Il se présentera fin
février, ou début mars. Cette fois, il paraît que c'est sûr. D'ici là, il fait campagne. Ses proches ont repris confiance. Quelques journalistes promettent une campagne ouverte. Le
décrochage des classes populaires inquiète un peu. A l'Elysée, on n'en parle pas. Nicolas Sarkozy s'accroche à son Triple A comme La Pérouse à son radeau. Il faisait mine d'ignorer la pression
des marchés, mais il stressait comme un diable.
A l'occasion d'une foire médiatique organisée à la gloire du Web (LeWeb'11), le Monarque
avait placé sa semaine sous le thème numérique: mise en ligne d'un site d'informations publiques lundi, inauguration du siège parisien de la multinationale Google mardi, puis réception
à l'Elysée de quelques 300 Net-entrepreneurs mercredi.
Chez Google, Sarkozy discuta avec quelques salariés du géant américains, tous habillés cool et décontractés. Avec son costume sombre et sa cravate noir,
le Monarque faisait étranger. Il s'est quand même acheté un iPad 2. C'était la Saint-Nicolas. Il utilisa quelques
expressions franglaises comme top of the top et win-win. Le jour même, on lisait qu'il s'agaçait que son ministre Eric Besson passe davantage de temps sur Twitter qu'à son ministère de
l'industrie.
Cette mise en scène avait quelque chose d'indécent. Dans le
Monde, Nicolas Sarkozy avait sans doute raté une enquête sur la colère sourde des Invisibles, la France précaire,
oubliée par le Président des Riches.
Mais Sarkozy avait la tête ailleurs. Lundi, son micro-sommet avec Angela Merkel, le jour où François Hollande se déplaçait à Berlin, avait fait pschitt.
La chancelière était venue annoncer son propre plan à Paris, à l'occasion d'un déjeuner et d'une
mini-conférence de presse expédiée en une trentaine de minutes. Sarkozy nous avait habillé l'affaire comme un déjeuner de travail et une âpre négociation. Il n'en fut
rien.
L'après-midi même, l'agence de notation Standard & Poor's menaçait l'intégralité de la zone euro. La France était plus sévèrement visée. Sarkozy joua
au kéké le lendemain matin devant ses ténors ( « Au fond, c’est plus un message pour la BCE que pour le gouvernement » ), mais l'inquiétude était palpable. Le soir François Fillon
était à la télévision, dernier sujet du journal télévisé, juste avant la météo. Pas question d'un troisième plan de rigueur.Dans les heures qui suivirent, la même agence dégrada la note de
crédit de trois banques françaises, puis de 15 assureurs européens.
Mercredi, Nicolas Sarkozy stressait à l'Elysée. La veille confiant, il était désormais dramatique: « Le
risque d'explosion est prégnant tant que les décisions prises avec Angela Merkel ne sont pas effectives », confia-t-il à quelques centaines de députés UMP invités à l'Elysée aux frais du contribuable. En fin de journée, Sarkozy rinçait les 300 Net-entrepreneurs
participants au grand show LeWeb'11 organisé par le très sarkozyste Loïc Le Meur. A quelques centaines de kilomètres de là, François Hollande parlait rédindustrialisation dans une usine.
Jeudi, un sommet européen inévitablement qualifié de sommet de la dernière chance débutait à Bruxelles dans la soirée. Mais Sarkozy avait d'abord deux crochets politiques à faire, à Marseille, encore un déplacement uniquement électoral, aux frais du contribuable, 84.000 euros, c'est le Sarkobingo ! Au plus fort de la crise, il est toujours
en campagne. La crise attendra. Son premier détour fut pour une clinique, à l'hôpital Nord, à Marseille,
au chevet d'un policier grièvement blessé par une fusillade à Vitrolles en début de semaine, et en état de mort cérébral depuis la veille. Ses Web-communicants l'avaient identifié sur FourthSquare, une application qui permet à ses utilisateurs de se géolocaliser via leur téléphone
portable. L'écoeurement était proche. L'agent décéda, paraît-il, dix minutes après son départ.
L'instrumentalisation de ce drame, par un Monarque responsable de la réduction des moyens des forces de l'ordre, avait quelque chose d'évidemment indécent, et la mascarade des plus funèbres. Sur le perron d'un commissariat, Nicolas Sarkozy
annonça le prochain équipement des policiers en fusils à
pompes.
Ensuite, toujours à Marseille, Nicolas Sarkozy alla déjeuner (et se faire filmer) au Congrès du Parti populaire européen (PPE). Un Congrès évidemment politique,
puisqu'il ne rassemblait que les ténors de la droite européenne.
Dans la journée, la chaîne BFM-TV publiait des vidéos inédites, fascinantes mais inutiles, filmées par les caméras de surveillance du Sofitel au moment du
départ de Dominique Strauss-Kahn de l'établissement. Plus troublant fut la confirmation que l'Elysée disposait bien d'un dossier à charge sur le libertinage de l'ancien directeur du FMI:
dès l'arrestation de ce dernier, deux fonctionnaires du Parquet de Paris avait transmis au
procureur américain Cyrus Vance des informations sur « une affaire de prostitution dans le nord de la France», qui à l'époque était encore un secret bien gardé...
Jeudi, les procureurs protestèrent: manque de moyens, manque d'indépendance, manque de reconnaissance. La justice est en crise. Deux jours avant, la Cour
de Cassation qualifiait d'illégale l'espionnage de journalistes du Monde ordonné par le procureur Philippe Courroye en 2010, dans le cadre de l'affaire Woerth/Bettencourt. L'ampleur de l'espionnage, révélé par le Monde grâce à l'enquête, est édifiante. On s'était cru en
RDA.
Jeudi soir, Sarkozy s'envola donc pour Bruxelles. Notez le trajet: Paris/Marseille/Bruxelles. Sur place débuta une longue nuit blanche de négociations à 27 pour sauver l'euro, la dette, et l'Europe. C'était le énième sommet de la dernière
chance. La nuit fut rude, les déchirements évidents, et, vendredi, vers 5 heures du matin, Nicolas Sarkozy pouvait s'exprimer, la voix
blanche et le teint blafard, devant quelques journalistes patients: « nous venons d'adopter la totalité du contenu de la lettre franco-allemande ». A cette heure matinale, l'accord
était encore flou.
On comprit plus tard que la BCE restera indépendante. Les Etats adhérents au futur traité accepteront des sanctions automatiques
en cas de dérapages budgétaires. Cette discipline serait jugée à l'aune d'une règle d'or nationale à définir. La Commission européenne pourra évaluer les budgets nationaux. David Cameron a
refusé d'y associer le Royaume Uni. Quelques heures plus tard, Nicolas Sarkozy refusa de lui
serrer la main. L'entente cordiale de l'opération libyenne était bien loin.
Toujours des grands principes, mais rien d'encore très concret. Et comme toujours, les problèmes se cachent dans les détails. Les
27 moins un ont promis un traité complet d'ici... trois semaines. Après, il faudra le faire ratifier, dans chacun des Etats
adhérents.
Rappelez-vous le plan de sauvetage de la Grèce adopté le 21 juillet dernier: il fallut attendre 3 mois avant sa ratification
complète. Que dire d'un nouveau traité européen ?
Plus tard dans la journée, la Maison Blanche, laconique, a salué des «signes de progrès». Des signes... Angela Merkel
remercia Nicolas Sarkozy. La chancelière met toujours les formes.
Ami sarkozyste, où es-tu ?
