Ces voix n’ont pas été entendues. Le PS chilien a même décidé de ne pas présenter un candidat socialiste à l’élection présidentielle et de soutenir dès
le premier tour le responsable de la Démocratie Chrétienne (DC) - le parti du néolibéralisme -, Eduardo Frei, déjà Président de 1990 à 1994. Le secrétaire général du PS a même déclaré
récemment que la DC et le PS pourrait prochainement devenir un « Parti unique ».
Refusant cette dérive du PS vers le centre droit qui nous rappelle celle actuellement à l’œuvre en Europe et ce sabordage, de nombreux dirigeants historiques du PS ont claqué la porte. C’est
le cas de Jorge Arrate, ancien Président du PS, qui est devenu le candidat d’un large « Front de gauche », Juntos Podemos. Celui-ci regroupe une dizaine de formations dont le Parti
communiste. Parmi ses propositions, on trouvera une augmentation des salaires de 10 % par année, la mise en place d’un authentique salaire minimum, un réel investissement pour l’école
publique, une réforme fiscale… et aussi, détail important, l’élection d’une Assemblée constituante.
Dans le même temps, un jeune député socialiste, Marco Enriquez-Ominami (MEO), se présentera également en dehors de l’accord PS/DC. Il est le fils de
Miguel Enriquez, dirigeant du MIR assassiné en 1974. A gauche sur des questions sociétales, M. Enriquez-Ominami ne met pas au cœur de sa campagne les profondes réformes nécessaires pour
lutter contre les injustices et les inégalités sociales qui minent le pays. Très soutenu par la grande majorité de la presse pourtant très réactionnaire, il tranche avec les autres candidats
par sa jeunesse et sa campagne « marketing », inspiré de Jacques Séguéla dont il fut l’élève. Mais, il regroupe autour de lui des gens de gauche et de droite. Exemple significatif, le
responsable de son projet économique est Paul Fontaine, un patron formé à « l’école de Chicago » qui, à propos de la dictature, « reconnait l’œuvre économique des militaires mais condamne
les violations des droits de l’homme ». Au second tour, si MEO n’était pas présent, Fontaine votera pour le candidat de droite. Ce personnage incarne assez clairement toutes les
ambiguïtés des nombreux soutiens de cette candidature « attrape-tout ».
Enfin, on trouve, comme quatrième candidat, Sebastian Pinera. Il est le candidat de toute la droite, cette fois ci rassemblée. M. Pinera est un milliardaire qui s’est enrichi sous la
dictature, et dont le frère, José Pinera, était ministre de l’économie d’Augusto Pinochet.
Les politiques menées par la Concertacion depuis 20 ans et la confusion idéologique dans laquelle le PS a maintenu le pays ont créé les conditions propices à la possibilité d’une
victoire de la droite. Pour l’heure, tous les instituts de sondages mettent M.Pinera nettement en tête au premier tour, et gagnant dans tous les cas de figure au second.
Qui aurait pu croire qu’au pays de Salvador Allende, 36 ans après sa mort, un héritier politique de Pinochet soit en situation d’être élu «démocratiquement» à la présidence ? C’est pourtant
une possibilité dont la responsabilité repose en grande partie sur le PS chilien qui s’est totalement converti au néolibéralisme et a favorisé en cela le développement d’une grande abstention
populaire.
Dans ce désastre général, seule la candidature de Jorge Arrate fait entendre des propositions pour une authentique politique de gauche. Elle remobilise un électorat qui n’en pouvait plus.
C’est pourquoi en France, plusieurs partis politiques dont le Parti communiste et le Parti de Gauche la soutienne. Ne laissons pas Allende se faire assassiner une nouvelle
fois.