Sous l'apparence d'un animal affectueux, note ici André Bellon, ancien député socialiste, le bisounours croit en un idéal sans jamais y voir les aspects les plus sombres. Les citoyens doivent
se méfier de ces Jacques Delors, Romano Prodi qui prônent l'Europe sociale tout en la détruisant avec pugnacité.
La construction européenne serait-elle une nouvelle religion ?
Combien de personnes n’avons-nous pas entendu expliquer lors des référendums sur
Maastricht ou sur le Traité Constitutionnel : « Je ne sais pas exactement de quoi il s’agit, mais je suis européen et donc favorable ». Bref, ils s’agenouillent devant
le nouveau Dieu et prient pour leur avenir.
Ces derniers temps, le fédéralisme est le nouvel objet de leur foi et la nouvelle cause de leur renoncement à la critique : « Bien sûr, disent-ils, je ne suis pas favorable aux
dispositions et aux mesures prises, en particulier sur le plan social, mais je suis pour le fédéralisme, donc j’accepte la dépossession de ce qu’il reste de démocraties dans les États membres
en souhaitant que se développent la démocratie et le bonheur au niveau européen ». On ne peut s’empêcher de repenser aux vieux discours des hiérarchies religieuses demandant
d’accepter la souffrance dans ce monde pour jouir dans l’au-delà.
Le bisounours, sous ses apparences bien sympathiques, est un animal dangereux. Il croit en oubliant de réfléchir. Sa foi l’empêche de voir et surtout le conduit à tenter d’amener les autres à
croire aussi. Voilà 30 ans que, Jacques Delors ou Romano Prodi en tête, ils nous disent : « Encore un effort. L’Europe sociale est à portée de main » ; puis ils
expliquent que, certes, ils prenaient des mesures antisociales, mais que c’était une condition nécessaire pour faire avancer l’Europe qui, promis-juré, construira le social de demain. Et voila
30 ans que la tribu bisounours les suit, illuminée par leur sagesse et guidée par leur magistère. Et ce serait ainsi notre manque de foi, à nous qui regardons les faits, qui produit les retards
incessants du paradis européen.
Il est temps de dire « Halte aux bisounours ! ». La démocratie n’est pas à crédit et le social ne se paye pas en fumée.
Nul ne peut dire ce que serait une structure fédérale sur un espace qui, d’ailleurs, modifie en permanence ses frontières. Mais chacun remarque bien que toute avancée vers le fameux fédéralisme
s’accompagne du développement des inégalités, de difficultés sociales accrues et de dilution de toute démocratie. Chacun remarque qu’à chaque étape, le poids des oligarchies augmente et que la
souveraineté populaire n’est plus qu’un vain mot. C’est la seule illustration du fédéralisme européen que l’on connaît. Le reste n’est que littérature.
Alors, deux principes doivent conduire notre action : ne rien faire sans l’aval des peuples, donc n’accepter aucune mesure qui échappe au contrôle des citoyens. Loin de l’idéologie
Bisounours, il est temps que les citoyens disent « Halte à la soumission ! ».