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Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne

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APRES LE KARACHIGATE ...UNE AUTRE AFFAIRE D'ETAT

L’affaire Bettencourt est en passe de se transformer en affaire d’Etat 

Rappel des faits :

Dans quinze jours devait se tenir le procès qui oppose Françoise Bettencourt (fille de Liliane) au photographe François-Marie Banier, accusé d’avoir profité « des faiblesses » de la milliardaire octogénaire. Mais des enregistrements clandestins de conversations entre Liliane Bettencourt et ses conseillers ont quelque peu changé la portée de cette affaire. Outre le fait qu’il y a désormais des preuves tangibles de fraudes et d’évasions fiscales, le nom du ministre E. Woerth revient à plusieurs reprises dans les discussions.  Sa femme étant employée dans l’une des holdings de L’Oréal, la société Clymène…

Voici les discussions en question issues de l’enquête de Médiapart :

Le 27 octobre 2009,  Patrice de Maistre (un proche conseiller de la milliardaire en charge de la gestion de sa fortune) déclare à Liliane Bettencourt au sujet d’Eric Woerth :

—  Patrice de Maistre : «  Alors, c’est le mari de madame Woerth que vous employez, qui est l’une de mes collaboratrices, qui n’est pas très grande. […] Mais lui est très sympathique et c’est notre ministre du Budget. […] Il est très sympathique et en plus, c’est lui qui s’occupe de vos impôts, donc je trouve que ce n’était pas idiot. C’est le ministre du Budget, il est très sympathique, c’est un ami. »

Le 23 avril 2010, toujours un échange entre Patrice de Maistre et Liliane Bettencourt   évoquant cette fois, la femme du ministre et les raisons de son recrutement :

—  Patrice de Maistre : « Je me suis trompé quand je l’ai engagée (à propos de Florence Woerth). C’est-à-dire quand en fait avoir la femme d’un ministre comme ça, ça n’est pas un plus, c’est un moins. Voilà. Je me suis trompé. Pourquoi? Parce que comme vous êtes une femme, la femme la plus riche de France. Le fait que vous ayez une femme de ministre, chez nous, tous les journaux, tous les trucs disent, euh, oui tout est mélangé, etc., bon. J’avoue que quand je l’ai fait, son mari était ministre des finances (du budget, NDLR), il m’a demandé de le faire (…) Je l’ai fait pour lui faire plaisir.»

Et enfin la conversation du 4 mars 2010, où l’on suppose que Patrice de Maistre fait signer des autorisations de paiement :

— Patrice de Maistre : « Valérie Pécresse, c’est la ministre de la Recherche .Elle fait la campagne pour être présidente de Paris. Elle va perdre, mais il faut que vous la souteniez et c’est des sommes très mineures, des petites sommes. Elle va perdre, mais il faut que l’on montre votre soutien. Le deuxième, c’est le ministre du Budget. Il faut aussi l’aider. Et le troisième, c’est Nicolas Sarkozy. »

— Liliane Bettencourt : « Bon alors, il faut donner pour Pécresse… »

— Patrice de Maistre : « Mais ce n’est pas cher. »

— Liliane Bettencourt : « C’est elle qui a demandé cette somme là ?»

— Patrice de Maistre : « Non, c’est le maximum légal. C’est 7.500, ce n’est pas très cher. Vous savez, en ce moment, il faut que l’on ait des amis. Ça, c’est Valérie Pécresse. Ça, c’est Eric Woerth, le ministre du Budget. Je pense que c’est bien, c’est pas cher et ils apprécient. »

— Liliane Bettencourt : « Et Nicolas Sarkozy ? »

— Patrice de Maistre : « C’est fait, c’est dedans. »

 

Le rôle de Florence Woerth :

La femme d’Eric Woerth, recrutée en 2007, est accusée d’avoir eu connaissance de l’évasion fiscale pratiquée par Liliane Bettencourt et ses conseillers et d’y avoir participée. Le soupçon de fraude compromet même son mari ministre qui aurait demandé à Patrice de Maistre de recruter sa femme (selon les déclarations de ce dernier).

Mais ces accusations semblent infondées et supposeraient de connaître la fiche de poste et le périmètre d’action de Florence Woerth. Qui peut déterminer avec certitude son degré d’information et d’implication au sein de cette société ? Ce que nous savons par le biais des enregistrements fournis par l’enquête de Mediapart, c’est qu’elle était simple employée au sein de cette holding. Dans une interview accordée au Parisien, F. Woerth précise son rôle et l’organigramme de la structure : « Je suis en fait salariée d’une structure qui s’appelle Clymène, filiale à 100 %de Tethys, au sein de laquelle je suis responsable des investissements. Tethys est une société présidée par Liliane Bettencourt qui détient des titres du groupe L’Oréal, et Clymène s’occupe du placement des dividendes produits par ces titres. Mais les comptes et actifs personnels de Mme Bettencourt sont totalement à l’extérieur de ces structures, donc je n’en avais pas connaissance et, bien évidemment, je ne les gérais pas ».

Il y a une confusion pratiquée dans la presse entre ses activités de placement et la gestion des biens personnels de la famille Bettencourt. Pourtant, au fil de la lecture des conversations enregistrées entre Liliane Bettencourt et ses conseillers, ce qui saute aux yeux, c’est le culte du secret qui règne dans la gestion du patrimoine. Même entre proches conseillers, après 10 ans de maison, on ignore ce que fait l’autre. Dès lors, comment croire que Florence Woerth, tout juste arrivée en 2007 et en qui Patrice de Maistre n’a jamais eu confiance (il envisageait d’ailleurs de la licencier), ai pu avoir connaissance de ces opérations ? Le mystère reste entier…

Quant au fait qu’Eric Woerth aurait réclamé son recrutement à Patrice de Maistre, rien ne permet là aussi d’en déterminer la véracité, tant tout au long des discussions, ce vieux conseiller de Liliane Bettencourt se montre manipulateur et retors. Ne chercherait-il pas à masquer une erreur de recrutement en affirmant qu’il s’agissait d’une volonté ministérielle ?  C’est l’avis de l’ancien ministre du Budget, Alain Lambert, qui déclare : « Je trouve que Patrice de Maistre [gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt] se prévaut beaucoup de ses amitiés. Je ne le recommanderais pas pour gérer une fortune. De plus, je n’imagine pas que le ministre soit achetable ». Comme le rappelle Koztoujours, Patrice de Maitres ne semblait pas rassuré par la nomination d’Eric Woerth à Bercy  et conseille d’ailleurs à sa cliente de retirer ses comptes en Suisse : « à partir de janvier, c’est M. Woerth qui a fait la loi, la France peut demander aux Suisses si vous avez un compte là-bas » lors d’une conversation datée du 27 octobre 2009.

Avec 20 années d’expériences passées dans la finance, Florence Woerth semblait avoir le profil type pour ce poste. Sans avoir besoin pour cela de l’appui de son mari pour le décrocher…

 

Les accusations de conflits d’intérêts :

Ces derniers jours, les accusations de conflits d’intérêts se multiplient. Pris dans la tourmente médiatico-politique, on reproche à Eric Woerth de ne pas avoir bridé la carrière de sa femme. Quand son mari est ministre du Budget, on ne pourrait pas participer à la gestion de la troisième fortune de France. Mais encore une fois, où place- t-on les bornes du conflit d’intérêt. A partir de la 14eme, 15eme voir 16eme fortune de France ? Les femmes de ministres doivent-elles être cantonnées aux taches ménagères pour éviter les risques de collusion ?

Dans ce type de secteur, on est forcément amené à travailler pour de très grandes sociétés.  On pourrait également regretter un code de déontologie à géométrie variable puisqu’en 2007, la nouvelle de son arrivée chez l’Oréal n’avait pas déclenché l’once d’une protestation

En ce qui concerne les dons qu’aurait reçu E. Woerth lors de la campagne des régionales, il faut reconnaître une certaine « inconscience française » dans ce domaine pour reprendre les propos d’Alain Madelin. En cumulant un poste de trésorier de l’UMP et celui de ministre du Budget, Eric Woerth a donné le bâton pour se faire battre. Bien évidemment, ces donations sont rigoureusement encadrées par la loi et vérifiées par la Commission Nationale des Comptes de Campagnes et des Financements Politiques, mais cela pose un sérieux problème d’éthique. E. Woerth paye en quelque sorte le prix de sa naïveté, même si les dons mentionnés dans ces enregistrements audios sont parfaitement légaux et relèvent davantage de l’évergétisme que de la tentative de corruption

Procès à charge…

Malheureusement dans ce genre d’affaires, certains politiques n’ont pas besoin de preuves pour déclencher l’hallali. Tour à tour, Arnaud Montebourg et Eva Joly ont réclamé la démission du ministre. Les journalistes ne sont pas en reste et tentent parfois de « déformer la réalité pour la faire rentrer dans un cadre pré-établi » comme l’a bien démontré Authueil. Dernier exemple en date, la remise de la légion d’honneur par E. Woerth à Patrice de Maistre, lors de la promotion du 14 juillet 2007. Hervé Gattegno a tout de suite fait le rapprochement entre cet événement décidé avant l’arrivée d’ E.Woerth à Bercy et les soupçons de corruption…

Autre accusation lancée, cette fois-ci, par Bakchich. L’information selon laquelle François-Marie Banier, ami très proche de Liliane Bettencourt serait pisté depuis deux ans par le Fisc. Selon Bakchich, Eric Woerth « ne pouvait rien ignorer, malgré ses dénégations, des tambouilles entre le photographe et la richissime propriétaire de L’Oréal ». Mais encore une fois, le lien avec l’ancien ministre du Budget reste ténu. Le ministre n’est pas toujours informé des dossiers suivis par le Fisc et F.M Banier n’était en aucun cas, un homme suffisamment important pour bénéficier de l’attention du ministre. La question de la transmission de l’information au sein des rouages de l’Etat se pose naturellement…

Dans cette affaire, les journalistes doivent résister à la tentation du raccourci. Le faisceau de présomptions qui pèse aujourd’hui sur Eric Woerth doit déboucher sur une procédure fiscale d’enquête. Aucune preuve concrète ne permet à l’heure actuelle d’attester de son implication. Le rôle joué par Patrick Ouart, l’ancien super conseiller justice de N. Sarkozy et celui tenu par Philippe Courroye, procureur de la République de Nanterre méritent également un éclaircissement…

Jadis chevalier blanc de la lutte anti-fraude, Eric Woerth se retrouve aujourd’hui sur le banc des accusés, dans une position difficilement tenable. Il n’a désormais plus d’autres solutions que de promettre une enquête totalement transparente. C’est d’ailleurs ce que réclame le PS par la voix de J. M Ayrault : « Nous ne disons pas que M. Woerth est coupable (…) On demande simplement que la clarté soit faite  sur cette affaire pour éviter la polémique ». Dans l’histoire, E. Woerth a sans doute perdu un fauteuil à Matignon mais il peut encore sauver sa réputation…

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