On ne l'attendait plus. Mais c'est fait. Le 15 février, Nicolas Sarkozy a avoué qu'il était candidat. La surprise n'était pas là.
Nous fêtions la 250ème semaine de Sarkofrance.
La curiosité était grande. On voulait voir comment l'homme qui faisait campagne sans le dire mais prétextait de graves urgences pour rester président allait nous expliquer sa
volte-face.
Impatient
Dix jours auparavant, devant 16,5 millions de Français à la télévision, il n'était pourtant pas si pressé. Le suspense était immense. Il fut entretenu avec une attention ridicule qui
n'empêcha pas les couacs.
Le slogan du candidat des Riches, « la France forte
», était finalement celui de l'ancêtre Giscard d'Estaing, lors de sa vaine campagne de réélection en 1981... Quelle mauvaise référence ! Le slogan « prend l'eau », commenta l'Express au bout de deux jours. Le site internet, très
classique et peu interactif, affichaient des videos polluées par des publicités (sic!). Quelque part vers 8h15 mercredi, le candidat avait ouvert son compte Twitter. Quel évènement !
Justement, en Grèce, le pays sombre. La pression combinée de la Troïka, de l'Euro-group et des banques venait de précipiter des milliers de Grecs dans les rues. La Grèce
dépasse les 167% de PIB d'endettement public, avec un PIB en récession. Les « remèdes de cheval » sont en train de tuer le canasson. Mais de cela,
celui qui se présente encore comme le co-gérant de l'Europe n'en avait cure.
Il avait fort à faire.
Coincé Mercredi, quelque 10,7 millions de téléspectateurs ont donc regardé cet épisode si convenu du
Sarko-tour 2012, la déclaration de candidature. Le Monarque était évidemment tendu. « Oui, je
suis candidat ».
Mais la surprise fut ... qu'il n'y eut pas de surprise. On avait encore fois dans le sens du spectacle que tout le monde reconnaissait à Nicolas Sarkozy quand il était déjà candidat en 2007.
On fut déçu. La grande idée du candidat sortant fut la systématisation des référendums pour passer outre les blocages de la société française. Par blocages, il visait
spécifiquement les partis, les « élites », et les syndicats.
Après coup, on fut saisi par cette énormité, un accès de fièvre bonapartiste. Le président en exercice était pris en flagrant délit de délire anti-républicain. «Chaque
fois fois qu’il y aura blocage, je ferai trancher le peuple français ». Après les « civilisations supérieures » de Claude Guéant, le candidat sortant veut se débarrasser des corps
intermédiaires !
Quand il était président, Nicolas Sarkozy avait de nombreuses occasions de référendums, de la réforme des retraites (imprévue dans le programme de 2007) à la récente
augmentation de la TVA réduite puis générale. Il n'eut même pas le courage de mettre en oeuvre le référendum d'initiative populaire.
Laurence Ferrari tenta aussi d'éclaircir en vain la
curieuse proposition référendaire du weekend sur les chômeurs. Sarkozy entendait-il proposer de sanctionner les chômeurs récalcitrants à une formation ou à un emploi ? La veille, en déplacement en Isère, il avait été très
flou. Vendredi matin, François Fillon tenta de clarifier la chose. Le référendum, si Sarkozy était réélu, porterait sur le transfert total ou
partiel des 30 milliards d'euros de la formation professionnelle vers la formation des chômeurs. Bref, cela n'avait plus rien à voir... Sarkozy, candidat sortant, devenait brutalement très
flou...
Son premier meeting électoral, dans une petite salle à Annecy, fut l'occasion de constater la violence outrancière de ses arguments. Sarkozy accusa Hollande de mentir « matin et soir ». Le
mensonge ? On pensait que Sarkozy aurait un peu plus de « zen-attitude », un peu plus de fond. Il avait décidé d'éructer, faute de mieux. Le Président-candidat perdait encore ses
nerfs, une habitude. François Fillon, qu'on croyait plus mesuré, en rajouta le lendemain sur RTL. En fait, Sarkozy comme Fillon
pratiquaient le même verbe que leurs portes-flingues Morano ou Wauquiez.
Il a visité une fromagerie et une boucherie. Il avait trouvé un traiteur local qui répéta devant les caméras combien Nicolas Sarkozy avait eu tout bon et combien François Hollande aurait tout
faux. Des militants UMP comme cela, c'est « si rare », commenta la journaliste Hélène Jouan (France Inter). Sarkozy s'enferma aussi dans un restaurant local. Les journalistes
indépendants restèrent dehors. Une caméra de l'UMP filma l'évènement, mais sans le son.
Bref, ce premier déplacement électoral fut fascinant: Sarkozy se déplaçait au milieu de figurants. On se pinçait pour le croire.
Incapable Depuis des semaines, Nicolas Sarkozy était aussi incapable de gouverner.
Lundi, ses propres députés n'étaient plus mobilisés pour aller voter la TVA sociale. Leur absentéisme à l'Assemblée empêcha l'adoption de la mesure en commission. Ce fut chose faite
deux jours plus tard. Le couac fit désordre. Pire, le rapporteur UMP
de la loi de finances rectificative pour 2012 ajouta une pierre bien lourde au fardeau élyséen: l'allègement de charges patronales familiales, contrepartie de cette fichue TVA sociale,
profitera surtout aux services et « très peu à l'industrie ». L'argumentaire sarkozyen s'effondrait ... de l'intérieur.
Mardi, on avait eu peur. Le président sortant n'avait pas réussi à calmer l'inquiétude des marchés. L'agence Moody's qu'il aimait tant menaçait de
dégrader la note de la Sarkofrance. A l'Elysée, point de commentaires. Vendredi, Nicolas Sarkozy recevait David Cameron, le premier ministre britannique. Depuis la grande entente cordiale, au
printemps 2011, quand Sarkozy et Cameron se félicitaient de placer leurs développements nucléaires militaires en commun, la situation s'était tendue. Cameron a refusé de suivre le futur
nouveau traité européen.
La catastrophe fut ailleurs: le Monarque Sarkozy fut contraint d'avouer que le premier ministre britannique avait bel et bien un droit de veto sur le futur projet de traité
européen. La nouvelle était d'importance. Sarkozy nous l'avait caché en décembre dernier.
Ce vendredi à l'Elysée, Cameron souhaita « bonne chance » à ce candidat de la droite française.