Thierry de Montbrial vient de commettre un ouvrage, sorte de verbatim, "journal de
Russie", édit du Rocher.
En enlevant la gangue anti-communiste viscérale qui le tient tout au long de son ouvrage, gangue de même
niveau que celui d'Hélène Carrere d'Encausse mais en plus futée, ses propos sont intéressants au détour de quelques réflexions sur ses multiples voyages en URSS puis en Russie et autres pays
devenus "indépendants".
Qui est T. de M. ? il est le DG de l'IFRI (seul institut français sur les relations internationales qui
tienne la route, hors les commisions militaires), admirateur de Rothschild, collaborateur de Soros pour l'Ukraine, proche de think tanks US, ce qui ne l'a pas empêché d'être coopté
récemment par l'Académie des Sciences de Russie.
Dans son écrit, il est lucide sur le caractère intrinséquement violent et guerrier de la politique
étrangère américaine, de la casse de la politique étrangère française (et de son réseau diplomatique) sous Sarko-Koutchner; il est (seulement) dubitatif vis à vis de la guerre en Libye et se
prononce contre toute intervention en Syrie. Il a donc conscience du nouveau rapport des forces mondial où l'occident (c. à d. réduit aux USA) marque le pas pour la première
fois.
De ses nombreux déplacements en Russie et autres nouvelles républiques, ce qui ne cesse de l'étonner - et
de l'inquiéter - c'est la nostalgie de nombreux interlocuteurs (du chauffeur de taxi aux cadres d'industrie en passant par les universitaires), anciens comme plus jeunes (les 20 ans), envers
l'URSS. Cette information, qui confirme des publications de l'association des jeunes économistes russes parues l'an dernier dans la presse spécialisée en France, est sans doute, à mon
avis, un signe fort de la tendance à l'autonomisation de leur pensée vis à vis des "idéaux néolibéraux".
T. de M. relate plusieurs et longs entretiens personnels avec les principaux dirigeants politiques
(dont Poutine) et de complexes industriels, en particulier russes. Ce qui l'a impressionné, c'est la parfaite connaissance (et la lucidité) de tous les dossiers intérieurs et extérieurs, la
cohérence globale des prises de décision, et le refus de la langue de bois (c'est nouveau !). Il est clair que ces dirigeants "ne se feront plus laisser marcher sur les pieds" (par les USA),
précise-t-il. Entre les lignes, on perçoit que ces dirigeants tiennent les chefs d'Etat actuels de l'UE pour des médiocres, simples relais de Washington ("L'Europe a démissionné" p. 435).
Pourtant, la Russie serait partisane de son entrée progressive dans l'UE. On apprend que si la Turquie avait été admise, il aurait été difficile de refuser l'entrée de la Russie et autres états
limitrophes ... Tiens, tiens ! La Turquie retoquée pour éviter l'entrée de la Russie dans l'UE ?
Par ailleurs les informations qui percent dans cet ouvrage montrent que la Russie est en pleine
renaissance économique, ce qui confirment les stats parues l'an dernier dans la revue française "Diplomatie" : + 7 % / an ! On est loin du déferlement de propagande W
européenne.
Pour la petite histoire : suite à plusieurs entretiens avec Gorbatchev (avant et après la chute de
l'URSS), "je [T. de M.] perçois Gorbatchev comme un homme faible, peu doué quant au choix des hommes et à l'organisation, (...) mauvais stratège et piètre tacticien" (p. 197). Vlouf pif paf
!!
On regrettera que T. de M. n'indique jamais le contenu exact de ses entretiens. Bizarre. Etait-il en
service commandé ?
Toujours est-il que l'on peut tirer à chaud quelques remarques :
1- l'UE est bien sous protectorat de Washington (c'est à dire de
Goldman Sachs, JP Morgan, Rockefeller, etc.) qui l'interdit de voir ailleurs :c'est la vision du reste du monde.
2- Une France plus tournée vers l'Eurasie que vers les USA serait
sans aucun doute bien plus bénéfique économiquement et politiquement. On n'en prend pas le chemin, Sarko comme Hollande s'interdisant de quitter l'OTAN (cf. leurs positionnements dans le dernier
n° de DSI: aucune différence).
JPE