La Grèce est endettée. Elle menace de s’effondrer. L’Europe assiste à cet affaissement économique dû en grande partie aux spéculations de
banques américaines sur un État fragile. Comme si de rien n’était. Comme s’il fallait laisser les choses se faire et tout un peuple s’enliser.
Le 17 mars, devant les députés allemands, Angela Merkel a envisagé l’hypothèse de l’exclusion d’un pays de la zone euro si celui-ci ne
remplit pas les conditions imposées par le pacte de stabilité. Face au sricte respect des règles, la France prône la solidarité. Ce n’est pas la première fois. Il y a près de
deux siècles, un vaste élan de sympathie avait surgi pour sortir la Grèce d'un bourbier autrement plus grave.
Aujourd’hui il s’agit pour les Grecs de reconquérir leur indépendance financière. Au XIX e siècle, il s’agissait de reconquérir
l’indépendance politique face à la domination ottomane. De 1821 à 1832, un grand mouvement européen a accompagné cette reconstruction nationale. Ce premier grand mouvement de
solidarité dans l’Histoire est connu sous le nom de philhellénisme. En France, mais aussi en Angleterre, les artistes et les intellectuels de l’époque se sont
mobilisés.
Des comités furent mis en place. De l’argent fut collecté. Des hommes s’engagèrent physiquement dans ce combat. Les romantiques furent aux
premiers rangs pour sauver cette Grèce qui vit la naissance de la pensée, de l'art et de la science. Hugo, Chateaubriand, Delacroix, Berlioz et Byron furent à la pointe de
cette aventure en pensant à Homère, à Platon et à la Victoire de Samothrace. Aujourd’hui, il n’y a plus que quelques tableaux romantiques au Louvre qui témoignent de cet élan,
de cette solidarité européenne.
Pour ces intellectuels avant la lettre, sauver la Grèce c’était d’une certaine façon sauver les fondations de l’Occident, même s’il y
avait, notamment en France, une vision de la croix orthodoxe contre le croissant musulman. Louis 1er de Bavière résuma bien l’idée générale qui sous-tendait cette
main tendue. « L’Europe a une dette énorme envers la Grèce. »
Devant la division de l’Union européenne, le Premier ministre grec Georges Papandréou en appelle au FMI. L’Europe des romantiques avait
montré plus de solidarité que l’Europe des banquiers. Cela ne surprendra personne…
Laurent LEMIRE