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Acquittement de deux généraux croates accusés de Crimes de guerre et de Crimes contre l’Humanité Le honteux jugement du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie

Acquittement de deux généraux croates accusés de Crimes de guerre et de Crimes contre l’Humanité

Le honteux jugement du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie

Que le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie, le fameux TPIY de La Haye, fût, avant tout, un tribunal politique (par ailleurs conçu par les plus hautes instances de l’ONU, et les USA en tête), où ce principe théoriquement universel qu’est la « justice » ne joue qu’un rôle très relatif, servant même souvent de simple alibi moral, voilà qui semble désormais définitivement établi au vu du scandaleux et sidérant verdict qui vient d’y être prononcé ce vendredi 16 novembre 2012 : l’acquittement, en appel, de deux généraux croates, Ante Gotovina et Mladen Markac, pourtant condamnés respectivement, en première instance, à 24 et 18 ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Les exactions auxquelles ces deux chefs militaires de l’armée croate, alors alliée aux Bosniaques, se livrèrent donc impunément, entre les années 1991 et 1995, sont pourtant à peine moins épouvantables que celles auxquelles s’adonna, par exemple, le tristement célèbre Ratko Mladic, que les Serbes eux aussi, à l’instar des Croates avec ces deux hauts gradés, continuent envers et contre tout, contre l’évidence même, à considérer comme un héros national.

 

EPURATION ETHNIQUE

Car ces crimes dont étaient accusés Gotovina et Markac n’étaient certes pas une mince affaire : le déplacement forcé, au prix des pires atrocités (dont le froid assassinat de plus de 300 soldats yougoslaves ayant déposé les armes), de 90.000 civils serbes, lors d’une opération portant le très explicite nom de « Tempête », de la Krajina, région située au nord-ouest de la Bosnie et, donc, directement reliée à la très nationaliste Croatie. Ce fut là, ni plus ni moins, la plus abominable et gigantesque des épurations ethniques au sein de cette guerre des Balkans !

Ces milliers de civils serbes (femmes, enfants et vieillards compris) ainsi brutalement chassés de leurs terres ancestrales, je les ai rencontrés, du reste, lorsque, hagards et affamés, parfois en haillons mais toujours dignes, ils se dirigeaient en d’interminables files, conduisant vaille que vaille leurs pauvres tracteurs ou leurs voitures déglinguées, sur ces routes cabossées les ramenant, entre les villes de Novi Sad et de Belgrade, vers leur mère patrie. Je me souviens : ce fut là, à voir ces damnés de la terre déambuler ainsi silencieusement vers cet autre pan d’enfer, où ne les attendaient que misère et détresse, l’une des rares fois, en mon existence d’homme adulte, où ma gorge se noua d’un sanglot que je ne pus réprimer qu’à grand peine. Surtout lorsque j’appris que d’aucuns, parmi ces nouveaux déshérités, n’avaient trouvé d’autre issue, pour mettre fin à leur désespoir, parfois à leur immense solitude, que le suicide, le plus souvent par pendaison.

 

LA GUERRE DES INTELLOS

De ces longues et anonymes colonnes de réfugiés ainsi abandonnés à leur triste sort, personne, toutefois, ne s’en soucia guère vraiment à l’époque. Les médias en parlèrent à peine : quelques lignes seulement, et jamais les gros titres. Imaginez le contraire, si c’était des Croates ou des Bosniaques qui avaient été ainsi jetés sur les routes, comme d’indésirables malotrus, par les Serbes : le tollé, l’indignation, le scandale planétaire ! On aurait vu Bernard-Henri Lévy ou André Glucksmann crier au fascisme, et Alain Finkielkraut ou Pascal Bruckner hurler au nazisme. Les éditorialistes, Jacques Julliard et Michel Polac en tête, auraient saisi leur plus belle plume pour dénoncer aussitôt, à grands renforts de formules choc, ce retour, de sinistre mémoire, à la « peste brune ». Mais non : cette forfaiture sans nom passa alors, dans tous les grands journaux du monde, comme une lettre à la poste, dans une indifférence quasi générale. Pis : il y en eut même pour penser, comble du cynisme et conformément à l’ « antiserbisme » ambiant, que ces populations serbes ne méritaient après tout, au vu des innommables méfaits commis par leurs autorités politiques et militaires, que pareil châtiment, aussi cruel fût-il.

Pas la moindre compassion pour les Serbes ! Impitoyables alors, envers eux, les intellos, à de rares mais notables exceptions près (Patrick Besson, Régis Debray, Jean Dutourd, Max Gallo, Jean-François Kahn, Gabriel Matzneff, Guy Sorman, Peter Handke) !

 

LE DISCREDIT DU TPIY

Oui, je le clame donc ici haut et fort, et sans certes rien excuser ni justifier pour autant, là non plus, des crimes serbes, certainement plus graves encore (ce qui n’est pas peu dire !), en cette maudite guerre de Bosnie : ce verdict qui vient d’être ainsi prononcé, en ce jour funeste pour la justice internationale, à La Haye – l’acquittement des responsables (Ante Gotovina et Mladen Markac) de pareil crime contre l’humanité – est une honte, et restera une tache indélébile, pour le TPIY, désormais totalement discrédité tant sur le plan éthique que juridique !

Quantité négligeable, donc, les morts serbes ? C’est du moins là ce que vient de décider, contre toute attente (mais il est vrai, diplomatie oblige, que la Croatie entrera très bientôt, en 2013, dans l’Union Européenne), cette mauvaise comédie judiciaire que joue actuellement, avec une effarante partialité, le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie.

Car force est de constater, non sans regrets, que seuls les chefs politiques et militaires serbes, parmi les anciens responsables de cet effroyable conflit, siègent à l’heure actuelle, pour leurs inqualifiables meurtres, sur le banc des accusés du « Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie ». Alija Izetbegovic, est mort, lui, de sa belle mort, tandis que le président croate, Franjo Tudjman, antisémite notoire et révisionniste chevronné, a été inhumé, au lendemain de son décès, dans le carré réservé, dans le cimetière de Zagreb, aux « grands hommes ». Et ce, sans qu’il ait jamais été inquiété lui non plus, au contraire de son homologue serbe, Slobodan Milosevic (dont la mort inopinée, dans sa cellule de prison de La Haye, reste un mystère), par le TPIY.

Notre conscience d’humaniste épris de vérité ne peut, face à cette justice sélective, que s’en trouver, là, indignée, sinon choquée, voire révoltée !

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

 

* Philosophe, auteur de « Requiem pour l’Europe - Zagreb, Belgrade, Sarajevo » (Ed. L’Âge d’Homme), « Les Ruines de l’intelligence - Les intellectuels et la guerre en ex-Yougoslavie » (Ed. Wern, préface de Patrick Besson) et « Critique de la déraison pure - La faillite intellectuelle des ‘nouveaux philosophes’ et de leurs épigones » (François Bourin Editeur)

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