Des parents, maintenant, il n’est même plus question. Les gosses savent qu’ils sont les plus forts. Le patron, le boss, comme ils disent, c’est eux. Ils
sont les patrons comme les clients d’un magasin sont celui du commerçant. S’ils ont des mauvaises notes, ce n’est pas de leur faute mais du prof qui a mal expliqué. Leurs parents le leur
disent, les pseudo-scientifiques de l’éducation l’avaient décrété, beaucoup de chefs d’établissement ont fait leur cette idée. Pire même, pour la plupart, les profs s’en sont convaincus
eux-mêmes. De toute façon, le problème va bientôt être résolu. De notes, bientôt, il n’y aura plus. On validera des compétences. On cochera des items sur un ordi. Les notes, cela stigmatise,
cela traumatise. Traumatiser, stigmatiser le patron ! Vous n’y pensez pas !
En écrivant ces lignes, je me rends compte d’une erreur, d’une faute. Ils se prennent pour les patrons, pour le boss, parce que c’est leur vocabulaire. Mais ils ne sont pas des patrons, car
un patron, cela suppose des responsabilités. Or, de responsabilités, ils n’ont plus. Ils sont davantage que cela, en réalité. Des petits rois, des petites reines. De droit divin. L’enfant-roi
! A la maison, plus de fessées et des parents qui payent ! A l’école, plus de notes et des profs aux ordres.
Mais, dans notre pays, le Roi finit par se faire guillotiner. De bourreau, il devient victime. L’enfant-roi, à la fin des fins, est une victime. Victime de la démission des adultes, de leur
lâcheté, de l’exemple que nous leur donnons parfois. Ne nous étonnons pas que des lycéens finissent par inviter leur professeur, qu’ils tiennent pour une conne, à se casser, lorsqu’elle
souhaite qu’ils cessent d’envoyer des textos depuis la salle de classe 313, quand d’autres font de même au Vatican pendant le discours de Benoît XVI.
On a l’époque que l’on mérite. On a le Président que l’on mérite. Et, donc, on a les enfants que l’on mérite.