Quelle différence, entre la candidature de Chevènement, et celles de tous les autres
candidats du PS (Aubry, DSK, Royal, Hollande, Moscovici, Montebourg), des souverainistes de gauche (Mélenchon) ou de droite (la boutique Le Pen) ?
De tous ceux-là, Chevènement fut le seul à combattre, dès le début, les différentes étapes par lesquelles s’est construite l’Europe fédérale et
néolibérale, à savoir, successivement : traités de Luxembourg (Acte Unique Européen), de Maastricht (démission du gouvernement et du PS), de Nice, d’Amsterdam ; protocole de Barcelone ;
tentative avortée du TCE ; ratification parlementaire du traité de Lisbonne ; et, aujourd’hui, « pacte de compétitivité » entre la France et l’ Allemagne, vouant l’ Union Européenne à la
politique de rigueur, et sur lequel les candidats du PS sont bien silencieux, ce qui en dit long... « qui ne dit mot consent ».
Mais, contrairement à certains, Chevènement sait qu’on n’agit, en politique, qu’en partant de la réalité du moment, et ne croit pas naïvement qu’il suffit
d’un « yaka » pour tout effacer d’un coup et repartir à zéro ; Montebourg est bien gentil de prôner soudain la « démondialisation » (mieux vaut tard que jamais), mais enfin,
si un Président de la République Française annonçait demain aux dirigeants chinois, américains, indiens, brésiliens, etc., que la France a décidé que « la mondialisation, c’est fini »,
il n’est pas absolument certain qu’ils s’inclineraient devant le fait accompli.
En réalité, ce qui a été édifié pas à pas pendant de longues années ne peut être détricoté qu’en empruntant à l’envers, pas à pas, le même chemin, dans un
monde qui a beaucoup changé ; comme l’écrit Chevènement dans son dernier ouvrage « La France est-elle finie ? », à propos de la construction européenne : oui, l’avion est pourri,
il n’a pas de pilote, il va se crasher, mais sauter sans parachute par le hublot n’est pas une bonne solution ; mieux vaut s’emparer des commandes et tenter un atterrissage en douceur pour en
sortir alors en meilleur état.
« Sauter sans parachute par le hublot », c’est le programme simpliste et démagogique du Front National : un abandon soudain et unilatéral de l’
Euro par la France entraînerait une dévaluation massive et immédiate du Franc et une hyper-inflation dont les victimes seraient ceux qui n’ont d’autres revenus que ceux de leur travail
(salariés et retraités) ; une hyper-inflation constitue toujours, certes, une « euthanasie des rentiers », mais aussi un transfert de richesses des revenus du travail vers ceux du
patrimoine.
Alors, comment faire ?
Pour Chevènement, la première étape sera, comme souvent, la plus difficile ; sachant que le seul vrai moteur de l’Europe est l’axe franco-allemand, il
faut commencer par convaincre l’Allemagne d’abandonner son modèle actuel de rigueur budgétaire ; tâche ardue, à l’opposé de son orientation actuelle ; mais tâche non impossible, car, à long
terme, c’est l’intérêt même de l’Allemagne : sa prospérité est essentiellement fondée sur ses exportations, dont 60 % se font vers les pays de l’Union Européenne, et si ceux-ci adoptaient tous
des politiques de rigueur, limitant leurs importations, son économie serait la première à en souffrir ; en réalité, la politique de rigueur de l'Allemagne ne lui assure sa prospérité actuelle
que grâce au laxisme des autres pays de l’Union Européenne : peut-on parler d’un « modèle » lorsque celui-ci s’effondrerait si les autres l’imitaient ?
L’étape ultérieure consistera à modifier les missions de la Banque Centrale Européenne (BCE), aujourd’hui limitées à la lutte contre l’inflation et les
déficits budgétaires, en les remplaçant, comme pour la FED américaine (également indépendante), par celles de favoriser en priorité la croissance et l’emploi .
Il faudra ensuite mettre fin à cette indépendance de la BCE, imposée par Köhl à Mitterrand, lors des négociations du traité de Maastricht, sur le modèle
de sa Bundesbank, en la mettant sous tutelle d’un pouvoir politique.
Les étapes suivantes seront alors plus faciles à mettre en œuvre : imposition effective de la « préférence européenne », création d’une monnaie commune
européenne remplaçant la monnaie unique qu’est l’Euro, avec, au besoin, un serpent monétaire.
Pourquoi Chevènement plutôt qu’un autre ? Parce qu’il est quasi-impossible , pour ceux qui ont mis en place ce système (en particulier les leaders du PS
déjà cités : Aubry, DSK, Royal, Hollande, Moscovici, Montebourg, et même Mélenchon), d’être crédibles s’ils venaient à annoncer qu’ils ont décidé de le démanteler sans y être contraints par le
poids de celui qui, élu ou pas, l’a combattu dès ses origines.
D’où l’importance de cette candidature pour peser sur ceux qui, sans elle, ne renieront jamais spontanément leur long passé.