Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
L’écosocialisme représente un des défis majeurs que les politiques de transformation
radicale des sociétés seront amenées à relever. Prenant acte du caractère fini des ressources de la planète, il unit la conscience de classe des producteurs en quête d’un autre système économique
moins prédateur à la conscience républicaine d’un intérêt général humain.
La bifurcation écosocialiste s’inscrit, pour reprendre Gramsci, dans un combat pour la
reconquête de l’hégémonie culturelle. Les leviers idéologiques sont multiples : l’examen des programmes de géographie dans l’enseignement secondaire en apporte une confirmation éclairante.
Trois thèmes transversaux structurent l’ensemble de ces programmes : la mondialisation, l’aménagement du territoire, le développement durable. Leur perception illustre à merveille la
nécessité du combat à mener pour libérer les consciences afin d’imaginer un autre monde.
La mondialisation y est présentée en creux comme une contrainte indépassable. De manière
subliminale est ainsi délivré le message thatchérien du « tina », acronyme indiquant qu’il n’existerait pas d’alternative possible à l’actuelle marche du monde fondée sur le primat des
postulats néo-libéraux.
La politique d’aménagement du territoire n’est désormais plus perçue comme un outil de
réduction des inégalités sociales et territoriales. Les actions ont désormais vocation à se focaliser sur les territoires les mieux dotés et les activités les plus prometteuses dans le cadre
d’une concurrence impitoyable régissant la mondialisation. A peine mis en place, voilà que les pôles de compétitivité obtiennent droit de cité dans les programmes, sans le moindre recul. Que la
géographie soit la science du présent n’empêche pas d’exprimer quelques doutes : l’immédiateté rapproche plus d’une forme de propagande que de la volonté civique de faire décrypter aux
élèves l’intelligibilité du monde.
L’articulation des trois piliers du développement durable révèle pareillement de
profondes asymétries. Le pilier économique est priorisé au nom de la compétitivité et de parts de marché à conquérir ; le pilier social est renvoyé au champ de la charité quand il n’est pas
considéré comme une contrainte (le fameux « on vit au dessus de nos moyens » en témoigne) ; le pilier environnemental apparaît au mieux comme un supplément d’âme vertueux purement
rhétorique et factice quand il n’est pas brutalement méprisé (résonne encore la formule de l’ancien président de la République : « l’environnement ça commence à bien
faire ! »). Des trois P, produire l’emporte nettement sur partager et préserver.
En toile de fond émerge une vision partisane et résignée de l’action politique
possible sur le réel. A la traditionnelle alternative entre la modification des comportements individuels et la transformation du système économique dominant, l’invitation est notablement
orientée. Elle va dans le sens de la culpabilisation des individus afin de mieux perpétuer l’iniquité d’un capitalisme à bout de souffle, destructeur et injuste. La philosophie intrinsèque des
ces programmes convergent vers une même finalité : fournir un alibi au capitalisme. L’enjeu est de procéder à un rééquilibrage des programmes de géographie afin de garantir les termes
équitables d’un véritable débat démocratique. Il s’agit de former à l’esprit critique, pas de formater les esprits à un dogme visant à la conservation d’intérêts
particuliers.
C’est aussi une question relevant de la laïcité qui s’impose à nous. La laïcité, loin de
se limiter au champ des religions, stipule la neutralité et l’indépendance à l’égard de toutes les idéologies et philosophies. De manière certes insidieuse mais bien réelle, les programmes
scolaires de géographie y dérogent notoirement.
L’écosocialisme donne pleinement sens à cette formule de Jaurès :
« deux forces préparent l’avenir, la force du travail et la force du
savoir ». Toutes deux doivent être pleinement émancipées des dogmes et des
aliénations. Dans leur configuration actuelle, les programmes de géographie conduisent subrepticement les futurs citoyens à incorporer massivement les normes du capitalisme. L’écosocialisme,
seule alternative progressiste au capitalisme, doit faire sauter ce verrou.
*Francis DASPE, préside la Commission nationale Education du Parti de Gauche. Il est
également secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale – Prométhée).