Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
L’URGENCE DE CONSTRUIRE UNE PERSPECTIVE POLITIQUE DE GAUCHE
Communiqué des adhérents du M’PEP réunis lors de leur université d’automne à Luc-en-Diois (26) du 11 au 14 novembre 2010.
Le 21 novembre 2010.
La contre-réforme des retraites a suscité un rejet très majoritaire du peuple français. Il s’est traduit par des manifestations nombreuses et massives et par des mouvements de grèves dans les secteurs publics et privés. Les citoyens qui ont participé à ces luttes doivent être salués pour leur engagement. La solidarité qui s’est exprimée par un soutien financier aux grévistes témoigne de l’accord de la population avec eux. Ce mouvement et le soutien des citoyens démontrent que trente ans de matraquage idéologique ne sont pas parvenus à tuer la capacité de révolte et la fraternité.
Cela n’a cependant pas été suffisant pour que le Gouvernement et l’Assemblée reviennent sur ce texte honni par la grande majorité des citoyens. Alors que l’action syndicale a été d’une grande ampleur, elle n’a pas encore réussi à aboutir. De son côté, le Parti socialiste, qui a participé à la casse des retraites lorsqu’il était au gouvernement, a eu une position ambigüe. Présent dans les manifestations pour leur apporter son soutien, son projet en matière de retraites reste néanmoins proche de celui de Nicolas Sarkozy. Quant à la gauche de gauche, elle n’a pas désigné clairement tous les responsables qui mènent la guerre aux salariés et à leurs acquis sociaux : Nicolas Sarkozy, certes, mais aussi l’Union européenne et le Fonds monétaire international. Elle n’a pas porté de projet alternatif plausible et crédible à la politique de la droite.
La contre-réforme des retraites prend racine dans l’offensive menée par les classes dirigeantes dont le système de l’Union européenne est une pièce maîtresse. La gauche ne s’attaque pas à la question de la monnaie et au rôle néfaste de l’euro et de l’Union européenne dont il n’y a rien de positif à attendre. Le passage en force du traité de Lisbonne n’est-il pas une forme de coup d’État ? Comment conserver l’illusion de changer de l’intérieur des institutions européennes aussi antidémocratiques ? Le Parti socialiste et Europe-Écologie ont intégré ce système et jouent double jeu en permanence. Ils votent au Parlement européen des mesures contraires au discours qu’ils servent au peuple français. En désignant comme seul responsable le gouvernement français, en limitant leur action à un simple anti-sarkozysme primaire, ils mentent par omission. Ce double langage relayé par des médias aux mains de la classe la plus riche, vise à « placer » ces partis pour les futures élections. Ils alimentent le rejet de la politique et le risque de l’abstention.
Les récentes mobilisations soulignent l’urgence de construire une véritable perspective politique de gauche qui affronte les questions essentielles. Le rôle de la gauche est de mener un combat sans relâche pour des politiques d’égalité, contre le capitalisme, pour un socialisme du XXIe siècle. L’expérience montre sans aucune ambigüité que la mise en œuvre d’une véritable politique de gauche, reposant sur un redressement du partage de la valeur ajoutée en faveur du travail et au détriment du capital (basculer dans un premier temps au moins 170 milliards d’euros, chaque année, du capital vers le travail), n’est possible qu’au prix de profondes ruptures.
L’euro n’a atteint aucun des objectifs qui avaient été fixés par ses promoteurs. L’inflation des prix des produits de consommation courante, de moins en moins bien correctement mesurée, a connu une importante progression en dix ans. Les taux de change entre l’euro et le dollar sont particulièrement instables, alors que l’euro « fort » est devenu un paramètre structurel divisant les pays de la zone, l’Allemagne y ayant intérêt, les autres pays recherchant au contraire à le faire baisser. Ne pouvant y parvenir, ils écrasent les salaires, transformant l’euro en rouleau compresseur des politiques sociales (salaires, retraites, assurance-maladie, assurance-chômage…). Quant au niveau des taux d’intérêt, ils vont désormais du simple au triple selon les pays. L’euro n’est pas le « bouclier » promis, il attire la spéculation. Cette course effrénée à l’attraction des capitaux, dans l’espoir naïf de contester l’hégémonie du dollar, provoque une concurrence qui se manifeste par la baisse des prélèvements sur le capital. La suite est connue : diminution des recettes publiques, compression des dépenses publiques et prioritairement des dépenses sociales, plans d’austérité, accumulation des dettes et des déficits… Bouclier de carton-pâte, l’euro a accru les inégalités, les clivages, les courants nationalistes et xénophobes, les dissensions politiques entre les pays de la zone.
Il ne peut y avoir de politique vraiment de gauche avec l’euro. Ce constat, qui nécessite des révisions déchirantes, doit être accepté par la gauche. Avec l’euro, comment imaginer qu’une politique économique de gauche serait possible puisque la politique monétaire, via la Banque centrale européenne, resterait d’inspiration néolibérale ? Comment mener une politique économique de gauche, alors que l’élément le plus important de la politique économique – la politique monétaire – resterait aux mains des néolibéraux ? La gauche est muette et aveugle sur cette question, elle ne veut, pour l’instant, ni voir, ni entendre.
Il faut continuer à expliquer, à faire de la pédagogie, de l’éducation populaire, à repolitiser la population, et en premier lieu les militants de gauche, pour susciter une dynamique populaire autour de la sortie de l’euro. Sortir de l’euro est un projet de gauche, c’est sortir de l’ordre monétaire néolibéral !
En résumé, la gauche – toute la gauche – politique, syndicale, associative, doit clairement revendiquer :
Telles sont les propositions mises au débat par le M’PEP pour alimenter la base politique du « Front de gauche ». Celui-ci ne doit pas hésiter à prendre comme référence le Front populaire et le programme du Conseil national de la Résistance.
Le renforcement du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP) est une question clé pour accélérer la recomposition et la réidentification de la gauche.