Quoi qu'ai fait Pie XII (je ne le sais pas, on ne le saura peut-être jamais), qu'il ait agi ou pas agi,
rien ne justifiait une béatification, qui ouvre la voie à la canonisation. Le problème n'est pas Pie XII : le problème c'est Benoît XVI. Ce pape est un pape de combat contre la laïcité, contre
l'intelligence, contre la liberté individuelle, contre l'indépendance des Etats vis-à-vis du pouvoir spirituel et contre le libre choix. C'est un idéologue au sens strict, au même titre que tous
les idéologues qui dans l'Histoire ont ravagé l'âme humaine et on conduit les peuples au désastre.
Benoît XVI béatifie Pie XII et JP II pour des raisons politiciennes, ni plus ni moins. Pourquoi pas Jean-Paul Ier, Benoît XV, Paul VI ? Parce que JP Ier était trop
réformateur, parce que Paul VI et Jean XXIII ont fait Vatican II que le pape actuel exècre et vomit. Pie XII et JP II sont des papes politiquement symboliques : Pie XII est le pape d'avant Vatican
II, le dernier pontife "à l'ancienne mode", l'image d'une Eglise figée, cuirassée de certitudes et d'arrogance, dominatrice, méprisante pour quiconque n'entre pas dans ses vues.
Quant à JP II, c'est le pape faussement ouvert, qui savait jouer des médias, mais foncièrement réac et qui a commencé le retour en arrière que Benoît XVI accélère. N'oublions pas que Ratzinger
était déjà aux commandes tout au long du pontificat de JP II. S'il le béatifie aussi vite, c'est pour surfer sur la vague émotionnelle et ne pas laisser au temps (et aux historiens) le temps de
scruter en profondeur la réalité de l'homme et de son pontificat. On s'apercevrait trop facilement, avec le recul, que JP II n'était pas l'icône médiatique que la propagande a construite.
La béatification interdira désormais toute entreprise d'approfondissement. N'est-ce pas ce qui a déjà été fait pour Dom Escriva de Balaguer, l'immonde théoricien de l'Opus Dei, directeur de
conscience de Franco et complice de sa dictature fasciste dont se réclame aujourd'hui l'Eglise espagnole, qui hurle à la mort lorsqu'on veut ouvrir les fosses communes des républicains, mais qui
balance ses encensoirs lorsque le pape béatifie en masse les partisans franquistes ?
Bref, Benoît XVI se moque de la religion (un pape n'a rien à faire de la vraie religion du Christ), c'est un politique qui veut le retour à l'Eglise triomphante et intransigeante dont le bras armé
sera la masse des jeunes séminaristes issus des rangs traditionalistes. C'est un pape qui use d'une apparence de religion pour imposer une idéologie totalitaire (totalitaire au même titre que le
communisme, qu'on ne vienne pas me dire le contraire) à l'ensemble de l'Europe, y compris à ceux, ils sont nombreux et j'en fait partie, qui ne veulent pas voir leur vie régentée par des dogmes
fabriqués de toutes pièces, des mensonges éhontés, des confessionnaux hypocrites, des soutanes (ou des cols romains) qui dissimulent mal des personnalités instables, et des terreurs
obscurantistes.