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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 07:38

Comme en 1983 le PS, qui n'est plus de gauche depuis belle lurette, le clivage entre la droite et la gauche ne passant plus entre l'Ump et le PS, mais bel et bien à l'intérieur même de ce dernier parti, vient de prendre à l'assemblée nationale la décision de ne plus exempter de charges sociales les heures supplémentaires.

 

Je n'ai rien contre cette décision qui va dans le sens de l'égalité républicaine entre les citoyens, toutes les niches fiscales étant par nature anti-républicaines comme étant contraire au principe d'égalité entre les citoyens devant l'impôt.

 

Mais il aurait été plus intelligent de commencer par taxer les plus riches, forts bien lotis depuis quelques années, plutôt que de commencer par les classes intermédiaires. C'est un très mauvais signal adressé à nos concitoyens.

Vu sur le site priximmo aujourd'hui:

Hello !

pour ceux qui bossent comme moi, gardez votre courage, sinon profitez bien.

Revenons sur mon article provoc du jour, l’idée étant de faire un recensement des mesures qui couvent et dont les médias parlent peux et sur lesquels les syndicats réagissent peu… certainement pour protéger leur camp.

Ces derniers temps François Hollande et sa main Jean-Marc Herault viennent de passer à la vitesse supérieur en matière d’économie… bien plus que ne l’a jamais fait Nicolas Sarkozy. Des mesures qui auront un impact majeur sur l’économie française.

Récapitulons (attention certaines mesures restent des bruits) :

  • l’application de la CSG sur le livret A pour la part déplafonné (au-delà des 15000 et quelques euros) ;
  • augmentation de la CSG (y compris pour les salariés… donc réduction des salaires) ;
  • suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires ;
  • une réduction des budgets de fonctionnement des ministères de 2,5% ;
  • réduction du nombre de fonctionnaire (avec augmentation pour certains ministères déjà bien dotés donc certains vont morfler) ;
  • suppression de la défiscalisation des emplois à domicile ;
  • création d’une nouvelle tranche d’imposition pour les plus hauts revenus à 45% ;
  • taxation à 75% pour les revenus au-delà des 1 millions d’euros par an ;
  • blocage du salaire et de la grille d’avance pour les fonctionnaires (peut être mais on oublie d’en parler que FH tire dans son électorat) ;
  • plafonnement des loyers ;
  • un projet de réforme des retraites ;
  • inscription de la règle d’Or dans une loi organique (et oui le candidat avait dit qu’il ne le ferait pas dans la constitution mais pas dans une loi organique lol) ;
  • impossibilité de blocage des hausses dans le secteur de l’énergie…

Alors qu’en pensez vous ? Je pense que si l’ancien président avait fait le quart de cela il aurait vu sa tête coupé, ben là non. Marrant non ? bon je dois en oublier.

A part ça tout va bien d’autant que la situation économique et sociale est critique et que le pire reste à venir.

Restons normal…

++

Xavier, votre blogueur

En fait le PS continue d'appliquer le programme de la commission Bruxelles qui n'a qu'un objectif en finir avec nos droits sociaux afin de tout privatiser.

 Monsieur Régling est l’auteur des « Recommandations spécifiques à la France » faites par la Commission européenne dans son Rapport COM (2003) du 8 avril 2003 concernant les Grandes orientations des politiques économiques des États-membres (période 2003-2005).

Les principaux points de ce rapport consistaient à IMPOSER à la France, quel que soit son gouvernement (UMP, PS, etc.,peu importe) les politiques suivantes :

Qu'a demandé Monsieur Régling, ce qui a été accepté par l'UMP et le PS, en adoptant le traité de Lisbonne...

—————
1- abaisser le déficit public sous la barre de 3 % du PIB en 2004 au plus tard,

=> d’où les appels incessants à réduire le déficit public, appels qui se sont soudain arrêtés avec la crise de 2008 : dès lors qu’il s’est agi de « sauver les banques », rien n’a été trop beau et le déficit public est monté, en France et en Europe, jusqu’à 8% du PIB dans le silence médiatique général !

—————
2- « réduire le coût de la main d’œuvre, notamment pour les bas salaires » [sic !],

=> d’où les plans pour développer les « petits boulots », les CDD et les contrats à temps partiel. Le prétendu « gouvernement français » a récemment annoncé qu’il travaillait sur des contrats à temps partiel de 7 heures de travail par semaine…

—————
3- « réformer le marché du travail en « simplifiant » la protection de l’emploi et en imposant des schémas d’emploi et de carrière « plus flexibles » [re-sic !],

=> d’où les plans visant à faciliter les licenciements (cf. le contrat CPE de M. de Villepin, qui avait jeté 2 millions de Français dans les rues, et qui n’était que la mise en œuvre des instructions européennes)

—————
4- réformer complètement notre système de retraite,

=> d’où le forcing fait, par tous les relais d’opinion médiatiques, pour inciter la France à adopter un système de retraites par capitalisation au lieu de notre système par répartition. Ceci n’a pour l’instant pas été suivi d’effets importants, et heureusement car la crise survenue en 2008 a prouvé, dans des cas dramatiques aux Etats-Unis, que des retraités dont les retraites avaient été investies en actions pouvaient se retrouver sans ressources en quelques semaines.

—————
5- élever l’âge effectif de la retraite [la Commission a indiqué successivement 65 puis 67 ans et vise désormais 70 ans...], on parle même de 72 ans...

=> d’où la récente déclaration de François Fillon, qui a annoncé qu’il fallait harmoniser avec l’Allemagne l’âge de départ à la retraite en le portant à 70 ans ; d’où aussi la grande discrétion des socialistes sur cette question des retraites et leur peu d'empressement à réformer la loi Sarkozy-Fillon.

—————
6- « enrayer la spirale des dépenses dans le secteur de la santé »,

=> d’où les décisions régulières de « dérembourser » de plus en plus de médicaments, etc.

—————
7- « mettre en concurrence les marchés de l’énergie, notamment gaz et électricité ».

=> d’où la décision, scandaleuse entre toutes, du prétendu « gouvernement français » d’ouvrir en janvier 2010 le marché du gaz à JP Morgan et Goldman Sachs : des hausses considérables du gaz et de l’électricité sont à prévoir de cette prétendue « ouverture à la concurrence » qui devrait bien plutôt s’appeler « feu vert pour procéder au racket des consommateurs français »

————————————

Il est à noter que M. Klaus REGLING, qui a quitté ses fonctions à la Commission européenne en 2008, est l’actuel Directeur Général du trop fameux Fonds européen de stabilité financière (FESF)… !

Enfin dernière nouvelle, pour la première fois le gouvernement vient d’emprunter à un taux négatif...Cela signifie que les marchés ont peur de tout perdre en Italie et en Espagne et se replient sur la France plus sure et ce même à perte provisoirement....La fin de l'euro sous sa forme actuelle n'est donc pas loin, ou bien alors, ce sera la fin rapide de tous nos droits sociaux comme indiqué ci-dessus...

JE

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 10:12

La grève Talbot en 1984

samedi 23 janvier 2010

En annonçant le 12 juillet son intention de supprimer près de 8 000 emplois sur l’ensemble du groupe Peugeot-Talbot, et déposant auprès des autorités un dossier, la direction PSA mettait le gouvernement au pied du mur.

 

Le gouvernement feint la surprise... et se donne deux mois pour examiner le dossier, avec la nomination d’un expert pour évaluer la situation du groupe Peugeot.

 

Le 11 octobre, la direction du travail des Yvelines, chargée du dossier Peugeot-Talbot, accepte le principe de 4 510 départs en pré-retraite (dont plus de 1 200 à Poissy, le reste à Sochaux). Mais elle refuse les 2 905 licenciements demandés chez Talbot, car « le plan social d’accompagnement est insuffisant » . Ainsi il apparaît dès lors pour l’administration que les licenciements sont inéluctables, il ne manque que la « sauce » autour. Peugeot est prié de revoir son dossier dans ce sens.

 

Mais pour les travailleurs de Talbot, c’est l’attente et l’inquiétude. Début décembre, la direction de PSA qui s’impatiente elle aussi et qui négocie avec Bérégovoy, annonce de nouvelles journées de chômage technique : entre le 12 et le 23 décembre, l’usine ne tournera qu’avec la moitié des effectifs (l’équipe du matin, l’autre restera à la maison avec 50 % du salaire) ; du 23 décembre au 2 janvier, l’usine sera fermée pour cause de congés (5e semaine).

 

II faut donc réagir tant que l’effectif est au complet.

 

Le mercredi 7 décembre au soir, à 20h 30, à l’appel séparé de la CGT et de la CFDT, l’usine Talbot est en grève pour 24 heures reconductibles. La grève

La grève sera totale, elle concernera toute la production (13 000 personnes) et rencontrera, disent les syndicats, la sympathie des employés et même des cadres.

C’est cette réaction massive, déterminée des travailleurs qui va déranger les manoeuvres en cours. Visiblement après le rapport de l’expert, le gouvernement avait accepté le principe des licenciements. Restait à mettre au point, avec Peugeot, une formule de plan social qui ait un peu de tenue. C’était la tâche de Bérégovoy. Mais devant le mécontentement des ouvriers et leur décision, le gouvernement embarrassé, tente de gagner du temps et de retarder sa réponse. Ces tergiversations alimentent les illusions.

1er décembre : « Monsieur Calvet, directeur de PSA, ne peut continuer en toute tranquillité la politique qu’il pratiquait lorsqu’il était chef de cabinet de Valéry Giscard d’Estaing et de narguer les décisions gouvernementales : refus des licenciements. Ce qui lui est demandé, ce n’est pas de faire en douceur ce qui lui a été refusé de faire brutalement, mais d’avancer d’autres solutions, garantissant l’emploi et le maintien de la marque Talbot » .

 

Ainsi, le PCF comme la CGT, prêtent au gouvernement la ferme volonté de « refuser les licenciements ». Tactique, ou ignorance ? C’est le moment où Georges Marchais, à propos de SKF, s’en prend au ministre Laurent Fabius, et affirme la volonté des communistes de défendre l’emploi.

 

L’Humanité du 10 décembre précise même : « Du côté des pouvoirs publics, aucune décision officielle, ni officieuse n’a été prise, contrairement à ce qu’a pu déclarer après une rencontre avec la direction départementale du travail, le syndicat CFDT de l’usine, selon lequel le problème était tranché dans le sens de l’acceptation des licenciements. C’est faux. Rien n’est joué » .

 

Quant à Poperen, il explique dans une interview au Matin : « Elle (la direction) prétend que supprimer trois mille emplois à Poissy c’est permettre d’en gagner douze mille. Tout le monde sait qu’il s’agit d’un mensonge et que l’objectif est de parvenir rapidement à un effectif maximal de 8 000 salariés à Poissy » . Ce « mensonge » deviendra pourtant l’argument officiel du gouvernement, après la conclusion de l’accord avec Peugeot, il sera même repris par Nora Tréhel début janvier pour expliquer aux travailleurs qu’il n’y a rien de mieux à espérer.

 

En fait durant cette première phase de la grève, alors que la CFDT dénonce l’intention des autorités de laisser faire les licenciements, la CGT prétend elle, que rien n’est fait, et laisse entendre que le gouvernement peut refuser.

 

Le lundi 12, la grève est reconduite par plusieurs milliers d’ouvriers et pas seulement de l’équipe du matin. La CGT a appelé, malgré la consigne de la direction, l’équipe du soir - officiellement en chômage technique - à venir aussi à l’usine. Talbot s’installe dans la grève.

 

Après une entrevue avec Bérégovoy et Ralite, le secrétaire de la Fédération de la métallurgie CGT, André Sainjon, déclare : « la direction de PSA semble persister dans sa volonté de licencier. Pour la CGT, il n’est pas question d’accepter de licenciements chez Talbot. Il est possible, par la négociation, d’envisager des solutions telles que la réduction du temps de travail, l’avancée de l’âge de la retraite pour les travailleurs sur chaîne, le développement de la formation, le recyclage » .

 

En fait, au gouvernement, on s’active pour trouver une solution mais Peugeot ne veut rien entendre. Il n’a que faire de l’embarras du gouvernement socialiste. Il a fait ce que Bérégovoy et Ralite lui avaient demandé, un peu de « social », il n’ira pas outre : au gouvernement de prendre ses responsabilités. Sinon...

 

Sinon, le jeudi 15 décembre, au cours d’un CE extraordinaire, le directeur de Peugeot automobile annonce que vu la situation dans l’usine, les salaires ne seront plus payés à compter du 19 décembre (y compris pour l’équipe de nuit jusque là indemnisée à 50 %), qu’elle suspend son plan d’investissement pour la modernisation de l’usine de Poissy et déclare : « la présence du personnel sur le lieu du travail est devenue sans objet ».

 

C’est un coup de force et un chantage. Le gouvernement accuse le coup. Mauroy en voyage dans la Somme a beau dire « le gouvernement n’a pas à se presser, n’a pas à dire « mais oui, mais oui » aux patrons. Les travailleurs ont leurs amis au gouvernement, qu’ils le sachent » , le week-end va être consacré à régler l’affaire Talbot. Un accord est signé le samedi 17 entre le gouvernement et la direction Peugeot. Le nombre de licenciements est ramené de 2 905 à 1 905. 1 300 licenciés iraient en FPA, une centaine serait formée par Peugeot à la réparation automobile, les autres seraient « reclassés » à l’extérieur de Peugeot, une prime de 20 000 francs à tout employeur embauchant des Talbot ! Personne n’irait pointer au chômage.

C’est un accord « exemplaire » estime le gouvernement. C’est un « effort pour une solution humaine » estime Ralite qui juge ces « acquis intéressants » .Les travailleurs refusent l’accord

 

Les travailleurs vont en décider autrement.

Le lundi 19 décembre, alors que l’usine est théoriquement fermée (la direction de Peugeot a fait savoir la veille que l’établissement de Poissy était en chômage technique jusqu’au 23, date des congés d’hivers) qu’il n’y a ni car, ni train Talbot, des centaines de travailleurs se rendent à l’usine, les lettres de licenciement sont parties, mais personne ne le sait encore. Et très vite le clivage se fait. La CGT, en la personne de Nora Tréhel, explique longuement le contenu de l’accord gouvernemental : « c’est un acquis de notre lutte. Ce sont des points positifs que nous avons arrachés à PSA : Talbot vivra !... On annonce 1 905 départs de l’entreprise. Nous le déplorons. Ce n’est pas nous qui avons négocié cela » .

 

La CGT déplore, mais ne condamne pas. La CFDT, elle, dit carrément « non à aucun licenciement » . C’est elle qui est applaudie.

 

A partir de cette date du 19 décembre, la CGT va remplir son rôle de syndicat « responsable », sans donner l’ordre de reprise. (Officiellement, elle dit qu’il faut continuer la lutte pour obtenir de négocier cas par cas sur les 1 905 licenciements). Mais sans parler ouvertement de grève. La CGT demande aux travailleurs de « venir surveiller l’outil de travail pendant le chômage » ! Elle dénonce ouvertement l’orientation de la CFDT, les éléments extérieurs à l’usine, les médias et l’intransigeance de PSA. Elle demande une fois de plus l’intervention des pouvoirs publics pour la mise sur pied d’une réunion tripartite auprès du préfet des Yvelines.

 

Et les travailleurs, eux ? Impossible de savoir ce que ressent l’immense majorité des salariés de Talbot qui ne sont pas venus à l’usine. Mais ceux qui sont présents (peut-être 1 000 ou 1 500) discutent beaucoup. La plupart dénoncent la pseudo formation qu’on leur propose, ils n’y croient pas, ils ne croient surtout pas qu’après, ils trouveront de l’emploi ; certains parlent ouvertement du « retour au pays », mais avec leurs droits. Tous sont d’accord pour continuer la lutte, il n’y a pas d’autre solution.

Le mardi, les premières lettres de licenciement sont arrivées à domicile Les grévistes les font circuler. Au fil de la journée des licenciés arrivent à l’usine. L’idée de la « prime au retour » gagne du terrain parmi les émigrés. Quelques délégués des chaînes, « dissidents » de la CGT, algériens et marocains, tiennent une sorte de conférence de presse : « les immigrés de Talbot veulent retourner dans leur pays avec des conditions décentes. Ces conditions, nous les avons chiffrées ». Les directions syndicales sont prises de court. La CGT parle de « manipulation ». La CFDT ne repousse pas la revendication mais elle ne la reprend pas car elle fixe son activité sur le refus de tout licenciement.

 

La CGT au fil des jours va s’efforcer de reprendre ses troupes en main. Elle intègre en partie la revendication de l’aide au retour, elle refuse les licenciements « arbitraires » (!), elle multiplie les démarches pour l’obtention de nouvelles négociations. Aucune riposte d’ensemble à talbot, une minorité bien déterminée occupe l’usine

Durant toute la semaine, dans l’usine occupée, se retrouvent quelques centaines de travailleurs, licenciés ou non., (pour beaucoup militants syndicalistes ou délégués de chaîne), les autres travailleurs de Talbot sont restés chez eux, au chômage technique et, à partir du 23, officiellement en congés payés. Dans la journée, certains viennent aux nouvelles.

 

Mais les Talbot sont seuls. Durant ces interminables journées (les « occupants » passent le réveillon dans l’usine), le conflit, qui pourtant intéresse tous les travailleurs de l’automobile, qui passionne les militants, qui est l’objet de discussions dans les foyers d’immigrés, le conflit reste circonscrit à Talbot et, plus précisément, à quelques centaines de travailleurs et militants syndicalistes. Les syndicats CGT et CFDT sur le plan départemental organisent bien quelques manifestations de sympathie, des collectes, des messages de solidarité. Mais de riposte unitaire et massive des travailleurs de l’automobile, il n’en sera jamais question. Cela aurait pourtant été la seule réponse capable de faire reculer le gouvernement et les patrons de l’automobile.

 

Mais les confédérations ne font rien. Elles laissent les militants locaux aux prises avec les problèmes, les discussions, les débats, les décisions à prendre. Au sommet, la CGT multiplie des démarches auprès du gouvernement, pour de « nouvelles négociations ». La CFDT critique « l’immobilisme et le secret » de la politique gouvernementale. Mais jamais, à aucun moment, il n’est question d’engager la classe ouvrière de l’automobile dans une épreuve de force décisive pour empêcher les patrons de licencier et de faire payer la crise aux travailleurs.

 

Manifestement, ce n’est ni dans la perspective, ni dans la stratégie des centrales. Elles ne sont pas là pour cela, leur rôle conservateur joue dans l’autre sens, et pas seulement parce que la gauche est au gouvernement. Sous Giscard, les sidérurgistes de Longwy se sont battus seuls pendant de longues semaines. Mais, parce que la gauche est au gouvernement, la CGT s’est trouvée même sur le plan local en porte-à-faux, dans un conflit où elle aurait pu, autrement, sur le plan local, conduire de façon déterminée. Cette fois, entre les travailleurs en lutte et le gouvernement, la CGT, très ouvertement, a choisi le gouvernement. Et cela s’est vu et continue à provoquer des remous dans ses rangs.

 

Alors à Talbot, ce n’était plus qu’une question de jours. Après plusieurs provocations, la direction obtint du Tribunal un arrêté d’expulsion. Les CRS rentrent dans l’usine et font évacuer les occupants. Peugeot, pressé d’en finir, commence à regrouper sa maîtrise, à faire donner la CSL locale et parisienne. L’ouverture de l’usine est repoussée au 3 janvier. Le dénouement

 

Quand, le 3 janvier, les travailleurs de Talbot se présentent enfin, la CFDT regroupée au B3 appelle à la poursuite de la grève. La CGT sans parler de reprise, appelle à la raison « on fera ce que les ouvriers décideront » . Tout le monde comprend que la CGT « lâche ». Les grévistes ne sont pas très nombreux (1 000 ou 1 500), mais comme le B3, l’atelier d’assemblage est occupé par eux, toute l’usine ou presque est paralysée, les travailleurs sont dans l’expectative.

Manifestement, les 16 000 travailleurs de Talbot ne sont plus unanimes pour la grève. Ils ne savent pas trop, la plupart ont endossé leur bleu, prêts à reprendre le travail, prêts aussi sans doute à entendre les consignes syndicales. Mais la division entre CGT et CFDT est manifeste. Une tentative de grévistes pour dépasser cette division en s’inscrivant pour un comité de grève fait long feu. Les premiers heurts avec la maîtrise et la CSL se produisent très vite. Ils sont violents. Et le jeudi 5 janvier, dès l’embauche, les commandos CSL venus de toute la région parisienne (Citroën et concessionnaires Talbot ou Citroën) ont pris position autour du B3.

 

L’immense majorité des travailleurs de Talbot ne sont pas dans le coup. La bagarre est circonscrite entre les 1 000 grévistes du B3, la CFDT et la CGT et, à l’extérieur, les commandos CSL. Après quelques échanges très durs, la CFDT demande l’intervention des forces de l’ordre. Ce n’est qu’en fin d’après-midi que les grévistes assiégés pourront quitter l’usine. La direction annonce la fermeture de l’usine, pour réfection.

Pour les Talbot, c’est fini. La reprise du travail se fera progressivement à partir du 11 janvier sur convocations individuelles.

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 10:06

traité de l’austérité

(60)
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Lors d’une conférence de presse qui avait lieu ce jeudi 12 juillet, le Front de Gauche a lancé sa campagne contre la ratification du «pacte budgétaire» européen (ou traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) dans l’Union économique et monétaire) et demandé à ce que les Français puissent se prononcer par référendum sur ce nouveau traité qui promet les peuples européens à l’austérité à perpétuité.

 

Interpellez vos parlementaires sur le traité de l’austérité

Interpellez vos parlementaires sur le traité de l’austérité

Lors d’une conférence de presse qui avait lieu ce jeudi 12 juillet, le Front de Gauche a lancé sa campagne contre la ratification du «pacte budgétaire» européen (ou traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) dans l’Union économique et monétaire) et demandé à ce que les Français puissent se prononcer par référendum sur ce nouveau traité qui promet les peuples européens à l’austérité à perpétuité.

Lors de la campagne électorale, François Hollande avait pris l’engagement (engagement n°11 de ses 60 propositions) de renégocier ce texte. Or, suite au sommet européen réuni à Bruxelles les 28 et 29 juin dernier, il a annoncé sa volonté de le faire ratifier le plus rapidement possible, par voie parlementaire, en y ajoutant seulement un pacte pour la croissance. Celui-ci ne change rien à la logique générale du TSCG qui inscrira dans le marbre les politiques d’austérité en interdisant définitivement tout déficit structurel supérieur à 0,5% aux Etats européens. L’aide aux pays en difficulté, prévue par le Mécanisme Européen de Stabilité (MES), sera en outre conditionnée à l’application de plans d’austérité, de privatisation et de libéralisation, déjà à l’œuvre dans plusieurs pays d’Europe et dont les résultats sont d’ores et déjà désastreux, conduisant le continent dans la récession. Ce traité marque également une nouvelle étape dans la dérive autoritaire de la construction européenne en prévoyant des sanctions automatiques contre les pays contrevenants aux mesures de discipline budgétaire, mettant la politique économique des Etats européens sous la coupe de la Troika (BCE, FMI, Commission Européenne) au détriment des peuples et dessaisissant les parlements nationaux de leur souveraineté sur les budgets au profit de la Commission européenne.

Cette logique austéritaire conduit l’Europe à la catastrophe, en alimentant le cercle vicieux de la dépression et en approfondissant encore le gouffre qui sépare les peuples européens de la construction européenne. Il est fondamental de se mobiliser pour s’opposer à la ratification rapide de ce traité et exiger un référendum.

Interpellez vos parlementaires en utilisant par exemple la lettre ci-dessous. Vous pourrez retrouver les adresses électroniques de vos parlementaires, par département, en suivant les liens suivants :

 

Exemple de courrier aux parlementaires

Madame la Députée, Monsieur le Député,

Lors de la campagne électorale, le président de la République avait pris l’engagement (engagement n°11 de ses 60 propositions) de renégocier le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) dans l’Union économique et monétaire, dit Pacte budgétaire, signé par Nicolas Sarkozy et 24 autres dirigeants européens le 2 mars dernier. Il avait précisé lui-même les trois points clés de cette renégociation : la possibilité pour la Banque centrale européenne de financer directement les États, la mise en place d’euro-obligations pour que les pays de la zone euro puissent emprunter solidairement, et des mesures de relance de la « croissance » en Europe.

Lors du sommet européen réuni à Bruxelles les 28 et 29 juin dernier, aucune de ces conditions n’a pu être réunies : seul un pacte pour la croissance comportant des mesures de libéralisations et de libre échange, l’obédience à de nouveaux règlements élargissant les pouvoirs de la Commission européenne (« 6 pack ») ou renforçant le contrôle des pays de la zone euro en difficulté (« 2 pack »), et le déploiement de 120 milliards d’euros a été adopté en plus du traité. Ce montant dérisoire (inférieur à 1% du PIB européen) est composé pour moitié de fonds structurels déjà votés et programmés, et pour moitié de prêts hypothétiques de la Banque européenne d’investissement pour des grands projets d’investissements privés dont on ne connaît encore rien.

Pourtant, la relance de l’activité économique en Europe est indispensable. Cela ne pourra pas se faire en adoptant le TSCG qui inscrira dans le marbre les politiques d’austérité en interdisant définitivement tout déficit structurel supérieur à 0,5% aux états européens. L’aide aux pays en difficulté, prévue par le Mécanisme Européen de Stabilité (MES), sera en outre conditionnée à l’application de plans d’austérité, de privatisation et de libéralisation, déjà à l’œuvre dans plusieurs pays d’Europe et dont les résultats sont d’ores et déjà désastreux.

Ce traité marque également une nouvelle étape dans la dérive autoritaire de la construction européenne. Ainsi, il prévoit des sanctions automatiques contre les pays contrevenants aux mesures de discipline budgétaire, mettant la politique économique des états européens sous la coupe de la Troika (BCE, FMI, Commission Européenne) au détriment des peuples. Cette logique austéritaire conduit l’Europe à la catastrophe, en alimentant le cercle vicieux de la dépression et en approfondissant encore le gouffre qui sépare les peuples européens de la construction européenne. Au nom du peuple français, vous devez vous opposer à cette ratification.

Déjà en 2005, les Français avaient exprimé par référendum leur rejet de cette construction libérale et autoritaire de l’Union Européenne en rejetant le Traité Constitutionnel Européen (TCE). Depuis, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, ce traité a été adopté en catimini par le parlement sans aucun débat public. Il faut rompre avec cette logique politique ! François Hollande a annoncé sa volonté de faire ratifier ce traité par la voix parlementaire dans les plus brefs délais. Nous déplorons cette décision : les enjeux politiques et économiques de ce traité sont considérables et nécessitent un large débat citoyen. Vous pouvez y contribuer en demandant un référendum pour mettre en débat et soumettre au vote des citoyens ce nouveau traité européen.

Dans l’attente de votre réponse, veuillez recevoir, Madame, Monsieur, nos salutations les plus cordiales.

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 08:07

Nouvelle atteinte à la laïcité de la part du sommet de l’Etat

vendredi 13 juillet 2012 
par  federation nationale 
popularité : 81%

La Fédération Nationale de la Libre Pensée constate que l’anniversaire de la réconciliation franco-allemande a été célébré sur le parvis et dans l’enceinte de la cathédrale de Reims. Une cérémonie religieuse sous la "haute autorité" de l’évêque du diocèse y a eu lieu en présence de Madame Angela Merkel, chancelière de la République fédérale Allemande et de Monsieur François Hollande, président de la République française.

La Libre Pensée s’étonne que ce dernier ait accepté que le soin de cette célébration ait été en quelque sorte dévolu à une religion, en l’occurrence celle de l’Eglise catholique romaine, apportant ainsi une caution de poids aux prétentions de celle-ci que soient reconnues les « racines chrétiennes » de l’Europe.

La Fédération Nationale de la Libre Pensée observe que la participation officielle à cette cérémonie religieuse du président de la République est en contradiction évidente avec la loi de Séparation des Églises et de l’Etat, et qu’elle se situe dans la continuité de déclarations et de postures de l’ancien chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy.

Tout ne se passe-t-il pas comme si le slogan de la campagne électorale du candidat François Hollande à la présidence de la République : « Le changement c’est maintenant » avait été remplacé par le mot d’ordre : « la continuité, c’est toujours » ?

Force est en effet à la Libre Pensée de constater que la formule d’hier se découvre comme une formule démentie par cette commémoration placée sous le signe de l’Eglise romaine.

Cette cérémonie constitue une nouvelle atteinte à la laïcité que la Libre Pensée a à déplorer au moment où il était important de marquer une position nette et publique en faveur du grand principe laïque

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 19:02

Conférence sociale: pourquoi les perroquets sarkozystes devraient se taire.


Jean-Marc Ayrault a donc organisé, comme convenu, une conférence sociale cette semaine. A droite, on couine, on grince, on proteste. Ces gens-là pourraient avoir la décence de se taire le temps de quelques mois. Quand il était Monarque, Nicolas Sarkozy attendit la Grande Crise et d'immenses manifestations pour déclencher quelque misérable mises en scène médiatiques à l'Elysée qu'il qualifia de sociales.


(Jérôme Chartier, Serge Grouard, Laurent Wauquiez, Francois Fillon, Valerie Pecresse et Eric Ciotti - WITT/SIPA)
(Jérôme Chartier, Serge Grouard, Laurent Wauquiez, Francois Fillon, Valerie Pecresse et Eric Ciotti - WITT/SIPA)


En janvier 2009, cet homme déjà tourneboulé par une secousse économique qu'il n'avait pas vu venir, s'était précipité à annoncer la tenue d'un sommet social. Il avait imaginé bien des Grenelle (Environnement, Mer, Jeunesse), mais aucun ne concernait les questions pourtant essentielles du chômage, des salaires, et des conditions de travail. Des mois durant, il a fallu répéter que Nicolas Sarkozy n'avait protégé personne contre la Grande Crise. C'est l'Etat-providence qui nous a protégé. Le reste n'est que pipeau et hypocrisie. Point barre. En janvier 2009, il a eu la trouille. Un proche ministre avait confié que « le président s'est montré très surpris par la tournure des événements ».

En 2010, ce fut le grand cirque de la réforme des retraites. Un grand show, une belle manipulation. Qu'importe le résultat, par ailleurs injuste et sans réelle efficacité. Nicolas Sarkozy s'est planqué. Il avait laissé son trésorier favori, Eric Woerth, multiplier les annonces et les démentis jusqu'à dévoiler, le 16 juin 2010, les contours d'une réforme qui ne résolvait rien. Pendant des mois, les perroquets sarkozyste tentèrent de convaincre que la pénibilité des carrières avait été enfin prise en compte. C'était ignoble. La pénibilité version Sarkozy s'appelait handicap de travail. Perdez un bras (20% d"invalidité), et vous aurez le droit à la retraite à 60 ans... Mais attention, choisissez votre moment, votre 60ème anniversaire. Si l'accident arrive plus tard... c'est trop tard... Quand François Hollande régla par décret une première des injustices de la réforme Sarkozy- permettre l'accès à une retraite à taux plein dès 60 ans pour celles et ceux ayant travaillé dès 18 ou 19 ans - , il y en eut, parmi les perroquets sarkozystes, pour hurler aux déficits.

En 2011, Sarkozy avait oublié le chômage. Il nous en promettait la baisse depuis deux ans déjà. Il aurait dû se taire. Ou admettre que la Crise avait été plus forte que lui.

Le 1er décembre 2011 à Toulon, lors d'un discours raté qu'il espérait réussi, Nicolas Sarkozy lança l'idée d'un autre sommet, calé pour le 18 janvier suivant. Il ne voulait pas entrer officiellement en campagne. Il l'était depuis trop longtemps, mais officieusement, sur fonds publics et présidentiels. Bravache, il avait promis qu'on allait voir ce qu'on allait voir ; qu'il aurait des annonces « fortes et décisives » à faire. Le 18 janvier en question, nous fûmes déçus et même à droite. La France avait perdu son Saint Triple A depuis le vendredi 13 (sic!). Et la seule idée « forte et décisive » de Nicolas Sarkozy fut de promettre... des promesses! Il avait si peu d'idées qu'il voulait les garder pour sa campagne officielle. Il pré-annonça une réforme de la formation professionnelle, la création d'une banque de l'industrie, des « mesures extrêmement puissantes » mais non détaillées sur le logement, et un projet de taxe sur les transactions financières...

Cette droite-là, donc, n'avait rien eu à dire en matière de concertation sociale.

Lundi 9 juillet 2012, François Hollande a ouvert sa conférence sociale par une intervention d'une heure devant les membres du Conseil économique, social et environnemental (Cese ). Cette conférence doit déboucher sur un agenda social «cohérent et partagé permettant d'avancer en commun dans le respect de l'indépendance de chacun». La démarche est différente: un temps pour discuter, un an pour agir puis en faire le bilan. Devant le Cese, Hollande a rappelé les trois défis, compétitivité, redressement des comptes et lutte contre le chômage. « Des efforts seront nécessaires, (...) chacun est prêt à consentir

Ce discours d'ouverture a été suivi d'une première rencontre des partenaires sociaux chez le premier ministre. Le premier thème était l'égalité professionnelle. Quelques propositions ont été discutées. Une nouvelle négociation spécifique devrait s'ouvrir le 21 septembre « sur la qualité de vie au travail et l'égalité professionnelle », a confié un témoin. Une autre idée est un durcissement, par décret, des sanctions contre les entreprises ne respectant pas la loi.

Au total, sept tables rondes sont organisées. Tous les syndicats, même le Medef étaient satisfaits de la démarche. Laurence Parisot dût admettre: «Nous partageons la démarche de François Hollande sur le dialogue social». Pourtant, à droite, quelques anciens perroquets avaient la dent dur.

François Fillon a critiqué... la méthode, sans rire.
« Le dialogue social, c'est toujours utile. (...) Il y a juste une chose qui m'inquiète, c'est que François Hollande a dit qu'il en tirerait les enseignements dans un an. Franchement, l'économie française n'a pas un an à attendre ».

Valérie Pécresse n'était plus honnête.
Elle était franchement pire.
«J’ai peur que cette conférence sociale ne fasse une victime : l’emploi. (...) Parce que, très paradoxalement, toutes les premières décisions du gouvernement (...) me paraissent porter atteinte à la fois au pouvoir d’achat, à l’emploi et à la compétitivité de notre pays»

« (Elle) ne doit pas uniquement remettre à plus tard des décisions qui s’imposent. Il ne suffit pas de détricoter l'ère Sarkozy pour être un gouvernement efficace. (...° Il y a urgence, il y a urgence sur l’emploi, il y a urgence sur la formation professionnelle, il y a urgence sur la compétitivité du pays.»
Eric Woerth

« François Hollande n'a en revanche pas dit un mot sur les emplois d'avenir, autre mesure phare de son programme.(...) François Hollande est ensuite resté très flou sur la question des retraites.»
Marc Landré (Le Figaro)

Qu'ils se taisent.
juan Sarkofrance

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 18:30

Vous avez dit « relance » ou « dettes » ?

  

La Cour des Comptes vient de  rendre son rapport sur l’état des lieux en insistant sur son caractère désastreux. Ce n’est pas une surprise : ce n’est pas parce qu’il avait mauvais caractère qu’une majorité d’électeurs ont viré Sarkozy.

On peut en tirer deux conclusions diamétralement opposées.

 La première apparaît de bon sens pour qui gère ses comptes personnels ou ceux de sa famille : pour éviter le surendettement, il faut savoir attendre avant de dépenser et de satisfaire ses envies.

 Mais l’économie ne ressemble pas à la gestion d’un budget familial, l’économie c’est du travail et des transports, de la formation et de la santé, du bien-être, des logements,  de la culture et même des loisirs.

L’économie c’est investir, c’est-à-dire d’abord dépenser.  Le meilleur exemple que nous ayons connu est la manière dont la société française s’est reconstruite après les désastres de la seconde guerre mondiale. Commencer par dépenser.  Pour une Sécu qui venait d'être créée alors qu’il y avait moins de cotisants qu’aujourd’hui (moins de femmes  salariées) ; pour des services publics à reconstruire ou à construire. Cela a débouché sur les années d’essor que l’on appelle les trente glorieuses.

          Évidemment, on pourrait réduire les dépenses d’armements sans dommages. Réduire les dépenses pour le système de santé ou de la formation, réduire le pouvoir d’achat en laissant chacun se dépatouiller pour le logement, le chauffage, la culture sans solidarité de la part de la société, c’est aggraver le chômage et affaiblir l’économie. C’est le serpent qui se mord la queue.

La crise bancaire n’a rien à voir avec les dépenses sociales de l’Etat mais avec la spéculation et les placements toxiques. Quand l’Etat vient  ainsi au secours des banques, c’est-à-dire nous, avec nos impôts, en retour elles prêtent de l’argent à des taux faramineux.

Alors qui doit payer ?

          Les entreprises du CAC 40 ont versé 44,6 milliards d’euros aux actionnaires en 2011, soit une progression de 15%. Les profits des grandes entreprises ont augmenté de 35%. Les paradis fiscaux abritent 800 milliards d’euros pour la part française. Comme le Président de la Cour des Comptes affirme qu’il faut trouver 33 milliards pour 2013, sans doute que cela n’est pas très difficile à condition de les prendre où ils se trouvent, mais il s'arrête en chemin : quelques petits milliards sur les niches fiscales au profit des plus riches alors que le déficit pourrait être comblé par la fin de ces privilèges. 

La Banque centrale européenne prête mille milliards aux banques privées à un taux de 1% et celles-ci prêtent aux états à 4 ou 6%. L’argent immobilisé par la spéculation en France représente plus du double du budget de l’État. 60% des profits réalisés par le travail ne sont pas réinvestis dans l’économie réelle. Et comme la spéculation rapporte davantage aux gros actionnaires que l’activité utile, relancer l’activité ne pourra que rétrécir les marges des gros actionnaires : plus d’argent dans la vie, c’est moins d’argent dans les coffres. 

         Les actionnaires sont la seule catégorie sociale dont on ne dit pas qu’ils coûtent trop cher et à qui on ne demande pas de faire des « efforts ».

          Certaines dépenses sont vitales. Comme par exemple l’hôpital public. Les Hôpitaux ou  l’Ecole  devraient bénéficier de prêts à zéro pour cent : on ne doit pas pouvoir se faire de l’argent comme des parasites sur le dos de la santé et de la survie des gens ni sur celui de leur formation. Les emprunts toxiques et les dettes illégitimes qu’ils subissent devraient être simplement annulés.

          Mais cela pose un problème : comment les actionnaires qui tirent leurs fortunes du système actuel accepteraient-ils de perdre une part de leur fortune ? Autant nous avons besoin de travail, d’intelligence, d’argent pour financer les activités nécessaires, autant nous n’avons pas besoin d’actionnaires. Dans ce cadre, une réforme de la fiscalité  demandant aux plus riches, aux entreprises et aux placements spéculatifs de participer au redressement national prend toute sa valeur.

            Une fois que l’on a posé ce problème, que fait-on ? La leçon à tirer de la lutte en faveur des retraites en automne 2010, est que, comme le dit le proverbe : « on n’est jamais si bien servi que par soi-même ». Nous pouvons faire entendre nous-mêmes, haut et fort, sans attendre le gouvernement la nécessité de prendre l’argent là où il est.

A l’exécutif…de s’exécuter.

Etienne ADAM, Pierre COURS-SALIES, Pierre ZARKA

  (Fédération pour une Alternative sociale et écologique  - FASE)

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 10:15

Contre un désastre social ; sauver le groupe Doux !

by Patrick Le Hyaric

Avec la déclaration de cessation de paiement du groupe volailler Doux, le risque d’un terrible drame social est en train de se nouer dans des dizaines de milliers de familles dans l’ouest de la France.

 

Créé en 1955 près de Châteaulin dans le Finistère, ce groupe dominant dans le secteur avicole n’a cessé de grandir et de profiter à ses propriétaires et actionnaires. Il est actif sur la totalité de la filière : de l’élevage, aux produits frais et congelés jusqu’à la fabrication de produits alimentaires élaborés à forte valeur ajoutée. Il est devenu le cinquième exportateur mondial, grâce en partie aux subventions Européennes à l’exportation. Ceci a fait sa force durant longtemps. Peut-être aussi sa faiblesse ! En tout cas celles-ci n’ont pas empêché ce groupe de réduire l’emploi et de compresser les salaires et les revenus des aviculteurs ces dernières années.

 

Aujourd’hui, le groupe est en cessation de paiement depuis le 1er juin. Mais cela fait au moins deux ans que le groupe est entré dans de sérieuses difficultés. C’est l’un des principaux dossiers lourds pour l’emploi auquel s’est attelé le nouveau gouvernement.

 

Au moment où tant de proclamations sont faites un peu partout autour de la nécessité de « produire en France » va-t-on laisser ce groupe qui emploie plus de dix mille personnes à travers le monde  dont trois mille quatre cent emplois directs en Bretagne et Pays de Loire  s’écrouler, ou au mieux être vendu par compartiment au gré de la recherche de profits de ses concurrents ?  Il faut y ajouter les milliers d’emplois indirects que ses activités génèrent, et les milliers d’emplois d’éleveurs avicoles qui sont intégrés au groupe lui-même. Ceux-ci ne sont plus payés depuis des mois déjà.

 

Jusqu’à ces dernières années, les comptes de l’entreprise étaient plutôt équilibrés. Son endettement provient du tournant pris dans la stratégie de l’entreprise avec le rachat par Doux de l’entreprise Brésilienne Frangosol en 1998. Au nom de la frénésie de la mondialisation capitaliste, les dirigeants et actionnaires de Doux ont espéré inonder le monde des volailles Doux produites à des conditions de dumping en s’installant au Brésil pour y bénéficier d’une main d’œuvre bon marché, et proche de la production de soja. L’objectif était de réexporter la production réalisée en terre brésilienne ici et ailleurs, au détriment de la filière avicole française et de nos emplois.

 

Aujourd’hui, les dirigeants du groupe Doux imputent à l’Etat brésilien la responsabilité de leurs déboires parce qu’ils ne percevaient pas là-bas les subventions aux exportations. Quel cynisme et quel mépris ! En achetant une entreprise au Brésil ils connaissaient exactement les conditions de production. Et ils y ont été dans l’espoir d’y réaliser d’énormes profits à partir d’une pression sur les salaires et le prix des céréales, réduisant des capacités de production et de transformation en Bretagne. Dix usines ont été fermées en France ces dix dernières années. Et les investissements nécessaires à la modernisation des unités de production ont été négligés. Ajoutons qu’il est heureux que le Brésil n’ait pas financé ces réexportations ou plus exactement ces suppressions d’emplois et d’activité ici. Beaucoup de mystères entourent d’ailleurs cette opération brésilienne. Les salariés comme les pouvoirs publics seraient en droit de réclamer une commission d’enquête sur cette aventure.

 

Par contre, l’an passé encore, le groupe Doux a bénéficié de 59 millions d’euros d’aides publiques de la politique agricole commune. On peut estimer que ces dernières années Doux a bénéficié de près d’un milliard d’euros de crédit public européen sous forme de « restitutions aux exportations »sur le budget de la politique agricole commune. J’ai demandé à la Commission de Bruxelles de nous fournir des éclaircissements à ce sujet.  Jamais aucune autorité, qu’elle soit française ou Européenne, n’a conditionné de telles aides au maintien de l’emploi agricole et agro-alimentaire ainsi qu’à la vie des territoires. Celles-ci ont continué à faire baisser les prix de la volaille exportée dans le cadre d’une concurrence mondiale acharnée. Le bilan de ces choix a conduit à de dramatiques impasses.

 

Les victimes en sont les salariés et les éleveurs. On ne peut laisser faire ! Le nouveau gouvernement est mobilisé pour empêcher le pire. Les syndicats ont fait valoir en fin de semaine dernière leurs inquiétudes et des propositions. Les offres de reprise présentées lors du comité central d’entreprise sont plutôt curieuses. Certains repreneurs sont des concurrents directs de Doux. Il est clair qu’ils prendraient sa clientèle, ses marques et ses marchés, en saccageant l’emploi et la vie territoriale. Une autre offre est présentée au nom de Sofiprotéol, dirigé par l’actuel président de la FNSEA .En réalité cette offre se fait au nom d’un consortium de plusieurs acteurs du secteur avicole et de l’aliment pour animaux. Ceci signifierait que le groupe serait dépecé en plusieurs entités selon leur degré de rentabilité supposé, et l’emploi sacrifié. Le pôle poulet frais avec les usines de Pleucadeuc et Sérent dans le Morbihan ainsi que Laval en Mayenne sont très menacés. Et voilà que M. Doux lui-même s’apprête à présenter un plan de continuation. L’ensemble de ces offres doit être présenté en principe pour le 23 juillet. Ajoutons que le risque existe que le groupe puisse être racheté par des fonds financiers étrangers dont certains basés au Moyen-Orient. Notre pays perdrait ainsi une part importante de la maîtrise de sa filière avicole.  C’est dire si le temps presse ! Le gouvernement doit maintenir sa pression. Les syndicats doivent être écoutés. Ce sont les travailleurs ; les aviculteurs et les pouvoirs publics, en distribuant des aides sans contrôle, qui ont contribué à faire la force hier du groupe Doux. Ce ne sont pas à eux de payer les conséquences de cette faillite.

10/07/2012

 

Le gouvernement a la possibilité de prendre l’initiative de réunir très rapidement une table ronde de travail avec les élus départementaux et régionaux, les maires concernés, les syndicats, le groupe Doux et ses experts financiers ; ainsi que les banques, notamment BNP-Paribas actionnaire à 20 % du groupe, pour examiner un plan de relance maintenant l’intégrité du groupe, la sauvegarde des emplois, la modernisation de certains sites industriels et la recherche d’activités nouvelles. L’occasion est peut être donnée d’ouvrir un véritable débat sur les moyens d’une modernisation et d’un nouveau modèle de développement de la filière avicole française.

 

                 

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 09:39

A la lumière d'une conférence de l'historienne Annie Lacroix-Riz à Metz, notre blogueur associé SuperNo revient sur la stratégie du choc, les théories du complot et la récurrence de certains événements historiques.

 

J’ai assisté vendredi dernier à la conférence que donnait à Metz Annie Lacroix-Riz à l’invitation de la dynamique équipe d’ATTAC Moselle. Précisons, qu’elle est venue gracieusement, ce qui n’est pas le cas, par exemple, de certain judoka inculte reconverti en politicien quand il devait inaugurer un gymnase. Elle est historienne (professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris VII - Diderot ), et spécialiste en particulier de la période de l’entre-deux guerres. En gros, ça fait 40 ans qu’elle étudie cette période, nez dans les archives. Elle est proche du Parti communiste, et ne s’en cache pas.

Evacuons immédiatement un petit détail. Annie-Lacroix-Riz, comme d’autres (Etienne Chouard, par exemple), est dans le viseur des anti-conspi. On lui reproche d’avoir participé il y a quelques années à une conférence à laquelle participait aussi le conspirationniste Meyssan. Il faut dire que la thèse de son dernier livre Le Choix de la défaite, est un peu difficile à avaler : elle affirme, archives à l’appui, que la défaite militaire de la France en mai 1940 n’est pas une simple défaite militaire, qui serait due, comme le prétend l’histoire officielle, à l’incompétence de nos stratèges, l’insuffisance de notre armement, la couardise de nos soldats… Mais que, bien au contraire, cette défaite serait le résultat logique et attendu d’une stratégie savamment mise en place pendant près de 20 ans. Un complot, pour parler clair. Et que ce complot aurait été ourdi par une organisation secrète baptisée «la synarchie», composée de représentants de l’élite auto-proclamée de l’époque, banksters, grands patrons (Comité des Houillères, Comité des Forges), technocrates, sans oublier les corrompus de syndicalistes ou de journalistes. Que cette synarchie et ses choix ont permis aux sociétés qui étaient derrière de prospérer plus que jamais au cours de la guerre.

Je ne suis pas apte à évaluer péremptoirement la pertinence ou la véracité absolue de cette théorie. L’histoire, c’est un métier, et ce n’est pas le mien, quel que soit l’intérêt qu’il suscite chez moi. Néanmoins, non seulement la thèse est plausible, mais de nombreux exemples postérieurs à 1940 sont là pour prouver que c’est au moins envisageable.

Soyez rassurés (ou déçus, c’est au choix), je ne vais pas me contenter de paraphraser Annie Lacroix-Riz, dont vous pourrez d’ailleurs facilement trouver sur Internet des vidéos de ses conférences.

 

la stratégie du choc comme propagande

Le thème de la conférence était «La stratégie du choc». Référence au désormais célèbre livre éponyme de la journaliste et militante altermondialiste canadienne Naomi Klein, qui explique comment le pouvoir (politique, patronal ou financier, la plupart du temps alliés) profite du choc émotionnel provoqué par un événement de grande ampleur (guerre, attentat, catastrophe naturelle, crise économique) qui plonge les victimes dans un état d’hébétude et de résignation pour faire passer des mesures qui en temps normal auraient suscité une grande indignation. Un exemple parmi cent, mais des plus didactiques : après la dévastation de la Nouvelle Orléans par l’ouragan Katrina, on a dû reconstruire toutes les écoles qui avaient été détruites. À une différence près : avant, certaines de ces écoles étaient publiques, mais après la reconstruction, elles étaient privées !

Autre exemple : après les attentats du 11 septembre (dont les conspirationnistes affirment qu’ils ont été provoqués, ce que je me garderai bien d’accréditer), il a été considérablement plus facile aux faucons, aux pétroliers et aux marchands de canon de faire avaler l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak… Cette stratégie du choc est une forme de propagande désormais systématique. Elle a été utilisée dans les années 1930, elle est encore et plus que jamais douloureusement d’actualité aujourd’hui. Ceci nous ramène à la conférence d’Annie Lacroix-Riz, dont je ne vais donc pas faire de compte-rendu en bonnet difforme, mais dont je vais plutôt utiliser les précieuses informations pour faire un parallèle troublant avec la triste situation actuelle.

Je sais, l’exercice est périlleux. Le monde de 2012 n’a plus grand chose à voir avec celui de 1930. Les biens matériels étaient bien plus rares, et donc plus précieux. Personne ou presque n’avait de bagnole. Personne ne prenait l’avion pour aller où il voulait sur un coup de tête après avoir acheté des billets “lastminute” sur Internet. Il n’y avait pas de télé, pas de téléphone, pas d’ordinateur, pas d’internet, pas d’hypermarchés, pas de carte bancaire. Souvent pas d’électricité, pas d’eau courante. Les femmes ne travaillaient pas, ne votaient pas. Beaucoup d’hommes travaillaient dans les champs, et rêvaient d’aller à l’usine.

Pour le reste ? C’était nettement plus ressemblant ! La République n’était encore qu’à sa IIIe édition, mais ceux qui exerçaient le pouvoir au nom du peuple étaient des notables affublés des mêmes défauts que leurs contemporains. Après tout, Félix Faure était un prédécesseur valable de DSK, il y eut des banksters (Oustric), des Madoff (Stavisky)...

 

crises en banksters à travers l'histoire

Digressons un peu. Ça vous mettra dans l’ambiance, car Annie Lacroix-Riz digresse beaucoup. Cela peut rendre la conférence parfois difficile à suivre, sauf à avoir une culture historique peu commune.

Un des nombreux scandales de l’épouvantable quinquennat Sarkozy fut la suppression de l’enseignement de l’histoire dans les terminales scientifiques. Décision parfaitement débile et scandaleuse, bien dans la veine sarkozyste. Et bien dans l’air du temps, quand il ne s’agit plus d’instruire, mais de formater des escadrons de petits valets aux stricts besoins des entreprises. On formera ainsi des gens aussi déprimants que des informaticiens, comptables, techniciens, commerciaux, totalement incultes et inintéressants, mais efficaces. À ce compte-là, à quoi bon leur enseigner l’histoire ? Ça ne sert à rien, l’histoire. Ça me rappelle le discours de mon capitaine quand j’étais bidasse : «commencer à réfléchir, c’est déjà désobéir».

La thèse d’Annie Lacroix-Riz remet en cause l’histoire officielle. Ce n’est pas très étonnant, tant celle-ci peut être truffée de bobards ou de vérités idéologiques. Je me souviens d’avoir lu le passionnant ouvrage d'Howard Zinn Une histoire populaire des États Unis de 1492 à nos jours, qui oppose à l’histoire officielle, celle qui célèbre des héros comme Christophe Colomb, Rockefeller ou… George Bush, la Vraie histoire, celle des Indiens génocidés, des esclaves dans les champs de coton, des ouvrières du textile, des soldats du Vietnam… En France, on pourra lire un petit ouvrage très amusant et sans prétention : Nos ancêtres les gaulois et autres fadaises par François Reynaert qui démonte des idées reçues aussi répandues et toujours d’actualité comme la revendication des «origines chrétiennes de la France».

La ligne de conduite des comploteurs pointés par Annie Lacroix-Riz, c’est la volonté d’un groupe d’oligarques (les synarques, donc), à la sortie de la première guerre mondiale, d’augmenter leurs profits. Même si c’est trivial, l’histoire nous apprend que la cupidité n’est pas subitement née au cours de la période qui a précédé la crise des subprimes dans les années 2000.

Les comploteurs avaient déjà compris une chose : pour maximiser les profits, il faut avoir les mains libres, et écarter tout ce qui peut gêner : la démocratie, les impôts, l’État providence, les prestations sociales, les syndicats… Cela n’a guère changé. D’ailleurs la gauche non communiste de l’époque, qui soutient ces saloperies, s’auto-intitule déjà Gauche moderne : sans commentaire.

Dès la fin de la première guerre mondiale, les synarques observent d’un air très intéressé la montée du fascisme en Italie. Ils trouvent que le régime mis en place par Mussolini à partir de 1922 est très favorable aux affaires… En plus d’être un bon moyen de lutter contre le communisme, cet ennemi absolu… Le spectre du bolchevique d’octobre 1917, le couteau entre les dents, est le cauchemar qui hante tout capitaliste. On se rappellera que 50 ans plus tard, les néolibéraux ont utilisé le Chili de Pinochet comme laboratoire de leur idéologie, avant de l’étendre au monde entier. Et aux anti-conspirationnistes, Annie Lacroix-Riz rappelle qu’Allende n’est pas tombé volontairement du balcon du palais de la Moneda, et que la présence de Pinochet sur les lieux n’était pas le simple fait du hasard.

On s’aperçoit aussi que la nuisible omniprésence des banksters, et leur collusion avec le milieu politique, était la même en 1930 que maintenant. Parmi les synarques les plus importants, il y avait les représentants de la banque Worms, de la Banque Lehideux (oui oui, de la famille de l’ex-responsable FHaine), et de la banque d’Indochine. Les moyens de pression des banksters étaient aussi curieusement similaires. Alors aux commandes de la Banque de France, les banquiers privés utilisaient l’endettement de l’État Français pour faire du chantage sur les politiques publiques et exiger, en échange de la poursuite de leur financement, des réformes. D’ailleurs, Léon Blum, le héros du Front Populaire, était en fait un socialiste tiédasse, plus Ayrault que Laguiller, et partisan lui aussi de la réforme de l’État. Il n’a consenti aux avances sociales du Front populaire que sous la pression de la rue.

En 1924, le ministre des finances d’Edouard Herriot s’appelle Etienne Clémentel. Devant les difficultés financières de l’État, il demande une avance aux gredins de la Banque de France. Qui la lui accordent en échange de la promesse d’une «politique d’assainissement financier». Annie Lacroix-Riz souligne que le gouvernement a souvent été de gauche entre les deux guerres ; Ah oui, Clémentel est l’un des fondateurs de la CGPF (Confédération Générale de la Production Française) qui deviendra en 1946 le CNPF, et en 1998 le MEDEF. Herriot lui-même disait «On ne peut rien faire contre les banquiers». Surtout si on ne veut rien faire… Pour mesurer la puissance des banksters, sachez que Hitler n’avait payé que 13% des réparations auxquelles les alliés avaient condamné l’Allemagne en 1918, mais avait réglé rubis sur l’ongle l’intégralité de sa dette privée auprès des banksters.

Inutile de rappeler que notre époque n’a pas non plus inventé les crises. Il y en eut une en 1873 (de la spéculation immobilière, déjà). Celle de 1929 fut tout de même un modèle du genre. La cause en est une bulle, comme celle de l’internet ou de l’immobilier. Les spéculateurs, aveuglés par leur cupidité, ont provoqué une chute de la bourse, qui s’est répercutée dans la “vraie vie” au cours des années suivantes, avec son cortège de chômage, de faillites et de misère. Et en 1931, c’est encore une crise de la dette, cette fois en Allemagne. Les salaires baissent alors de 15%.

Il faut dire aussi que l’immigration, suscitée par le patronat, et mettant les salariés en concurrence, y a bien contribué. On notera que dans les années 1960, le gouvernement Français (de droite), sur pression des patrons de l’industrie automobile, fait venir des immigrés d’Afrique du Nord.

Cinquante ans plus tard, leurs successeurs à l’UMP ou à la droite populaire fustigent les conséquences néfastes de cette immigration, conchient les Arabes, l’Islam… qui ne sont que la conséquence logique et courue d’avance, qu’ils avaient d’ailleurs anticipée. Mais puisque le patronat le voulait.

Après la crise des subprimes de 2008 où les banques ont perdu des fortunes par leur incompétence et leur inconséquence, on a saturé l’espace médiatique sur l’air de «il faut sauver les banques», «si on ne sauve pas les banques, on coule avec elles…». Alors qu’il fallait les laisser crever et reconstruire sur les cendres un pôle bancaire public. Il paraît qu’en France on s’en est plutôt bien sorti. Mais l’État Américain y a laissé près de 15000 milliards (15 suivi de 12 zéros) de dollars. 50 000 dollars par américain… Quelques années plus tard, il faut recommencer. En Grèce, en Espagne, et bientôt partout ailleurs, de nouvelles banques flageolent. Rien qu’en Espagne le mois dernier, il a fallu trouver en urgence 100 milliards. Qui s’ajoutent à la dette. Et certains disent qu’il en faudra au moins 500.

En 1935, les banksters français se plantent en spéculant. Les pertes sont lourdes. Que croyez-vous qu’il arriva ? Le président du conseil, un certain Flandin, le Ayrault d’alors, décide de faire garantir par l’État les pertes de ces banksters. La soumission à ces escrocs est donc une constante.

 

échec de l'UE et austérité française

Théorie du complot ou pas, on peut se demander comment, maintenant ou il y a 80 ans, des gens, de droite comme de gauche, élus par nous, pour nous représenter ou agir en notre nom, peuvent ainsi se comporter avec une parfaite constance comme des traîtres et des vendus, et mener des politiques aussi ouvertement contraires à nos intérêts.

La construction européenne est un naufrage, un ratage total. Vendue aux bisounours comme porteuse d’idéaux ethérés, on a rapidement vu qu’il ne s’agissait bien plus trivialement que de libéraliser tous les secteurs de l’économie, mettre tous les salariés en compétition, permettre la délocalisation des usines là où les profits sont plus grands, entériner la domination de la finance et le recul de la démocratie, cette empêcheuse de faire des affaires en rond. On le constate tous les jours, et on n’a pas encore tout vu.

Prenez le programme économique de Milton Friedman, article 1, page 1, tout est là. On devrait donc en tirer les conséquences, tout arrêter, tout abroger, et repartir sur de nouvelles bases, prenant en compte le ratage initial.

Au lieu de ça, on s’enfonce : si l’Europe a échoué, alors il faut plus d’Europe ! Et d’évoquer le fédéralisme comme solution à tous nos problèmes ! La construction européenne a déjà provoqué un recul grave de la démocratie. Le parlement n’a aucun pouvoir ou si peu. Les décisions sont prises par des personnes ou des organisations non élues, comme la commission, la BCE, ou encore l‘Eurogroupe. En tout cas des gens qui ne nous représentent pas, et dont les intérêts sont manifestement opposés aux nôtres.
Il est temps ici de parler de notre nouveau pouvoir socialiste. N’oubliez pas le lien historique : ces gens-là ont été élus pour tirer la France de la crise. Mais en réalité, ils ne vont défendre que les intérêts des banksters en nous enfonçant encore davantage.

Notre premier ministre, au style tellement suranné qu’il n’aurait assurément pas déparé sous la IIIe République, a prononcé mardi son discours de politique générale. Tous les journalistes sans exception ont noté qu’il avait été chiant. C’est en effet un truisme, Ayrault est chiant. Mais c’est bien là son moindre défaut.

Les plus pertinents de ces journalistes ont aussi noté son hypocrisie de ne pas vouloir nommer ce qu’il nous propose ‎(rigueur, austérité). Par contre, je n’ai entendu personne (sauf à la marge quelques UMP aigris qui ont noté que le projet socialiste n’avait rien à voir avec l’espoir suscité) crier à la honte et à la trahison. Au contraire, les radios et les télés ont immédiatement été pris d’assaut par ces épouvantables économistes qui ont rivalisé de persuasion pour expliquer qu'il va falloir en passer par là, pas moyen de faire autrement. Relayées en boucle par les poupées Barbie des chaînes d’info en continu, et par les éditorialistes vendus des hebdomadaires, ces torche-cul métastasés par des tonnes de pub.

Je ne sais pas s’ils avaient des économistes ultramédiatisés dans les années 30. Mais on oublie de préciser que ces gens-là ont tous (sauf très rares exceptions) des accointances coupables avec le système bancaire et financier et que leur cerveau, comme leur portefeuille, est incapable de s’extraire du carcan idéologique ultralibéral, selon lequel toute réduction du rôle de l’État est bonne pour l’économie, toute baisse de charges est bonne pour les entreprises, et tout ce qui est bon pour les entreprises est bon pour vous et moi.

Les synarques avaient quant à eux recruté des journalistes et des publicitaires, pour expliquer que «les profits doivent être élevés pour créer les emplois de demain». On croirait du Xavier Bertrand. Ou du Pierre Moscovici… Hollande et Ayrault, comme je l’avais annoncé, sont venus spontanément, sans qu’on les y force, placer leur tête (et la nôtre) dans ce carcan, en acceptant de continuer et d’accentuer les paiements de cette prétendue dette aux banksters. En échange de cette foutaise de «pacte de croissance».

A l’échelle d’un continent, les 120 milliards de ce pacte ne représentent rien : ils n’auront aucun effet immédiat. Et même s’ils étaient affectés à des projets d’investissement intelligents (genre remplacer les bagnoles par des transports en commun et des vélos), ce qui ne sera évidemment pas le cas, puisque corruption et clientélisme seront comme d’habitude les principaux critères de sélection, le retour sur investissement serait très partiel et différé. Alors que l’accroissement de la dette, lui, est immédiat. Tout comme le seront les intérêts supplémentaires que les États devront payer.

Ayrault a même parlé d’une dette de 1800 milliards, alors qu’on parlait plutôt de 1700, jusqu’ici. Il anticipe de quelques mois, sans doute. Car à 5% de déficit par an, la dette augmente de 100 milliards. A 3%, c’est encore 60 milliards. Et puisque l’objectif (intenable) est de revenir à zéro en… 2017, la dette aura alors dépassé les 2000 milliards. Sur lesquels il faudra continuer à payer 40, 50, 60 milliards d’intérêts, voire plus, tous les ans, puisque les banksters fixent les taux selon leur bon vouloir. Hollande, Ayrault et l’Assemblée Nationale vont maintenant voter le resserrage du carcan, à l’aide du fameux pacte Merkozy, qui confie à autrui la gestion de nos finances, et nous interdit tout déficit. La seule perspective, c’est baisse du nombre de fonctionnaires, réduction des services publics à la portion congrue, baisse des prestations sociales et hausse des impôts. Pour les riches, dit Ayrault.

 

Où est la démocratie ?

On a déjà une idée assez précise de ce que vont être ces prochaines années. Tous les jours, de nouveaux licenciements massifs (déjà planifiés, dont l’annonce avait été retardée par l’UMP pour raison électorale) sont annoncés. Le gadget marketing Montebourg, qui faisait encore illusion en allant secourir une PME, va vite être submergés par les annonces des charrettes de grosses entreprises comme PSA.

Bien sûr, il y a l’Assemblée nationale… Dans les années 1930, l’Assemblée nationale avait encore le pouvoir de voter des dépenses. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ce qui fait dire à Annie Lacroix-Riz que «L’Assemblée nationale ne sert à rien». Sinon à faire vivre grassement 577 personnes et leur entourage. Le Sénat, lui, a toujours été aux ordres du pouvoir. Une cooptation de notables. Toujours selon Annie Lacroix-Riz, pour être sénateur en Lorraine dans les années 1930, il fallait avoir l’aval de la famille De Wendel. Sacré contre-pouvoir !

En 2005, le peuple français, auquel on avait eu l’imprudence de demander son avis, avait dit non à la poursuite de cette folle politique européenne. Malgré un matraquage éhonté et insensé sur toutes les ondes, dans tous les journaux, de tout ce que la France compte d’économistes cyniques, de politiciens incompétents, de syndicalistes corrompus, ou de journalistes complices. Ceux-là même qui vont chipoter du groin tous les mois au Crillon lors des dîners du Siècle.

Depuis 1983, date du renoncement définitif à toute vraie politique de Gauche, on estime que 10% de la richesse produite chaque année en France a glissé des salariés vers les actionnaires. Ce qui représente un vol de 200 milliards d’euros par an. Ce sont ces milliards qui manquent pour payer les retraites, la sécu, le chômage… Et qui ne reviendront jamais, puisque désormais le pacte Merkozy va nous obliger à amplifier encore le phénomène pour interdire tout et figer le hold up. Ces gens se sont assis sur la démocratie. Sarkozy a contourné le vote populaire. Les socialistes ont été complices de cet attentat, leur abstention hypocrite ayant permis son accomplissement.

Aujourd’hui, il faudrait se lever contre les banksters. Leur dire merde. Leur expliquer que leur dette, ils peuvent se la foutre au cul. Euh, pardon, j’exprime un peu trop crûment le fond de ma pensée. On peu aussi être poli et diplomate. Je recommence. On pourrait donc leur expliquer qu’on va revenir à la situation qui prévalait avant ce funeste jour de janvier 1973, c’est à dire que l’État n’empruntera plus qu’à la Banque de France et à prix d’ami. Et qu’on va réaliser un audit de cette fameuse dette de 1800 milliards, qui vraisemblablement ne sont que des intérêts indus, conséquence de ce racket initié en 1973.

Une fois déchargés de ce fardeau, nous pourrons rétablir le bon fonctionnement des services publics, et rééquilibrer le partage des richesses, indispensable puisque celles-ci ne pourront aller qu’en diminuant, faute d’énergie et de ressources naturelles.

 

la crise fait avaler les potions

Voilà, il est temps de conclure. Revenons sur la théorie du complot. Pour moi elle n’existe pas de manière très nette. Je ne vois pas comment des gens auraient pu, dès 1922, prévoir qu’il y aurait une guerre avec l’Allemagne en 1939. Ils ont simplement défendu leurs intérêts, s’adaptant en changeant de tactique aux gré des événements dans le mépris le plus total de l’intérêt commun, comme l’ont toujours fait les grands patrons, les banksters, et leurs instruments politiques, médiatiques et syndicaux. Plutôt Hitler que le Front populaire, tout simplement parce que c’était meilleur pour les affaires.

Le parallèle avec notre actualité est flagrant. Je ne crois pas davantage que la situation actuelle relève stricto sensu d’un complot. Plutôt d’une convergence d’intérêts bien compris. Leur synarchie est devenue notre oligarchie. Pourquoi Hollande ou Ayrault, qui rêvent sans doute depuis l’enfance des plus hautes fonctions politiques, iraient-ils changer quoi que ce soit à un système qui leur a tant donné ? Le même raisonnement vaut pour ces médiacrates pleins aux as, dont les supérieurs sont en outre patrons ou banksters… Les dîners du Siècle ne peuvent pas être assimilés à un complot : ce sont de grandes sauteries où les plus puissants paradent, et où les valets se remplissent de la fierté de côtoyer ces puissants qui pourront sans doute le moment venu donner un coup de pouce à leur carrière, ou faire avancer leur légion d’honneur. Plutôt l’Europe néolibérale que l’intérêt de cette valetaille de chômeurs et de précaires qui n’ont rien à apporter sinon des emmerdements, et que les potes des médias savent de toute façon très bien rabattre vers vous dès qu’il en est besoin.

Reste le point commun qui est la crise. Il y a toujours une crise de ceci ou de cela. Et dans tous les cas, elle est bien pratique pour faire avaler les pires potions, comme celle que notre gouvernement socialiste est en train de touiller. L’argumentaire est déjà au point : on n’a pas le choix.

Superno

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 10:42

Les sommets européens se suivent et se ressemblent. Celui des 28 et 29 juin n’a pas fait exception, loin de là. François Hollande nous avait pourtant promis du spectacle. Il allait « renégocier le Pacte budgétaire ». Il allait « faire de la croissance la priorité ». Il allait obtenir la mise en place d’ « instruments nouveaux » pour relancer l’économie. Mais à la fin du sommet, il a eu beau bouger les bras, les jambes, proclamer que l’Europe avait « été réorientée comme il convenait », les faits sont là, têtus, qui résistent aux paroles. 

Affaire entendue d’avance

François Hollande n’a rien renégocié du tout. L’affaire était entendue dès le 21 Juin, au fameux « mini-sommet de Rome ». Merkel y était arrivée forte de la capitulation du SPD, le principal allié de Hollande. Résultat de plusieurs semaines de d’efforts, elle avait obtenu que le SPD vote pour le pacte budgétaire sans qu’elle ait à céder sur quelque forme que ce soit de mutualisation européenne de la dette.

Comme Mario Monti, elle disposait aussi d’un moyen de pression considérable : l’Allemagne et l’Italie ont, à l’instar de la France et de l’Espagne, le droit de veto sur l’entrée en vigueur du Mécanisme européen de stabilité. Or le Bundestag devait se prononcer sur ce Mécanisme juste après le sommet tandis que la date du vote des députés italiens n’était pas encore fixée. Madame Merkel ne cèderait donc rien sur la mutualisation de dette sous peine de voir la CDU rejeter le MES. Mario Monti quant à lui ne lâcherait rien sur son idée de racheter les titres de la dette italienne (comme peut le faire le MES) sans attendre la ratification du traité et d’utiliser dès à présent le FESF à cette fin. Il compensait ainsi le fait que la BCE ait mis son programme de rachat en sommeil depuis la mi-mars. Mariano Rajoy devait quant à lui contourner au plus vite le refus de la BCE de recapitaliser plus les banques espagnoles et obtenir que le FESF le fasse directement, sans venir alourdir sa dette. Tous sont parvenus à leurs fins. Et pour cela, ils se sont servis du fait qu’Hollande soit prêt à tout accepter pour sortir du sommet avec un « pacte pour la croissance »

Le changement dans la continuité

L’UE s’est donc bel et bien dotée d’un « Pacte pour la croissance et pour l’emploi ». Mais il n’y a rien de nouveau dedans. On y retrouve les grandes orientations fixées par 12 chefs d’Etat et de gouvernement de droite que le sommet européen de mars, et donc Monsieur Sarkozy, avaient adoptées. Approfondissement du marché unique, mise en œuvre complète de la directive services, approfondissement du marché unique de l’énergie, mise en œuvre des « nouveaux outils de la gouvernance économique » (le fameux « 6 pack » -c’est-à-dire la mise sous tutelle des budgets des Etats et les sanctions financières-, le Semestre européen, le Pacte pour l’euro plus), adoption rapide du « 2 pack » ( qui fait entrer dans le droit européen l’essentiel des dispositions du Pacte budgétaire et accroit le pouvoir de la troïka sur les Etats en difficulté), accélération de la mise en place de zones de libre-échange notamment transatlantique, tout est là !

Ce n’est évidemment pas là-dessus que François Hollande a mis l’accent. Lâché sur les eurobonds par ses camarades du SPD allemand, il ne pouvait plus se prévaloir de grand-chose. Peu importe, il a fait comme si. « Il y a de nouveaux instruments » a-t-il expliqué avant de les énumérer. Les « Project bonds » d’abord : 4,5 milliards. Pour ces derniers, François Hollande a raison sur un point : ces Project bonds seront mis en place pour la première fois cet été. Mais cela n’a rien à voir avec son intervention : ils ont déjà été discutés dans les arcanes européennes et validés par le Parlement européen. Il a ensuite du reconnaître que « ce n’est pas nouveau » au moment d’annoncer la recapitalisation de la BEI : 70 milliards. Quant au reste, il n’a tout de même pas eu l’outrecuidance de prétendre qu’il y avait du neuf. Tout viendra de la réaffectation de fonds structurels non dépensés, c’est-à-dire de sommes déjà prévues dans le budget européen. A noter que ces fonds pouvant être dépensés jusqu’en 2013 par les localités, il va vraisemblablement falloir attendre pour les réaffecter et décider, le cas échéant, au détriment de quel projet cette réaffectation pourrait être faite. Reste la taxe sur les transactions financières dont François Hollande se vante  qu’il est  « en train de trouver les pays volontaires pour faire cette taxe ». Ce n’est pas vrai : en février de cette année, neuf Etats (la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, l’Autriche, l’Espagne, la Finlande, la Grèce et le Portugal) ont déposé un dossier pour réaliser ensemble cette taxe au titre d’une coopération renforcée.

La rigueur au bout du compte

Ce que François Hollande n’a pas dit, c’est que ce Sommet européen clôturait le Semestre européen 2012. Conformément aux règles de ce « Semestre », y étaient décidées les réformes que devront réaliser les différents gouvernements sous peine de sanctions. François Hollande a accepté sans broncher de valider les « recommandations » que la Commission européennes avait faites à la France fin mai, à savoir entre autres : plus de rigueur budgétaire, poursuite de la réforme des retraites, maintien de la tva sociale, libéralisation notamment du secteur des services et des transports, déréglementation du marché du travail… Un concentré de sarkozysme avalisé dans l’ombre par le président PS.

Pourtant, à l’issue de ce Sommet, François Hollande a annoncé que que «l’Europe a été réorientée comme il convenait ». Il a expliqué que pour lui, Pacte budgétaire, Pacte pour la croissance et taxe sur les transactions financières constituent un « cadre global et cohérent ». Cohérent ? Une fédéralisation autoritaire qui ne crée pas la moindre institution démocratique ? François Hollande se rallie donc sans complexe à une vision austéritaire. La création d’un Parlement européen disposant, comme tout Parlement digne de ce nom, du pouvoir d’initiative législative n’est toujours pas à l’ordre du jour, pas plus que la participation accrue des parlements nationaux à la formation du droit européen. Et pas question de consulter les peuples sur ce nouveau tournant majeur de la construction européenne. Le président a annoncé qu’il présenterait ensemble les pactes pour l’austérité et pour la croissance ainsi que le pacte instituant une taxe sur les transactions financière au Parlement et qu’il ne pensait pas les faire passer par référendum. Pas même le Pacte budgétaire qu’il prétendait renégocier. Le vote des députés PS sur ce pacte ne fait par ailleurs plus aucun doute : à l’instar des sociaux-démocrates portugais et danois, les députés du SPD allemand, principal allié de François Hollande, ont voté pour ce pacte à 23 exceptions près.

Plus que jamais, il est urgent de mener campagne pour une autre Europe et de lutter pour obtenir un référendum sur le pacte Merkozy.

Céline Meneses

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 21:37

Les chauffeurs routiers dans les griffes de la mafia du transport

Les patrons de l'Ouest emploient de plus en plus de chauffeurs de l'Est. Pour dénoncer la mafia du transport et le dumping social qui fait rage dans le transport routier, les syndicalistes du Benelux et français interpellent sur l'A6 à Capellen, les victimes de ce système: les routiers.

Quatre syndicats (OGBL-ACAT, FGTB-UBOT, CGT et FNV) ont distribué aux routiers un fascicule traduit en 12 langues pour les interpeller sur le problème du dumping social.
Photo: Maurice Fick

 

 

"Les seules victimes de tout cela, c'est vous: le chauffeur professionnel! Le seul gagnant c'est la mafia du transport!" Le message, rédigé en 12 langues dans un fascicule, est tendu ce vendredi matin, "à tous les chauffeurs pour les rendre attentifs au dumping social", résume Romain Daubenfeld, secrétaire central de l'ACAL, le syndicat transport sur route de l'OGB-L.

 

Le dumping social est né du fait que des patrons luxembourgeois, belges, néerlandais ou français créent des filiales bidon en Europe de l'Est pour y embaucher des chauffeurs et les payer au tiers de ce que gagnent les chauffeurs en Europe de l'Ouest.

 

Les uns perdent leur job, les autres travaillent dans des conditions misérables. Le patron empoche la différence. "Pour le même travail, un chauffeur touchera environ 1.800 euros en France, plus ou moins 2.200 euros en Belgique, 2.700 euros au Luxembourg et... 1.300 euros en Slovénie. Ils sont payés selon la législation de leur pays mais travaillent ici, c'est ça le problème", explique Alain Durant, permanent syndical de la FGTB-UBOT.

"Louer une adresse pour 40 euros par mois"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Début février, une délégation de l'UBOT (Union belge des ouvriers du transport), la section transport routier de la FGTB, s'est rendue à Bratislava en Slovaquie pour voir si les sociétés de transport s'étaient mises en conformité avec le règlement européen régissant la profession de transporteur routier et l'implantation d'une société dans un autre pays.

 

"On a constaté la même chose qu'il y a deux ans: des sociétés boîte à lettres qui existent sur papier mais pas physiquement!", explique Alain Durant. Et au permanent syndical de la FGTB-UBOT, venu avec son armada sur l'aire de Capellen, de citer l'exemple flagrant de la firme Company House.

 

Alain Durant, permanent syndical de la FGTB-UBOT: "Pour le même travail, un chauffeur touchera environ 1.800 euros en France, plus ou moins 2.200 euros en Belgique, 2.700 euros au Luxembourg et... 1.300 euros en Slovénie".
Photo: Maurice Fick

 

Une société de location d'adresses fictives installée en Slovaquie "où toute société étrangère peut louer une adresse pour 40 euros par mois!" sans avoir ni de bâtiment administratif, ni de garages ou de quais de chargement, comme l'exigent pourtant les règles européennes. En février, les bureaux de Company House hébergeaient 250 sociétés, selon le syndicaliste.

"Licenciements à gogo au Luxembourg"

 

"Ce qui est sûr c'est que toutes les sociétés qui ont entre 20 et 30 camions ont des chauffeurs de l'Est. Et ceux qui n'en ont pas encore, en auront dans l'année!", assure Romain Daubenfeld de l'OGBL-ACAT, en parlant de la pression grandissante à laquelle le Luxembourg n'échappe pas.

 

Romain Daubenfeld, secrétaire central de l'OGBL-ACAL: "Aujourd'hui, il y a des licenciements à gogo au Luxembourg".
Photo: Maurice Fick

 

Et il confirme qu' "aujourd'hui, il y a des licenciements à gogo au Luxembourg. Tous les jours on licencie des chauffeurs et il y a de nouveaux chauffeurs de l'Est. C'est la tactique du salami".

 

Un dumping qui n'est pas sans rappeler la fameuse affaire Kralowetz, du nom de la société de transport boîte à lettres qui s'était installée à Esch-sur-Alzette: "Il y a dix ans, il y avait un Kralowetz et mille sociétés. Aujourd'hui, il y a mille Kralowetz avec dix chauffeurs. Mais c'est la même chose!", glisse Romain Daubenfeld

Toucher le salaire du pays de la société pour laquelle on travaille

 

Au bord de la route, les syndicalistes distribuent les revendications qui doivent changer le quotidien de ceux qu'ils interpellent. Elles passent par le renforcement de la directive relative au détachement (de sorte que celui qui vient travailler au Luxembourg, touche un salaire luxembourgeois), des conditions d'établissement plus sévères pour combattre les filiales bidons, une législation du cabotage plus stricte et l'obligation d'utiliser un tachygraphe digital pour combattre le cabotage illégal).

 

Pendant ce temps, les camions défilent sur l'aire d'autoroute, direction Luxembourg. "Sur 250 camions, on n'a vu aucun camion immatriculé en Belgique! Quelques camions français avec des chauffeurs roumains et des camions hollandais avec des chauffeurs polonais", glisse Pascal Gondry, chauffeur syndicaliste.

 

Maurice Fick

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