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DURBAN...ET ENSUITE QUOI...

Après Cancun 2010, l’ONU à Bangkok prépare la future conférence de Durban sur le climat
jeudi 9 juin 2011
Auteur : par Texte du M’PEP

APRÈS CANCUN 2010, L’ONU A BANGKOK PRÉPARE LA FUTURE CONFÉRENCE DE DURBAN SUR LE CLIMAT

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

 

Le 8 juin 2011.

 

 

La Conférence des Nations unies sur le changement climatique s’est déroulée à Bangkok, en Thaïlande, du 3 au 8 avril 2011. Elle a rassemblé près de 2 000 participants venant de 175 pays et marque la première étape d’une série de réunions internationales destinées à préparer la prochaine conférence annuelle sur le climat à Durban en Afrique du Sud, en novembre 2011. Les gouvernements étaient appelés à « maintenir l’élan » pour s’assurer que le calendrier de mesures décidées à la Conférence de Cancun de 2010 soit respecté. Rappelons que ces engagements, sans aucune valeur contraignante pour les États, ne faisaient qu’entériner l’Accord de Copenhague de 2009 qui n’avait été rédigé que par une trentaine de pays, les principaux pays pollueurs de la planète.

Rappel des engagements de Cancun

L’objectif affiché est de ne pas dépasser une augmentation de la température de +2°C et si possible de +1,5°C. Face à cet objectif, le niveau d’engagement des États pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) est jugé trop faible et les scénarios de prévisions portent sur une augmentation de la température dans une fourchette se situant entre +3°C et +5°C. Le Protocole de Kyoto qui s’achève fin 2012 n’a pas été reconduit dans sa forme juridiquement contraignante, mais les parties se sont engagées à Durban. En revanche le marché du carbone est confirmé, ainsi que les mécanismes dits de développement propre (MDP) qui permettent d’obtenir des crédits carbone à bon compte. Des investissements sont promis (100 milliards de dollars par an d’ici 2020) pour aider les pays en développement à s’adapter aux conséquences du changement climatique.

Un programme de lutte contre la déforestation (REDD+) est lancé ; les forêts sont considérées comme des puits à carbone, ce qui permet aux pays pollueurs de financer des projets de protection des forêts plutôt que de réduire leurs propres émissions de GES. De l’accord de Cancun, on relève deux grands absents : l’agriculture (13% des émissions de GES) est totalement ignorée, et le commerce international reste le grand tabou des négociations.

Énergie et climat : la faillite d’un modèle économique

La réalité des faits contredit les engagements pris par les États. Le seuil critique de +2°C, adopté à la Conférence de Copenhague, nécessite une diminution de 80% des émissions de GES d’ici 2050. Selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), publié en novembre 2010, celles-ci vont augmenter de 17% entre 2008 et 2020. Le seuil de +2°C sera probablement atteint entre 2015 et 2020, et les prévisions à plus long terme envisagent une augmentation de température de +3,5°C. Aucune remise en cause du système économique actuel n’est envisagée, ce qui explique les échecs des Conférences internationales de Copenhague (2009) et Cancun (2010), et probablement celle de Durban (2011).

Que s’est-il passé à Bangkok ?

Que signifiait « maintenir l’élan à Bangkok » ? Les gouvernements étaient appelés à « s’entendre sur un programme de travail précis pour 2011 », c’est-à-dire financer de nouvelles institutions pour lutter contre le changement climatique, renforcer la coopération technologique, créer un Fonds vert pour le climat, mettre en place un Centre de technologie pour le climat, et « faire avancer les questions en suspens », c’est-à-dire donner suite au Protocole de Kyoto, et combler le fossé observé entre les promesses faites par les États et la réalité des réductions d’émissions de GES.

Pour Christiana Figueres, Secrétaire exécutive de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), un effort mondial très important est nécessaire pour que l’augmentation de la température mondiale reste en dessous du maximum de 2°C. Les promesses de réduction des émissions de GES d’ici 2020 correspondent à 60% de ce que le GIEC estime nécessaire pour rester en dessous du seuil de +2°C d’ici à 2020. Le défi à long terme du combat contre le changement climatique, selon Christiana Figueres, impose désormais des politiques nationales de plus en plus fortes, s’inscrivant dans une action à l’échelle mondiale, car en même temps aucun pays ne peut faire cavalier seul.

Le Protocole de Kyoto est le sujet qui a suscité le plus de débats. C’est le seul traité international qui contraint les pays signataires à réduire leurs émissions de CO2. Plusieurs pays, comme le Japon ou la Russie, refusent de s’engager à nouveau. En cause, le fait que les États-Unis ainsi que la Chine refusent de s’engager dans le Protocole alors qu’ils sont à eux deux à l’origine de 40% des émissions globales. Les divisions persistent entre les gouvernements et on ne voit pas très bien comment celles-ci seront résolues avant la Conférence de Durban.

Le marché du carbone et l’apparition de la climato-délinquance ?

Le Protocole de Kyoto a fixé un objectif de réduction des émissions de GES et s’appuie sur le principe des droits à polluer, basé sur deux mécanismes distincts. En premier lieu, les États attribuent aux pollueurs des quotas qui sont négociables sur le marché selon le seul principe de l’offre et de la demande. En second lieu, des projets réalisés dans les pays non soumis au Protocole de Kyoto, pays émergents ou pays en développement, appelés mécanismes de développement propre (MDP), permettant d’éviter des émissions de GES, sont récompensés par l’attribution de crédits carbone qui sont négociables au même titre que les quotas. Il s’agit, ni plus ni moins, de faire tourner la planche à billets des droits d’émission.

La financiarisation de la lutte contre le changement climatique, via le marché du carbone et de ses produits dérivés, génère non seulement de la spéculation financière, mais à présent la corruption qui commence à être dénoncée (rapport de Transparency International du 2 mai), compte tenu des sommes considérables en jeu qui vont circuler par des canaux complexes et opaques, véritable aubaine pour détourner des fonds. En Europe, les fraudeurs à la TVA des quotas d’émissions de GES ont privé des États de plusieurs milliards d’euros de recettes fiscales. Les mécanismes de développement propre (MDP), outils de compensation carbone (crédits carbone), sont peu vérifiés et il est estimé que 20% des projets MDP n’apportent aucun bénéfice climatique. Les forêts jouent un rôle important dans la réduction des émissions de GES. Là encore, le mécanisme REDD+ (dont les règles définitives devraient être adoptées à Durban) nécessitera une grande vigilance pour vérifier la validité des projets, dénoncer les projets fictifs, la surestimation, la double comptabilité ou l’échange frauduleux de crédits carbone.

Que faut-il attendre de la Conférence de Durban ?

Si rien n’a émergé concrètement aux Conférences de Copenhague et de Cancun, que faut-il attendre de la prochaine Conférence de Durban ? Quelle cohérence peut-on attendre de la position de l’Union européenne qui plaide pour une économie faiblement carbonée, mais en même temps promeut l’exploitation des gaz et huiles de schiste. Il y a de fortes chances que l’on reste toujours bloqué dans un système économique fortement émetteur de carbone. Revoir les modalités de lutte contre le changement climatique, mais tout autant ceux mis en place pour lutter contre la destruction de la biodiversité est l’action politique à mener au niveau national et international.

Celle-ci remet fondamentalement en cause le libre-échange. Taxer les émissions de gaz à effet de serre au lieu de les monnayer sur un marché du carbone, entrave le commerce international et ouvre le débat sur la nécessité d’un protectionnisme écologique. C’est donc bien tout un débat idéologique qui s’instaure lorsque la finance internationale veut se poser en sauveur de la planète et que les autorités aussi bien européennes qu’internationales (ex. Programme des Nations unies pour l’Environnement, PNUE) appuient cette démarche et font appel aux entreprises privées et aux lois du marché pour résoudre la crise écologique.

C’est la position de l’Union européenne, si l’on se réfère aux propos de Jacqueline McGlade, directrice de l’Agence européenne de l’environnement (AEE) qui déclare dernièrement « nous risquons de rater les prochains objectifs si nous ne modifions pas notre manière de gérer l’environnement. En pratique, cela signifie inciter le secteur privé à prendre des décisions via des incitations économiques et des normes réglementaires. Aucun progrès suffisant ne pourra être obtenu sans intégrer l’environnement dans l’économie ». On retrouve bien ainsi le concept et les mécanismes du néolibéralisme actuel, la sphère économique doit englober non seulement l’espace des humains (la société) mais également celui de la nature.

Pour le M’PEP, il faut redonner un sens à l’action politique pour incarner l’intérêt collectif. Ceci passe notamment par la sortie du libre-échange et l’instauration d’un nouvel ordre commercial international. Un protectionnisme écologique et social doit permettre de modifier concrètement la situation actuelle, notamment par la relocalisation des économies. De telles orientations ne sont pas possibles avec le carcan libéral imposé par l’Union européenne, ce qui impose la désobéissance européenne, et les règles de l’OMC qui doivent être transgressées par l’application des principes de la Charte de La Havane.

Voir les travaux du M’PEP sur la Charte de La Havane :

http://www.m-pep.org/spip.php ?article21

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