lettre à Barroso pour demander une « réunion tripartite » ! Aucune autre initiative n’a été envisagée à l’échelle de la zone euro. L’expression « grève générale dans la zone euro » ne figure pas au lexique de la langue de coton pratiquée par ces euro-syndicalistes. Les protestations sociales qui existaient au premier semestre 2010 étaient limitées à certains pays, ceux qui étaient les premiers frappés, la Grèce surtout, et un peu l’Espagne et le Portugal. Aucun rapport de force social n’existait, à l’échelle de la zone euro, pour faire reculer le système de Bruxelles. Rien non plus n’était organisé, principalement par le mouvement syndical européen, pour créer ce rapport de force.

Pour ne pas désespérer la population et éviter une défaite en rase campagne, il faut ouvrir des perspectives. Ces perspectives ne peuvent être que l’affirmation des souverainetés des peuples et des nations. Ce n’est que dans le cadre des États-nation que les populations luttent, c’est à cette échelle que des décisions fortes doivent être prises par les gouvernements. La sortie de l’euro est celle qui devrait donner le signal de l’espoir.

Dans quelques jours l’épisode n° 2 : Refuser les prêts des gouvernements, de l’Union européenne et du FMI qui sont conditionnés par l’austérité.

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