Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a tout donné pour que
l'on cesse de parler de l'affaire Bettencourt, du chômage et de la crise. Roms, immigration, nucléaire, Al Qaida, tout était possible. Avec son discours sécuritaire de vendredi dernier, Sarkozy
espérait gagner un peu de répit, et lancer sa campagne de réélection.
Révélations chez Bettencourt
Manigances à l'Elysée
Au sein du camp présidentiel, on ne trouvait pas grand monde pour commenter ces informations. Les proches du président s'excitaient à surenchérir sur les propos de leur patron de
vendredi dernier. C'est un plan, concocté à l'Elysée. Claude Guéant a multiplié les réunions et contacts discrets avec les hauts responsables de la police pour préparer une salve d'annonces
sécuritaires tout au long de l'été. le clou du spectacle sera la présentation le 7 septembre par Brice Hortefeux de la loi de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi).
Eric Besson suivra de peu avec une loi sur l'immigration. Le hasard du calendrier sarkozyen fait bien les choses, le 7 septembre est la journée retenue par toutes les organisations syndicales
pour protester contre le projet de réforme des retraites.
En attendant, les ténors de l'UMP appliquent la feuille de route présidentielle, et délivrent quelques propositions sécuritaires qui
«approfondissent» les déclarations de leur patron vendredi dernier.
Brice Hortefeux a ainsi annoncé dès dimanche qu'il voulait aller «plus loin» sur la déchéance de nationalité. Il souhaite étendre les
possibilités de déchéance de nationalité aux cas d'excision, de traite d'êtres humains ou d'«actes de délinquance grave». La fraude fiscale à grande échelle est-elle un acte de
délinquance grave ? Les services d'Eric Besson avaient confirmé avoir durci certaines dispositions de la prochaine loi sur l'immigration.
Dimanche dernier, Eric Ciotti, l'ancien suppléant de Christian Estrosi, devenu député et secrétaire national de l'UMP en charge de la Sécurité, prépare un
texte sur la responsabilité pénale des parents des mineurs délinquants. Sa grande idée est de proposer deux ans d'emprisonnement ferme aux parents qui n'auraient pas fait respecter les
obligations auxquelles seront soumis leurs enfants condamnés: «Les parents du mineur encourront alors une condamnation pénale qui pourra aller jusqu'à deux ans de prison» a-t-il expliqué
au Journal du dimanche. Il précise d'abord: «Nous voulons que,
systématiquement, en cas de condamnation d’un mineur, le magistrat mette en place un plan de probation sous la responsabilité de ses parents.» Et si ces derniers n'obtiennent pas de
résultats (scolaires, ou autres pour leur progéniture), et bien Eric Ciotti a prévu l'article qui va bien : «Est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende, le fait par le
père ou la mère de laisser son enfant mineur, lorsque celui-ci a été poursuivi ou condamné pour une infraction, violer les interdictions et les obligations auxquelles il est
soumis.»
Cette stratégie sécuritaire est dangereuse... pour Nicolas Sarkozy lui-même. Une partie de l'opposition tombera peut-être dans le piège maladroitement tendu
par l'Elysée, et s'offusquera de cette surenchère. Mais le vrai risque pour Sarkozy est que l'on parle de son bilan en la matière : vendredi, il a voulu rapidement évacué le sujet, refusant un
Grenelle, et livrant quelques chiffres apparemment flatteurs de lutte contre la délinquance. En fait, son bilan est doublement mauvais : désastreux en termes de résultats (d'après ses propres
statistiques officielles), et en termes d'image. Sarkozy a perdu sur les deux tableaux, l'éthique et l'efficacité.
L'ampleur des surenchères des quelques jours précédents ne trompe personne : elle illustre l'inquiétude du Monarque.
Juan Sarkofrance