Les rapaces des marchés financiers ne prennent pas de vacances. Ils se déchaînent depuis des semaines contre l’Italie et l'Espagne. Cette dernière qui doit emprunter pour faire face à ses échéances, voit ses taux d’intérêt monter à 7,2% tandis que ceux de l’Italie s’élèvent à 6,2%. Quand un pays doit emprunter cent milliards à de tels taux, il s'appauvrit et ponctionne ses budgets publics  sans pour autant réduire ses déficits, bien au contraire. Seules les banques sont gagnantes et accumulent chaque jour un pactole qui  serait évidemment plus utile et efficace pour améliorer l’école, les hôpitaux, les routes ou les trains. Pour satisfaire les voraces appétits des requins de la finance, les gouvernements européens détruisent les services publics, augmentent les impôts, réduisent les rémunérations, la protection sociale et les retraites. Il y a pourtant une solution : comme cela se pratique aux Etats-Unis, au Japon et ailleurs, autoriser la Banque centrale européenne à acheter tout ou partie des dettes et lui permettre de prêter directement aux Etats, au même taux d’intérêt qu’elle prête aux banques, c’est-à-dire 0,75%. Evidemment, les banques seraient perdantes mais il faut choisir entre elles et les peuples ! Voilà qu’éclate là la tare originelle de la Banque centrale européenne qu'avec d'autres, nous avions critiquée et combattue en 1992. Les traités de Maastricht et de Lisbonne interdisent à la BCE de prêter ou de venir en aide à une institution publique ou à un Etat.

 

Pourtant, au cœur de l’été, même si tout paraît calme, à un moment où les bulletins d’informations sont rythmés par les beaux exploits sportifs des jeux olympiques, de dramatiques faits divers ou encore l’exploration de la planète Mars, un bras de fer d’une violence inouïe se joue dans les profondeurs de l’économie, contre les populations et les générations à venir.

 

Plus les gouvernements, notamment espagnol et  italien, ont imposé des purges sociales et plus les marchés en redemandent davantage au point de menacer l’euro. M. Mario Draghi, président de la BCE, avait lancé, sibyllin, le 26 juillet : « La Banque centrale est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro… et croyez-moi, ce sera suffisant ». Et de fait un débat s’est enclenché sur la possibilité de rachat direct de dettes par la BCE,  le représentant de l’Autriche, au conseil de la Banque centrale, allant jusqu’à le dire publiquement. Un ballet diplomatique auquel a participé, à la demande de M. Obama, le secrétaire d’état américain au trésor, qui s’est déplacé auprès du ministre des finances allemand, s’est déployé durant plusieurs jours, pour, semble-t-il, enfreindre les lois de cette orthodoxie monétaire et budgétaire qui mènent à l’impasse. Le monde entier est désormais préoccupé par une super austérité qui rend impossible toute relance économique et donc tout espoir de sortir de la crise.

 

Mais, sur injonction de l’Allemagne, ce débat a été stoppé net le 2 août dernier. Il reste interdit à la BCE de racheter des dettes d’état directement. Même la solution consistant à donner au futur mécanisme européen de stabilité un statut de banque contrebalançant la folie des marchés financiers est refusée. Cette licence bancaire donnerait pourtant à ce mécanisme le droit d’emprunter comme les banques, directement auprès de la Banque centrale à des taux très bas, au lieu d’être obligé d’emprunter à des taux usuraires sur les marchés financiers. Voilà qui constituerait un premier levier contre la spéculation financière déchaînée. Cette expérience démontre une nouvelle fois que la gauche a eu raison de ne pas voter le traité instituant le mécanisme européen de stabilité au parlement en février dernier. Cela ne donne que plus de crédibilité à la proposition du Parti de la gauche européenne de créer une banque publique pour l’emploi et les progrès humains et écologiques.

 

Au lieu de publier un communiqué commun avec Mme Merkel, M. Hollande aurait du s’en tenir à la ligne qu’il a défendu durant sa campagne électorale. La gauche, qui a refusé d’adopter le mécanisme européen de stabilité, ne peut pas accepter le nouveau traité Sarkozy-Merkel. A eux seuls, les dirigeants allemands ne peuvent diriger et imposer leurs vues à toute l’Europe. L’Allemagne ne dispose que d’une voix au conseil de la Banque centrale et n'y a pas de droit de veto. D’ailleurs,  cette stratégie austéritaire se retourne de plus en plus contre son économie et surtout contre son peuple.

 

Se soumettant aux désidératas de la haute finance et des dirigeants allemands, M.Draghi donnait le 2 août, la conférence de presse la plus suivie depuis la création de la BCE, dans laquelle il tançait l’Espagne et l’Italie, leur demandant de faire appel au Fonds européen de stabilité financière (qui existe tant que le MES n’est pas créé). Ce que ces pays ne veulent pas faire, car ils savent que cela n’est possible qu’en adoptant, comme en Grèce, des plans d’austérité encore plus durs que ceux qu’ils viennent déjà de décider. Et le Président de la BCE réclamait de nouvelles réformes structurelles, notamment sur « le marché du travail » qui « doivent être appliquées avec détermination » et de « nouveaux ajustements budgétaires, fiscaux et sociaux ».

 

Contrairement aux apparences, nous sommes là au cœur des préoccupations  les plus quotidiennes de millions d'individus. Certes,  les enjeux paraissent compliqués mais ils déterminent  le sort de nos services publics, les niveaux de rémunération, l’emploi, les retraites, la sécurité sociale. Bref, tout ce qui fait la vie de tous les jours, influe sur l’avenir de nos sociétés et la nature de la construction européenne. Cela vaut donc le coup que les citoyens s'en emparent car seul un mouvement populaire unitaire, à construire à l’échelle de l’Europe, peut enfin contrer la finance et ses mandataires politiques. Réclamer ensemble un débat public et un référendum sur le nouveau traité européen peut beaucoupycontribuer.

09/08/2012