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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 10:40

Voici la liste des fossoyeurs de notre droit social...Aux prochaines élections vous saurez ce qu'il vous reste à faire.

Premiers signataires de cette tribune

Patricia Adam, présidente de la commission de la Défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale; Patrick Bloche, président de la commission des Affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale ; François Brottes, président de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale ; Christophe Castaner, député des Alpes-de-Haute-Provence, Rapporteur spécial des budgets du travail et de l'emploi ; Jean-Paul Chanteguet, président de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire de l'Assemblée nationale ; Marie-Françoise Clergeau, questeure de l'Assemblée nationale ; Sébastien Denaja, député de l'Hérault ; Christian Eckert, rapporteur général de la commission des Finances ; Olivier Faure, député de Seine-et-Marne ; Matthias Fekl, député de Lot-et-Garonne ; Elisabeth Guigou, présidente de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale ; Henri Jibrayel, député des Bouches-du-Rhône ; Catherine Lemorton, présidente de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale ; Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des Lois de l'Assemblée nationale.

Les autres co-signataires :

François André, Michèle André, Sylvie Andrieux, Nathalie Appéré, Avi Assouly, Jean-Paul Bacquet, Frédéric Barbier, Serge Bardy, Luc Belot, Philippe Bies, Yves Blein, Florent Boudié, Marie-Odile Bouillé, Emeric Bréhier, Jean-Louis Bricout, Sylviane Bulteau, Jean-Claude Busine, Christophe Caresche, Martine Carillon-Couvreur, Luc Carvounas, Jean-Jacques Cottel, Yves Daniel, Guy Delcourt, Carole Delga, Françoise Descamps-Crosnier, Michel Destot, Claude Domeizel, Jean-Luc Drapeau, Françoise Dumas, William Dumas, Sophie Errante, Philippe Esnol, Alain Fauré, Vincent Feltesse, Jean-Pierre Fougerat, Hugues Fourage, Michèle Fournier-Armand, Jean-Louis Gagnaire, Yann Galut, Yves Goasdoué, Pascale Got, Marc Goua, Laurent Grandguillaume, Joëlle Huillier, Monique Iborra, Michel Issindou, Armand Jung, Ronan Kerdraon, Bernadette Laclais, Pierre-Yves Le Borgn', Anne-Yvonne Le Dain, Jean-Yves Le Déaut, Jean-Marie Le Guen, Annie Le Houerou, Annick Le Loch, Jean-Pierre Le Roch, Pierre Léautey, Michel Lefait, Dominique Lefebvre, Arnaud Leroy, Jean-René Marsac, Martine Martinel, Sandrine Mazetier, Michel Ménard, Patrick Mennucci, Michelle Meunier, Jean-Pierre Michel, Pierre-Alain Muet, Monique Orphé, Luce Pane, Sylvie Pichot, Philippe Plisson, Dominique Raimbourg, Yves Rome, Gwendal Rouillard, Odile Saugues, Gilbert Sauvan, Patricia Schillinger, Sylvie Tolmont, André Vallini, Yannick Vaugrenard, Olivier Véran, Fabrice Verdier, Jean-Michel Villaumé.

samedi 02 mars 2013

Paru dans leJDD

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 08:53

Dans quel monde veulent- t’ils nous entraîner !

Par Alain Girard délégué National aux Luttes sociales

lundi 25 février 2013par République et Socialisme

On peut se poser la question devant de telles incohérences et le développement insoutenable d’un paradoxe moderne qui n’en finit plus d’écraser notre système social Républicain ?

Que peut-on faire face aux décideurs , aux politiques en charge de nos vies et de nos orientations

Dans tous les domaines au nom d’un modernisme et au nom de l’égalité le retour en arrière se fait sentir Que ce soit dans le domaine de l’emploi , le droit du salarié , les salaires , nous assistons à une attaque sans fin contre tout ce qui permet de vivre encore un peu dignement aujourd’hui

Mais bientôt que restera t’il de nos luttes syndicales, de nos acquis si on ouvre la porte à des accords dont on sait bien que le MEDEF et dirigeants ou gouvernement y compris de Gauche soutiennent pour paraît t’il améliorer la condition de chacune et de chacun

Mais de quelle amélioration parlons nous : Celles des Banques , du grand patronat , du PDG de Chez Renault , des capitalistes jouant en bourse , alors que pendant ce temps là il nous faudrait accepter la casse des emplois comme c’est la cas dans de nombreuses entreprises nationales .

Peut-on dire que les choix sont établis afin de répondre aux besoins des salariés , des retraités , non tout est souillé car les projets ne sont pas ceux relevant d’un progrès mais plutôt ceux de faire du citoyen une marchandise dépendant du bon vouloir de ceux qui détiennent les fonds et la légalité du pouvoir Des choix qui si ils finissent par s’imposer vont durcir encore non seulement la situation individuelle mais aussi des droits collectifs « le droit et l’égalité devant le soin , un niveau de salaires répondant aux besoins de se nourrir , de se loger , de s’éduquer Bref une remise en cause de l’émancipation au profit d’un arbitrage des patrons financiers qui n’hésiteront pas à aller plus loin encore comme le rappelle le syndicat de la Magistrature prenant position contre l’accord signé entre le Medef et trois organisations syndicales ne représentant que 38% des salariés globalement « ou se trouve la Démocratie que certains réclament »

Que va faire le Gouvernement du changement c’est maintenant

Non ce n’est plus possible d’avoir de la compréhension, du regarde à deux fois, la réalité est la et il temps d’ouvrir les yeux, de mettre de coté sa retenue de citoyenne ou citoyen respectueux ?

Nous devons condamner un tel comportement car rien ne justifie de casser le code du travail , de mettre de coté le simple droit de dire non , d’accepter demain uns système qui produira les effets d’un véritable esclavagisme dont le visage moderne sournois , hypocrite entraîne des millions de personnes dans la précarité et le besoin

Un accord au rabais , non un accord agressif qui perturbe notre bien commun , qui fait disparaître un lien social collectif et qui donne au patronat une supériorité inadmissible car quoi que l’on dise , c’est bien les salariés qui créent la richesse

D’abord examiner à fond ce texte, en extraire le mensonge et les objectifs cachés, en démontrant que ce n’est pas un projet de construction sociale mais au contraire une arme qui si il est défendu appuyé par un texte législatif conduira le Parti socialiste au pouvoir à être démasqué en perdant toute crédibilité de son appartenance à la Gauche

Ensuite tout faire pour faire connaître aux salariés le danger que ce texte représente pour aujourd’hui et pour demain pour eux-mêmes mais aussi pour les générations futures

Enfin en participant physiquement aux manifestations syndicales qui auront lieu le 5 Mars prochain à l’appel de la CGT et de Fo mais aussi avec d’autres organisations syndicales

Rien n’est joué, Rien n’est perdu et le combat doit être à la hauteur de ce néfaste projet anti- social programmant la perte de nos libertés, la mis en place de la précarité et d’une soumission qui ne doit pas suivre son chemin Les luttes sociales sont aujourd’hui indispensable et constructives, elles permettent de freiner les ambitions du Medef et de faire sortir du bois le loup socialiste cachant mal ses pratiques de complicité avec le grand Patronat Le changement se fera maintenant et demain à travers nos luttes syndicales et politiques

De tout temps ce fût la règle alors pourquoi faudrait t’il en oublier son efficacité , c’est la seule manière pour un peuple de ne pas s’oublier, de ne pas saisir la perche réformiste dans laquelle on tente de l’entraîner et ainsi empêcher toute évolution sociale , progressiste , humaine dont notre pays a tant besoin

Alors Pour République et Socialisme , point d’amertume , point de retenu à l’égard de nos Chers Députés , Sénateurs , Camarades si j’ose dire , ne laissez pas le Medef , et d’autres démolir notre référence Républicaine « Liberté, Egalité , fraternité »

Les salariés actifs , nos retraités , notre jeunesse méritent autre chose que cette casse permanente qui n’en finit pas de déstabiliser de répandre la morosité , la précarité , Stop à la supercherie de la Crise , stop aux scandales Demain il faut reprendre en mains notre destin qui passe par des choix politiques autres que ceux qui font confiance à un langage de rénovation social mais qui n’est en fait qu’une machine à créer un désastre social

Le 5 Mars prochain, pas d’hésitation à descendre dans la rue , pas de peur à avoir , organisons la grève dans les entreprises ensemble démontrons notre détermination à ne pas nous laisser faire et renforçons la solidarité dans les luttes sociales

Alain Girard délégué National aux Luttes sociales

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 08:43

 EN FINIR AVEC LA POLITIQUE DE LA VILLE ET LA RENDRE AUX CITOYENS

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

 

Le 25 février 2013.

 

Résumé

Amorcée en 1977, engagée vraiment au début des années 80, la « politique de la ville » est en échec depuis son lancement. N’est-il pas temps de parler enfin des vraies questions : celles de l’emploi, des services publics, de l’éducation, du logement, de la santé… ? Oui, il faut en finir avec la politique de la ville et la rendre aux citoyens. Que vaut cette noria d’appellations et de dispositifs, tous plus grotesques les uns que les autres : le « développement social des quartiers » (DSQ) ; la délégation interministérielle de la Ville (DIV) ; la promulgation de deux lois (DSU et LOV) ; le Grand Projet Urbain (GPU) ; la « discrimination positive » ; les plans locaux d’insertion par l’économie (PLIE) ; le « Plan Marshall pour les banlieues » de Chirac ; les « emplois-ville » ; la loi SRU de Jospin ; la « rénovation urbaine » de la loi Borloo… Quant au concept de « mixité sociale », prôné par la gauche et la droite, il est vide de sens (ce qui explique le consensus dont il fait l’objet) et tend finalement à évacuer la question sociale. Les discours, études, commentaires – du bla-bla - sur la politique de la ville sont innombrables. Tous ces discours ont en commun d’évacuer les vraies questions. Pourquoi parler de « politique de la ville » comme une politique spécifique, alors que les problèmes relèvent de politiques globales notamment en matière d’emploi et de services publics. Il est urgent de tirer un trait sur les politiques de la ville et de rendre (réellement) la ville aux citoyens. Et pour cela de traiter les problèmes de fond et avant toute chose la question de l’emploi.

 Texte complet

Amorcée en 1977, engagée vraiment dans les années 80, la politique de la ville ne désigne pas l’ensemble des politiques urbaines. Elle s’inscrit néanmoins dans l’histoire d’une d’intervention publique en matière d’urbanisme et d’aménagement du territoire caractérisée dès le départ par le rôle central de l’État et par une logique planificatrice. Très tôt le rôle des « techniciens », que sont les architectes-urbanistes, est prépondérant dans la définition et la mise en œuvre de ces politiques. Il est d’ailleurs intéressant d’observer que les politiques de planification prennent leur essor au début du 20e siècle, au moment même où est fondée la Société française des urbanistes issue des courants humanistes et hygiénistes de la fin du XIXe siècle. C’est cette rationalité technique des architectes-urbanistes, mise au service du centralisme planificateur de l’État qui permettra de répondre aux défis de la reconstruction après la Libération.

Néanmoins, la place importante faite aux techniciens dans l’élaboration de politiques avant tout « descendantes » (qui s’imposent par le haut) et la place omnipotente de l’État, contribueront à alimenter beaucoup de discours sur le côté technocratique d’une action publique qui se veut améliorer la vie des citoyens en « pensant la ville de demain ». Ce que l’on a pour coutume aujourd’hui d’appeler « la crise des banlieues » et dont les prémices se font jours dès le milieu des années 70, va leur donner raison et amener à penser une politique de « réparation » à la fois urbaine et sociale.

Les questions sociales et la question démocratique (la place du citoyen dans la ville) vont être des questions centrales dans ce qui petit à petit l’on appellera « la politique de la ville ». Mais après plus de trente années « d’expérience », il s’avère que la crise sociale et démocratique n’est pas résolue. N’est-il pas temps alors de s’interroger sur ce qui fonde cette politique ? Et si elle n’avait été qu’un moyen de faire taire la grogne sociale sous couvert « d’innovations » en matière de politiques publiques ? N’est-il pas temps de parler enfin des vraies questions : celle de l’emploi, des services publics, de l’éducation, du logement, de la santé… autant de secteurs où l’État s’est progressivement retiré au fur et à mesure que se mettait en place la politique de la ville. Et si plutôt que de faire de la ville l’objet d’une politique, on la rendait aux citoyens (sans démagogie, ni hypocrisie) pour en faire l’objet de « leur » travail politique ? Oui, il faut en finir avec la politique de la ville et la rendre aux citoyens. Telle est une des conditions de leur repolitisation.

 I.- LA POLITIQUE DE LA VILLE : GENESE ET EVOLUTION

 A.- Aux sources de la politique de la ville : réparer les dégâts de l’ordre économique libéral

Le milieu des années 70 marque un tournant en matière de politiques urbaines et sociales par rapport aux idées qui guident celle de la reconstruction.

Les grands ensembles et cités HLM construits dans les années 60 ont permis de répondre aux besoins de logements induits par les effets conjugués des dommages de la guerre et du développement de l’industrialisation. Ils ont incarné la modernité triomphante des « 30 glorieuses » et ont participé à l’amélioration des conditions de logement de nombreux Français qui accèdent à de nouveaux standards de confort. Loin d’être destinés aux pauvres ils ont pour fonction d’accueillir des ménages aux revenus stables, salariés le plus souvent.

Mais dès leur construction ils font l’objet de vives critiques : éloignés des centre-ville, mal reliés, sous-équipés, ils offrent un environnement difficile à vivre pour des populations tout juste citadines. Dans le même temps la croissance des revenus des ménages incite certains habitants à revendiquer de meilleures conditions de vie et d’habitat. Face à ces revendications une réforme de financement du logement voit le jour en 1977 : « l’aide à la personne » (APL) remplace « l’aide à la pierre  », favorisant ainsi l’accès à la propriété de toute une partie des ménages. Cette réforme marque le début de la paupérisation de ces quartiers : dès lors ils accueilleront les populations chassées de la réhabilitation des centres anciens, les premières victimes des restructurations industrielles et les « nouveaux chômeurs » victimes de la « crise ».

Cette réforme est significative de ce qui se joue alors d’un point de vue idéologique et qui marquera la politique de la ville par la suite.

D’inspiration libérale, nombre de ministres des gouvernements de la présidence Giscard d’Estaing sont opposés à la planification urbaine. Selon cette même inspiration libérale, les inégalités sont désormais appréhendées comme des données naturelles de l’ordre économique. Le rôle de l’État est de corriger les situations les plus graves et doit se limiter au développement industriel, à la recherche des marchés extérieurs et à l’équilibre monétaire.

Dans le même temps, un courant réformiste va diffuser un certain nombre d’idées dans les administrations d’État, notamment au Commissariat au Plan et aux Affaires sociales. Leur travail intègre toute une réflexion sur la maîtrise des dépenses de fonctionnement, à travers des recherches sur le « vécu des populations », sur la cohérence des interventions et sur la maîtrise des coûts. De ces recherches naît la théorie de « l’action sociale globale ». Il s’agit dès lors d’agir en amont des inadaptations, plutôt que dans des actions de réparation de plus en plus coûteuses. Ces experts militent pour un remembrement des différentes catégories d’intervention (le logement, la santé, l’éducation, le sport, l’action sociale, etc.), et pour la construction d’équipements collectifs visant à développer de nouvelles possibilités de socialisation. Tout un discours sur la nécessaire participation des habitants se fait jour. Les principaux ingrédients de la politique de la ville sont là.

La réforme de financement du logement naît donc de ce compromis entre une politique d’inspiration libérale qui consiste à renvoyer une partie de la production bâtie à la logique de marché et d’une vision sociale réformiste.

C’est également d’un groupe d’experts réformistes que vont naître les opérations « Habitat et Vie Sociale » (HVS), politique hybride à la fois sociale et urbaine, considérées comme les ancêtres de la politique de la ville. Ces opérations consistent à la fois à améliorer la qualité du logement HLM par des opérations de réhabilitation du bâti, mais aussi par une action socio-éducative, visant à améliorer l’adaptation des habitants à leur habitat. Il s’agissait également de mettre en place les équipements collectifs jugés nécessaires et de développer la participation des habitants à leur cadre de vie.

À l’objectif qui consistait à élever le niveau de vie de la population et le développement des équipements collectifs durant les années 60 et le début des années 70, va donc se substituer une logique de réparation des dégâts causés par l’économie et amplifiés par les « erreurs urbanistiques ». C’est cette logique qui guidera par la suite l’ensemble des politiques de la ville.

 B.- Les années 80 : l’utopie du développement autocentré et le retour aux réalités

L’arrivée de la gauche au pouvoir est marquée par les émeutes des Minguettes pendant l’été 1981 qui oblige le gouvernement à agir pour répondre aux promesses de changement qu’il se veut incarner. Les politiques mises en place par la gauche s’inspirent alors directement des idées réformistes de l’action sociale globale. Le travail est désormais axé prioritairement sur des quartiers définis comme « prioritaires », lesquels doivent devenir le « laboratoire du changement social ». L’idée est de produire un développement dont les habitants seront acteurs. On parle alors de « développement social des quartiers » (DSQ). Parallèlement, une mission est confiée à l’architecte Roland Castro afin de concevoir des projets d’architecture et d’urbanisme pour ces quartiers.

Les premières années du DSQ sont marquées par une réelle inventivité, une forte implication militante et la volonté manifeste de réhabiliter les cités en difficulté et leurs habitants. Mais du fait de la décentralisation et des nouveaux pouvoirs donnés aux maires en matière d’urbanisme, le DSQ entre dans le champ de la contractualisation. Les contrats se multiplient (on passe de 15 quartiers à 148) et s’il acquiert davantage de légitimité politique, le DSQ perd de son dynamisme et de sa capacité d’invention.

Des critiques apparaissent affirmant la nécessité de porter l’action au niveau de l’agglomération dans un souci de « désenclaver les quartiers ». Le second mandat de François Mitterrand s’axera sur cet objectif avec l’idée d’articuler développement social et développement économique. Malgré la création d’un ministère d’État, la nomination de sous-préfets à la ville et d’instances techniques spécifiques (dont la délégation interministérielle de la ville - DIV), la promulgation de deux lois phares (DSU et LOV), qui placent la politique de la ville à une autre échelle et en font une « vraie » politique portée techniquement et politiquement, ce sera un échec. Les résistances locales à mener des politiques à l’échelle des agglomérations et les difficultés à penser un projet global articulant le social et l’économique, entraînent un recentrage sur l’action sociale des quartiers. Les émeutes d’octobre 1990 au Mas du Taureau à Vaulx-en-Velin viendront relégitimer ce recentrage sur le quartier en tant qu’échelle prioritaire et enterreront pour longtemps l’idée d’une action plus globale.

Naît alors le GPU (Grand Projet Urbain) qui vise à la restructuration des quartiers et pas seulement leur aménagement et leur développement. C’est la première fois que l’idée d’une transformation radicale des quartiers est avancée. C’est aussi à cette période qu’apparaît la volonté de « restaurer l’ordre républicain » contre la montée des « violences urbaines ». L’idée d’un développement autocentré est abandonnée au profit d’une perspective « correctrice » au moyen de la « discrimination positive  ». Le primat est donné à l’économie : on en appelle à une « conscience citoyenne » des entreprises et des plans locaux d’insertion par l’économie (PLIE) sont mis en œuvre pour ramener à l’emploi des chômeurs de longue durée à travers des parcours associant resocialisation, acquisition de savoir-faire et « savoir-être ».

 C.- Le primat de l’économie et la montée de la logique sécuritaire

Après l’arrivé de Jacques Chirac au pouvoir, qui avait fait de la « fracture sociale » le ressort de sa campagne et annoncé un « Plan Marshall pour les banlieues », l’État reprend la maîtrise de la politique de la ville et rompt avec le principe de contractualisation avec les collectivités territoriales. Toujours axée sur les quartiers, la politique mise en œuvre s’appuie sur le principe de « discrimination positive » en établissant une hiérarchie des difficultés, selon la logique de « l’écart à la moyenne ». S’inspirant de méthodes anglo-saxonnes il procède par appel à projet mettant en concurrence les territoires. La voie du primat donné à l’économie est poursuivie en cherchant à faire revenir les entreprises dans les quartiers grâce à des avantages fiscaux et par la création des « emplois-ville » réservés aux jeunes des quartiers prioritaires.

L’échec de cette politique et de celles qui l’ont précédé a pour conséquence l’implosion régulière ici ou là de certains quartiers. La mise en scène médiatique des caillassages, incivilités, destructions de biens publics, engendre la montée des peurs et du sentiment d’insécurité justifiant l’appel au retour à la sécurité et à l’ordre public.

 D.- Le nouvel échec de la « gauche »

Le retour de la « gauche » au pouvoir en 1997 marque une nouvelle volonté de redéfinir une politique de la ville aux accents plus social. Le rapport Chevènement de 1998 montre la nécessité de revenir à des politiques axées sur l’échelle de l’agglomération face à l’idée d’une ville qui se fragmente et dont la périphérie continue à s’étendre de plus en plus loin de son cœur, faisant courir des risques de « désolidarisation ». Le contrat de ville est reconduit sur la base d’un projet global qui associe les habitants, d’interventions territorialisées là où la géographie l’exige, et sur le développement d’interventions thématiques participant à la lutte contre l’exclusion. Intégré au développement de l’intercommunalité ils deviennent le volet social des contrats d’agglomération instaurés par la loi Voynet. C’est l’apparition du droit au logement et de la notion de mixité sociale qui, grâce à la loi SRU, impose aux communes de disposer d’au moins 20% de logements sociaux sur leur territoire.

Mais le « cataclysme politique » du 21 avril 2002 sonne comme un nouvel échec pour la politique de la ville et marque en quelque sorte son arrêt de mort.

 E.- De la réhabilitation aux restructurations lourdes

Le retour de la droite au pouvoir donnera naissance à la politique de « rénovation urbaine » à travers la loi Borloo de juillet 2003, fondée sur le principe de la restructuration des quartiers qui viennent remplacer des actions de réhabilitations jugées inefficaces. En cela la droite renoue avec la logique de restructuration des centres anciens qui dans les années 60 avait eu pour effet la relégation des populations modestes à la périphérie des villes. L’idée est aussi de simplifier les procédures d’une politique dont la Cour des comptes dénonce la trop grande complexité dans un rapport publié en 2002. Surtout elle marque le début d’une nouvelle ère caractérisée par la redistribution des compétences entre l’État et les collectivités territoriales : à l’État la charge de l’urbain, aux collectivités ce qui relève du social et de l’économique.

L’idée avancée est de refaire des quartiers en difficulté « des quartiers comme les autres  » notamment en ouvrant de nouvelles opportunités foncières. La question du relogement des populations pauvres reste cependant entière au moment où les agglomérations se ferment à leur accueil.

 II.- RENDRE LA VILLE AUX CITOYENS

Les discours, études, commentaires sur la politique de la ville sont innombrables. Les critiques abordent souvent les mêmes problématiques et portent la plupart du temps sur les formes : l’incapacité des administrations à envisager une action non sectorielle mais globale ; la multiplication et la complexité des procédures et des dispositifs ; la difficulté à trouver la bonne échelle d’intervention ; les conflits de légitimité entre les prescripteurs ; la faiblesse des moyens engagés ; etc.

Sur le fond, l’échec des politiques de la ville alimente les discours de ceux qui, à droite comme à gauche, y voient celui de l’intégration républicaine et d’une politique trop focalisée sur les questions sociales et qui n’a pas suffisamment pris en compte la question ethnique.

Tous ces discours ont en commun d’évacuer les vraies questions. Il s’agit pourtant aujourd’hui d’interroger le sens même de la politique de la ville. Pourquoi parler de « politiques de la ville » comme des politiques spécifiques, alors que les problèmes relèvent de politiques globales notamment en matière d’emploi et de services publics. La concentration des maux, observée dans certaines villes ou certains quartiers, résulte essentiellement de deux choses : la concentration des classes sociales les plus défavorisées, conjuguée à une politique d’aménagement et qui n’a pas envisagé ces quartiers comme des lieux de vie, mais essentiellement comme des zones de stockage de main-d’œuvre et de consommateurs potentiels. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’à la crise sociale s’ajoute, peut-être de manière encore plus aigüe qu’ailleurs, une crise démocratique. Dès lors, la prise en compte tardive de la question de la participation des habitants, souvent instrumentalisée à des seules fins électoralistes, apparaît comme un leurre démocratique qui ne fait qu’alimenter cette crise.

Au vu des échecs des politiques successives il s’agit donc de tirer un trait sur les politiques de la ville pour prendre des dispositions qui permettront de rendre (réellement) la ville aux citoyens. Pour cela il s’agit d’abord de traiter les problèmes de fond et avant toute chose la question de l’emploi. Il s’agit également de remettre en question la logique qui guide l’urbanisation à savoir l’unique recherche de la rentabilité économique. Mais surtout il s’agit de créer les conditions d’une véritable démocratie locale pour que les citoyens deviennent réellement acteurs dans la cité, pour qu’ils se réapproprient leur ville et leur avenir.

 A.- Des services publics citoyens pour répondre au problème du chômage et désenclaver les quartiers

Répondre à la question de l’emploi est une priorité. En effet, toute politique locale sera vaine si des réponses ne sont pas apportées au chômage massif qui touche les populations dans les quartiers « sensibles » et ailleurs. Aucune politique sociale ou d’animation ne viendra résoudre les problèmes d’exclusion et de mal-être tant que des réponses ne seront pas apportées au problème du chômage.

Face à cette question, les politiques mises en œuvre jusqu’alors se sont résumées, comme ailleurs, à des aides et des incitations aux entreprises. Ces politiques sont des échecs comme toutes les politiques relevant de cette logique qui consiste à aider les employeurs sans se poser la question des débouchés et de l’utilité de la production ou du service vendu. Or la question essentielle qui se pose en termes d’emplois dans les banlieues, peut-être plus qu’ailleurs, est de savoir en quoi les emplois créés sur place sont utiles à la population ? De plus ces politiques tendent à créer des « sous-emplois » souvent précaires stigmatisant encore plus les populations.

Quel intérêt de construire des centres commerciaux gigantesques par exemple ? Quel intérêt pour des populations locales qui ne pourront pas acheter la plupart des produits proposés ? Quel intérêt, hormis le fait que « les quartiers » offrent une main-d’œuvre peu chère et malléable ? Y-a-t-il un intérêt à faire grandir ce sentiment de frustration des populations et à alimenter la fracture entre des populations plus ou moins aisées (les clients) et une population employée, dans des conditions souvent précaires, pour vendre des produits qu’eux-mêmes ne pourront sans doute jamais s’acheter sauf à s’endetter. Bien sûr certains y trouvent des intérêts en monnaie sonnante et trébuchante, mais ceux-là n’habitent certainement pas les quartiers.

A l’inverse, des centaines de milliers d’emplois socialement utiles seraient à créer, l’idée étant que ce soient les habitants eux-mêmes qui définissent les besoins. Ces emplois seraient propres à valoriser les populations de par le statut accordé aux personnes (de vrais emplois) mais aussi par la finalité de leur mission : (re)construire leur propre ville et travailler au bien-être de la population.

Une partie des aides versées inutilement aujourd’hui pourraient être redéployées pour soutenir des initiatives privées qui iraient dans ce sens, c’est-à-dire des emplois durables, non délocalisables, non précaires, correctement rémunérés et qui répondent réellement aux besoins des populations locales.

Surtout, la création d’emplois « socialement utiles » passe par un redéploiement du service public sur ces territoires dans des secteurs clefs tels que l’éducation, la culture, la santé, le logement ou les transports. Comme partout ailleurs, ces services publics devront être pensés de manière démocratique, impliquant les habitants dans la définition des besoins et dans leur gestion. Cela signifie qu’il faut sortir de la logique des politiques de la ville, lesquelles ont finalement fait office d’expérimentation en termes de retrait de l’État dès les années 80. En effet, avec la politique de la ville, l’État s’est peu à peu mué en simple « animateur », déléguant petit à petit sa responsabilité et ses principales missions de services publics aux collectivités locales, qui elles-mêmes les délèguent à des associations devenues prestataires. Sous couvert de territorialisation et d’une action « au plus près des habitants », le tout au nom de « l’efficacité de l’action publique  », on assiste en réalité à un démembrement du service public. Les services publics locaux tentant d’assumer les conséquences du retrait de l’État mais sans en avoir réellement les moyens.

Redonner des moyens aux services publics en y employant en priorité la population des quartiers en difficulté, aura pour effet, outre de participer à résoudre la question de l’emploi, de désenclaver les quartiers au sens où il signifie, de manière très concrète, le retour de l’État républicain. Comment mieux répondre à ceux qui tentent d’instrumentaliser les problèmes des banlieues pour démontrer l’échec de l’intégration républicaine, qu’en mettant les populations des quartiers directement au service des idéaux républicains ?

 B.- Rompre avec la technocratie néolibérale en matière d’urbanisme

Rompre avec la technocratie néolibérale en matière d’urbanisme est une condition nécessaire afin que la ville redevienne le lieu privilégié de la démocratie. Il s’agit pour cela, d’une part, de montrer en quoi l’urbanisation des villes aujourd’hui n’est pas idéologiquement neutre, et en quoi il rentre en adéquation avec le projet néolibéral. Ensuite, il s’agit de repenser la place de l’État dans les politiques d’urbanisation et enfin de recréer les conditions d’une vraie démocratie locale en repolitisant les citoyens.

La seule raison du rejet de l’urbanisme des années 60 par les néolibéraux aujourd’hui est due au seul fait que les grands ensembles concentrent les maux du néolibéralisme qu’il s’agit désormais de cacher. Quant au concept de « mixité sociale », prôné par la gauche et la droite, il est vide de sens (ce qui explique le consensus dont il fait l’objet) et tend finalement à évacuer la question sociale. Ainsi, malgré tous les discours critiques sur les grands ensembles, fondamentalement rien n’a changé dans la façon d’aménager les villes, laquelle est essentiellement guidée par la seule rationalité de l’économie capitaliste déclinée aujourd’hui dans sa version néolibérale. Ainsi, les grands ensembles collectifs sont seulement remplacés par des grands ensembles pavillonnaires standardisés, s’organisant autour de grandes zones commerciales ou industrielles, répondant mieux au désir des citoyens d’habiter dans une maison avec jardin que dans une tour d’immeuble.

Consommateur d’espace, ne laissant que peu de place aux espaces publics, pensé selon le même principe de « mono-fonctionnalité » des espaces, guidé par la seule rationalité économique, ce type d’urbanisation n’est pas plus favorable au développement d’une vie démocratique que ne l’étaient les grands ensembles. Dans ce mode d’urbanisation, l’individu est toujours pensé uniquement en tant qu’ « être économique  ». De plus, le développement des zones pavillonnaires est source de deux problèmes majeurs :

  • l’endettement croissant de nombreux ménages modestes ;
  • il ne permet pas le développement de transports en commun (moins la densité urbaine est grande, plus les transports urbains sont couteux et inefficaces) et favorise le transport individuel.

Ainsi on voit bien que cette solution urbanistique ne répond en rien aux enjeux sociaux, environnementaux et démocratiques actuels et qu’elle reste arc-boutée sur des principes qui ne sont même pas efficaces économiquement, sauf peut-être pour quelques-uns, promoteurs immobiliers ou fabricants automobiles.

Une politique urbaine porteuse de progrès passerait d’abord par une redéfinition du rôle de l’État. Celui-ci devrait se concentrer avant tout à organiser la mobilité des populations, c’est-à-dire mener une politique de transport pensée en fonction du développement économique souhaité, qui permette de contrôler les densités de populations sans imposer les formes de l’urbanisation. C’est ensuite aux populations de décider collectivement de la forme de leur ville. Deux acteurs sont alors essentiels dans ce travail : l’architecte qui est celui qui va mettre en œuvre ce que les habitants ont décidé, l’artiste qui lui travaille avec eux sur la construction des espaces symboliques. C’est à cette seule et unique condition que les espaces urbanisés reprendront du sens, et notamment les espaces publics. Parallèlement à la nécessité de répondre aux questions sociales, il y a donc bien un travail culturel à mener, lequel consiste à redonner du sens aux espaces publics en tant que lieux où se rencontrent les différences et où s’organise le conflit. Il s’agit là d’un travail éminemment politique au sens où l’espace public constitue en quelque sorte le substrat de la vie politique.

 C.- Pour l’émergence d’une vraie démocratie locale : repolitiser les citoyens

Rendre la ville aux citoyens nécessite de travailler à créer les conditions d’une véritable démocratie participative. Entendons-nous bien : faire participer la population n’est pas une condition suffisante pour résoudre les problèmes des habitants, tout comme il est illusoire de penser que toutes les questions peuvent être réglées au niveau local. Tout d’abord parce que les collectivités locales n’auront jamais les moyens de s’occuper de tout, et d’autre part parce que le local n’est jamais déconnecté du global. Par ailleurs, la question démocratique n’étant jamais déconnectée du contexte socio-économique, aucune démocratie locale ne pourra s’épanouir dans un contexte social fortement dégradé. C’est pourquoi certaines questions doivent relever prioritairement de l’État, seul garant de l’égalité d’accès à l’emploi ainsi qu’aux biens et services essentiels tels que le logement, la santé, l’éducation, l’eau ou l’énergie.

Différentes enquêtes montrent que la participation des citoyens à la vie publique est fortement conditionnée par leur insertion sociale et par leur niveau d’études (lequel conditionne les capacités d’expression, de compréhension, etc.). Comme le dit l’universitaire Marion Carrel : « il ne suffit pas de faire appel au peuple pour que le peuple participe ». Certaines catégories de populations (celles qui sont dans le bas de l’échelle sociale et notamment les jeunes, les populations d’origine immigrée, des personnes peu diplômées) sont en effet moins présentes dans les processus de participation mis en place par les collectivités locales. Malgré leur envie de participer, elles en sont souvent exclues du fait d’un bagage culturel moindre et de leur statut social. Or, l’insertion sociale se fait avant tout par le travail et nous savons que les chances de réussite scolaire des enfants sont liées aux conditions sociales de leurs parents. C’est pourquoi nous insistons sur l’idée que les questions d’emploi et d’éducation doivent être des priorités et relever avant tout de politiques nationales. Une des questions qui se pose notamment en matière d’emploi est de savoir quel temps est laissé au salarié pour s’intéresser à la vie publique, en dehors du temps de travail ? On voit bien ici la relation entre la question démocratique et la question sociale : peut-on demander aux citoyens de « participer », tout en remettant en cause les 35h par exemple ? Concernant l’enseignement, il faut bien entendu se poser la question de la capacité de l’Éducation nationale à former des citoyens et à éveiller le sens politique de chacun, tant la dépolitisation de la société aujourd’hui est grande et touche toutes les classes sociales. L’histoire des mouvements politiques ou du syndicalisme, par exemple, ne fait pas partie des programmes scolaires. Ne faudrait-il pas l’envisager ?

Il n’en reste pas moins que le niveau local est le niveau de base de la vie démocratique. C’est au niveau local, dans les associations, dans le quartier, dans la ville que se vit d’abord la citoyenneté. Aussi, nous pensons que c’est là que se joue le renouveau politique et démocratique de notre société, mais ceci à certaines conditions.

La première est que les élus locaux doivent tenir un discours de vérité quant aux possibilités qu’ont les citoyens à agir sur les choses au niveau local. Encore une fois, il ne s’agit pas de faire croire que le local peut seul apporter des réponses à des problèmes qui s’inscrivent dans des logiques globales. Faire croire l’inverse (comme c’est malheureusement la tendance à l’heure actuelle), ne pourra qu’engendrer déception et frustration de la part de la population et ne ferait qu’accentuer la crise démocratique actuelle et la défiance vis-à-vis du politique.

Il s’agit également, pour les élus locaux, d’être clairs sur la part de pouvoir qu’ils sont prêts à laisser aux habitants. Car s’il est devenu de bon ton de faire de la « participation », dans les faits celle-ci prend des formes multiples. Derrière ce mot, beaucoup entendent « information », « concertation  » ou « consultation ». Rares sont ceux qui impliquent les habitants dans l’élaboration des projets, encore plus rares sont ceux qui vont jusqu’à la codécision. En réalité, les habitants ne sont souvent consultés qu’en aval des décisions. Ils ne participent que très peu au diagnostic, à l’instruction des dossiers et au processus de décision. De plus, le manque de clarté des finalités et des règles de fonctionnement des procédures de participation ne servent pas leur « efficacité ». Au final, les actions mises en place servent soit la lutte politicienne de certains, soit à influencer l’opinion (et ce tant du côté des élus que de celui de groupes de pression ou d’habitants), soit à légitimer des décisions, mais rarement à l’organisation de débats de fond, ni à la formulation de réponses concrètes.

Enfin, il s’avère que la démocratie participative s’opère aujourd’hui essentiellement de manière descendante, c’est-à-dire par la mise en place de procédures définies par l’institution pour demander l’avis de la population. Les démarches ascendantes (qui viennent des populations pour interpeler le pouvoir) sont plus rares. Lorsqu’elles existent et qu’elles sont trop revendicatives, on observe alors une tendance de l’institution à utiliser la participation comme un moyen d’étouffement des revendications. Cela interroge donc sur la capacité de ces institutions (et surtout leur volonté) à organiser les débats et les conflits. S’il peut paraître plus facile d’acheter la paix sociale, les faits montrent que cela ne règle jamais les problèmes.

Au-delà des moyens institutionnels à mettre en œuvre, la question qui se pose est de savoir quel travail d’éducation populaire mener, afin que chaque citoyen puisse participer à la vie publique ? Or, si on constate que beaucoup d’élus locaux prônent la participation des habitants, rares sont les collectivités qui ont mis en place de véritables politiques d’éducation à la citoyenneté. De plus, avec l’émergence de la politique de la ville, beaucoup d’associations d’éducation populaire sont devenues des partenaires des collectivités territoriales. Que ce soit en matière sociale, d’éducation, culturelle ou d’animation, elles se sont muées en simples prestataires de services venant jusqu’à parfois suppléer les collectivités et l’État dans leurs missions de service public. Devenues de véritables structures paramunicipales, leur dépendance aux subventions (devenue plus forte du fait de la « professionnalisation » des structures) a conduit nombre d’entre elles, au fil des concessions, à délaisser leur projet initial de transformation sociale. Du fait de leurs liens financiers avec les institutions, elles évitent toute initiative qui risquerait de créer des conflits. Toute question jugée « trop politique » est alors systématiquement évacuée. Comment imaginer, dans ces conditions, que ces associations puissent former des citoyens (au sens « acteurs politiques »), si les lieux de socialisation qu’elles représentent ne sont pas des lieux de débats et de réflexion ouverts sur la cité et sur le monde, si toute question jugée « trop conflictuelle » est systématiquement évacuée ? Rompre avec la politique de la ville c’est donc sortir de cette logique malsaine qui, au final, conduit les associations à s’inscrire dans une logique clientéliste vis-à-vis des institutions.

Car finalement, cette logique tend à exclure de la vie de la cité toute personne ou mouvement ne s’inscrivant pas dans la ligne politique du pouvoir en place ou dans les cases de la politique de la ville. Voilà une vision quelque peu étriquée de la démocratie. Chacun semble vouloir des « citoyens actifs », mais des citoyens disciplinés qui rentrent dans les cadres prédéfinis de la participation et qui surtout ne font pas de politique ! Comment ne pas voir là une contradiction profonde, sinon un moyen pour certains élus de diviser la population afin de mieux asseoir leur pouvoir : d’un côté le « bon citoyen actif », de l’autre le « terroriste de quartier » (pour reprendre les termes d’un élu local). Or, encore une fois, la politique n’est-elle pas l’art de savoir organiser le conflit ? C’est cette neutralisation du conflit qui conduit à la neutralisation politique, donc à la dépolitisation des populations et donc à la dégradation de la vie démocratique. Cette incapacité (ou ce manque de volonté) à organiser le conflit s’exprime par exemple dans le comportement des politiques vis-à-vis des auteurs des violences urbaines. Si on ne peut pas parler d’expression politique à proprement parler au sujet des actes commis, il s’agit cependant de chercher à comprendre ce qu’ils expriment. Au lieu de cela, la seule réponse donnée à cette heure par le pouvoir politique est celle de la répression. Ne faudrait-il pas se demander aussi comment traduire en parole ce qui s’exprime par la violence des actes ?

La base du travail d’éducation populaire visant à repolitiser les citoyens est là : redonner la parole à ceux qui s’expriment peu, mal ou qui ne trouvent pas de lieu, de cadre pour s’exprimer. Car si la dépolitisation touche l’ensemble de la société, l’expérience montre qu’en l’état actuel des choses, certains savent utiliser les moyens d’expression qui leur sont offerts et que d’autres en sont exclus, à leur détriment. Mener un travail d’éducation populaire pour repolitiser les citoyens, c’est donc avant tout être capable de se mettre à la portée des populations les plus dépolitisées, celles qui ne participent pas (plus), qui ne vont pas (plus) voter ou bien votent aux extrêmes. Ce travail doit avoir pour objectif de permettre à chacun d’appréhender l’articulation entre des questions locales et des enjeux plus globaux. Il doit aller au-delà de la formation de « citoyens experts ». La maîtrise technique d’une question ne suffit pas en effet à acquérir une conscience politique qui se forge à la fois dans l’action mais aussi dans l’acquisition d’une culture politique : l’action nourrissant la réflexion et inversement. Pour y parvenir, les méthodes doivent être repensée, réinventées : privilégier l’approche sensible par le biais des pratiques artistiques, ouvrir de nouveaux lieux d’échanges, imaginer de nouvelles façons de débattre, etc. L’enjeu de cette repolitisation n’est pas mince : « hors de la parole publique il est difficile de s’émanciper individuellement et collectivement », dit Marion Carrel. Au-delà de l’avenir de la ville, il en va donc de celui de notre démocratie.

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 18:04

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 21:53

Posted: 05 Feb 2013 07:09 AM PST
L’interview de Andrej Iljitsch Fursov ci-après a été publiée le 9 août 2012 sur le site KP.ru et traduit par le site Horizons et Débats.
« Il n’y a qu’une chose qui puisse être pire que l’hostilité avec les Anglo-Saxons : c’est l’amitié avec eux » (Alexej Jedrichin-Wandam)
Andrej Fursov est directeur du Centre d’études russes à l’Université des sciences humaines de Moscou et membre de l’Académie internationale des sciences (Munich). Compte tenu de l’orientation des questions au départ, il embrasse un large spectre imprévu de sujets abordés. Partant de la situation actuelle en Syrie et du «Printemps arabe», l’historien russe tente des prévisions et des réflexions sur les développements à venir, allant du concret au global. Dernière remarque liminaire: en russe, le terme de «régime» n’a pas forcément de connotation négative.

KP.ru : Pourquoi l’Occident est-il si pressé d’enfoncer les clous dans le cercueil du régime d’Assad ?
Andrej Fursov : Ce pays de taille moyenne au Proche-Orient est tout à coup devenu le point le plus névralgique de la planète. L’ONU siège en permanence à son sujet. La Russie et la Chine y adoptent une attitude inflexible. Une flotte russe de bâtiments de guerre avec de l’infanterie de marine à bord a mis le cap sur la Méditerranée et fera aussi escale en Syrie. Les USA mettent 15 millions de dollars supplémentaires à disposition des «rebelles». Est-il possible que ça sente la grande guerre ?

KP : En quoi la petite Syrie a-t-elle gâché la soupe au puissant Occident ?

A.F. : En tout, simplement. Procédons par ordre – allant du plus petit au plus grand, du régional au global. Dans les constellations proche-orientales et en général dans le conflit des Américains et des monarchies sunnites (Arabie saoudite et Qatar) contre l’Iran chiite, ce pays n’est pas seulement un allié de Téhéran, mais le membre d’une chaîne qui relie celui-ci avec les groupements chiites du monde arabe. Sans cet intermédiaire, l’influence de l’Iran dans le monde arabe serait passablement moins importante. Je ne veux même pas parler de l’oléoduc qui, provenant de l’Iran, traverse la Syrie. Sans solution de la question syrienne, les Anglo-Saxons, c’est-à-dire les Britanniques et les Américains, ne pourront pas prendre le risque de s’attaquer à l’Iran.
Le régime syrien est de fait le seul régime fort et laïc du monde arabe. Le fait qu’il soit fort dérange les Atlantistes dans leurs plans de transformation du Proche-Orient et du monde entier. Qu’il soit laïc et en même temps économiquement couronné de succès dérange les dirigeants de l’Arabie saoudite et du Qatar.

KP : Bien des gens disent qu’il s’agit de la première guerre pour le gaz naturel.

A.F. : On a détecté des gisements de gaz naturel dans le Sud de la Méditerranée – autant en mer que sur terre en Syrie (Kara). C’est difficile de connaître leur dimension, mais ils existent. Le Qatar exporte du gaz naturel liquéfié à l’aide d’une flotte de tankers. Si le régime d’Assad s’effondre, le Qatar aura la possibilité de transporter directement le « combustible bleu » via le territoire syrien sur la côte de la Méditerranée. Cela doublerait au moins son volume d’exportations et gênerait simultanément les exportations de l’Iran. Le renforcement du Qatar sur le marché du gaz naturel affaiblit la position de la Russie. Si les Américains réussissent simultanément à prendre le contrôle du gaz naturel algérien, cela ressemblera bien à un blocage des exportations de gaz naturel pour la Russie. Ce qui signifie que les intérêts économiques du Qatar sont identiques aux intérêts géopolitiques des Etats-Unis, et à leurs efforts d’affaiblir la Russie autant que possible, car la Russie ne doit pas de nouveau se renforcer.

KP : Cela signifie au fond qu’en Syrie, les Yankees attaquent indirectement le Gazprom aimé des
Russes ?

A.F. : Les Anglo-Saxons sont des joueurs de billard au niveau mondial, ils travaillent selon le principe de tirer simultanément plusieurs balles d’un coup (ce qu’on devrait apprendre d’eux). Le chaos orchestré se déroulant au grand Proche-Orient sépare la Chine des sources de pétrole et de gaz naturel dont elle a besoin, ce qui entraîne en même temps une rupture entre la partie chinoise de l’Eurasie et celle de l’Europe occidentale. Le contrôle du pétrole et du gaz provenant du Proche-Orient signifie en première ligne le contrôle des Etats-Unis sur l’Europe, notamment sur l’Europe occidentale, ce qui serait favorable à un affaiblissement de la Russie et de ses positions. Et si un jour cela devait déplaire à l’Europe, on pourrait là aussi provoquer pour un oui pour un non quelques troubles arabo-africains – de telle manière que les citoyens rassasiés désireraient que ça prenne fin.
Cette logique (bien que ce ne soit pas la seule chose) détermine la poussée vers l’Est des élites de l’Atlantique nord à travers le monde arabe : la Tunisie, l’Egypte, la Libye. Actuellement, ils sont arrivés en Syrie. Cependant, les Atlantistes se voient confrontés dans ce coin de terre syrienne à une autre puissance mondiale, qui peut se mesurer à eux du point de vue économique et même militaire, mais qui représente une civilisation totalement différente. C’est la Chine avec sa poussée vers l’Ouest. La poussée de la Chine est une espèce de croisade pour gagner des ressources. Le Pakistan se trouve déjà sous l’influence de la Chine. Les Chinois ont depuis longtemps des relations avec les talibans d’Afghanistan. L’Iran est aussi un allié, bien que très spécial. Le sud de l’Irak est déjà de facto contrôlé par les alliés chiites d’Iran. Du point de vue géostratégique et géoéconomique, la Chine parvient ici pas seulement jusqu’à la côte de l’océan Indien, mais, vu sous cet angle, jusqu’à l’Atlantique (à savoir jusqu’à la côte syrienne de la Méditerranée). Pour le dire objectivement, en Syrie, les croisés occidentaux sont parvenus à la Grande Muraille de Chine.
Pour la première fois, l’élite anglo-américano-juive, qui s’était formée au cours des derniers siècles et est devenue une conquête organisationnelle historique de l’Occident, a été confrontée ici à un adversaire mondial d’un genre non-occidental (car la direction de l’URSS était la transposition d’un projet de gauche de l’Occident, d’un jacobinisme de l’époque moderne). Par ailleurs, le segment européen de l’élite occidentale se trouve en face d’un segment chinois pas moins ancien et peut-être même plus ancien, d’où il reçoit aussi l’expérience historique. Orienté tout autant vers les valeurs matérielles, le commerce et l’argent. Mais ayant encore l’esprit très aventureux, car à l’évidence les Chinois ont leur propre système criminel mondial.

KP : La mafia chinoise est probablement encore un peu plus violente que l’italienne…

A.F. : Oui, et ne parlons même pas des réserves d’or chinoises comme arme financière menaçante.
Pékin a très bien compris que la Syrie n’est qu’une étape de la poussée principale des Atlantistes du Nord – et le but est de voir tomber la Chine, de la renvoyer à l’intérieur de ses frontières nationales, de la séparer des sources d’approvisionnement en matières premières et de l’étouffer technologiquement. C’est ce qui explique la position si dure de la Chine à l’ONU en ce qui concerne la Syrie.

KP : Qu’en est-il de la position de Moscou ? Pourquoi est-elle si différente que dans le cas de la Libye ?

A.F. : Premièrement, nous avons à présent un autre président. Deuxièmement, je pense que l’affaire avec Kadhafi a appris pas mal de choses aux dirigeants russes. Troisièmement, la Russie entretient une base navale en Syrie. Quatrièmement, l’industrie d’armement russe a des intérêts importants en Syrie, et les intérêts économiques sont une chose sacrée pour les dirigeants russes. Cinquièmement, la Syrie est bien plus proche des frontières de la Russie et de l’espace postsoviétique que la Libye. Tout ceci détermine la position de Moscou, une position qui par son potentiel nucléaire et diplomatique renforce la position chinoise. Ni la Russie ni la Chine ne parviendraient à affronter seuls la communauté internationale.
Les Anglo-Saxons peuvent sûrement se ficher du veto de la Russie et de la Chine, de l’ONU et du droit international en général, qu’ils ont de toute façon l’intention d’abroger. Mais jusqu’ici, ce ne sont que des intentions. Car comme Staline a dit une fois, la logique des circonstances est toujours plus forte que la logique des intentions. Ces circonstances sont la Russie et la Chine qui provoquent une furieuse rage chez les Atlantistes du Nord – il n’y qu’à écouter quelques fois Madame Clinton et observer sa mimique.

KP : En dépit des positions intransigeantes de Moscou et de Pékin, l’Occident ne se retire pas. Pourquoi donc?

A.F. : Premièrement, cela ne fait pas partie des traditions des Anglo-Saxons de lâcher prise après avoir planté leurs crocs dans une proie comme un pitbull. Ils feront pression à fond jusqu’à ce qu’ils aient imposé leur projet ou jusqu’à ce que l’adversaire leur brise les reins. Deuxièmement, au cours des 25 à 30 dernières années, après avoir vaincu l’élite soviétique (il s’agit exactement de l’élite soviétique – elle a capitulé), ils sont simplement devenus arrogants. Ils se sont habitués à ce que la Russie abandonne tout et ils comptent sur le fait qu’ils peuvent faire pression sur l’élite russe, déjà rien que parce celle-ci a déposé son argent dans des banques occidentales. Troisièmement, et c’est la raison principale qui l’emporte sur toutes les autres : les mises sont beaucoup trop élevées, c’est le destin des élites de l’Atlantique nord elles-mêmes qui est en jeu, il ne s’agit pas du tout seulement de réserves d’hydrocarbures ou du Proche-Orient. L’Occident n’a pas d’autre possibilité que de foncer en avant. L’affaire se présente ainsi : en dépit de l’énorme potentiel matériel et d’information de cette machinerie gigantesque qui est dirigée par des géo-constructeurs et géo-ingénieurs supranationaux extrêmement expérimentés, les Etats-Unis font actuellement l’expérience d’une surtension des forces. « Nihil dat fortuna mancipio » – le destin n’accorde rien pour l’éternité ! Le temps de l’Amérique est en train de passer. Afin de retarder la chute définitive ou même de l’éviter, l’Amérique a besoin de faire une pause pour souffler.
Ce n’est pas un hasard si dans la nouvelle doctrine militaire qu’Obama a proclamée le 5 janvier 2012, il ne s’agit plus maintenant que les USA – comme jusqu’ici – soient armés pour mener deux guerres parallèles, mais plus que pour une, plus des actions indirectes dans plusieurs régions. Il faut par ailleurs tenir compte du fait que les Américains regroupent jusqu’à 60% de leur puissance militaire dans l’océan Pacifique, l’espace du Pacifique oriental, et qu’ils se préparent ainsi à des confrontations avec la Chine. Ce n’est pas un hasard si la revue Foreign Affairs, une publication du Council on Foreign Relations (CFO) – une des structures américaines les plus influentes en matière de relations internationales – ne cesse de publier depuis peu des articles qui disent ouvertement : les Etats-Unis ont besoin de faire une pause « pour se concentrer sur la reconstruction des bases de la prospérité nationale ». Aujourd’hui, l’Amérique rappelle l’Empire romain du temps de l’empereur Trajan (début du IIe siècle de notre ère). A cette époque, Rome a passé des offensives stratégiques à la défense stratégique ; Rome a commencé à bâtir le limes et à abandonner quelques régions conquises, avant tout au Proche Orient.

KP : C’est une analogie directe. Les Etats-Unis ont l’intention de quitter l’Afghanistan, et ils se sont déjà retirés de l’Irak…

A.F. : Les résultats du Sommet de l’OTAN de Chicago, les 20 et 21 mai 2012, en ont apporté la démonstration : ni les États-Unis ni l’OTAN ne quitteront réellement le Proche-Orient et l’Afghanistan. Ce n’est pas pour cela qu’ils s’y étaient rendus. Il est toutefois vrai qu’ils doivent en « sortir » mais avant tout pour y installer un nouveau modèle de commandement. Et cela, tout simplement pour éviter que la place ne soit prise par les concurrents, c’est-à-dire par l’UE et surtout par la Chine. Voilà la vraie raison de ce nouveau modèle de domination de la région : un chaos orchestré. On ne peut imaginer de meilleur candidat pour installer ce modèle et le maintenir que les Islamistes, « les chiens de garde de la mondialisation à la mode américaine ».
On voit donc au Proche-Orient – notamment dans le pays-clé qu’est Égypte – que le « Printemps arabe » a porté au pouvoir les Islamistes. En réalité, on leur a aplani le chemin. Mais, les Anglo-Saxons ont buté sur deux pays dans leur marche en avant, dans lesquels les Islamistes étaient faibles ou inactifs. Il s’agit de la Libye et de la Syrie. La Libye a déjà été écrasée par l’atroce attaque de l’OTAN, la Syrie est actuellement assiégée. L’armée syrienne se bat contre le terrorisme international, qui est, comme il se doit, dirigé par les manipulateurs des dirigeants anglo-américains.

KP : Permettez, Andrej Iljitsch ! Les médias occidentaux prétendent que le peuple s’est révolté contre le régime d’Assad. Les insurgés sont des Syriens qui ont déserté l’armée.

A.F. : En sont responsables les médias occidentaux, ou autrement dit : les moyens de propagande de masse, d’agitation et de désinformation. Leur tâche est purement militaire, soit de mener une campagne de désinformation et de guerre psychologique. Les « rebelles syriens » sont dotés d’armes de précision, de canons antichars, d’appareils de détection à infrarouge, d’excellents fusils pour tireurs d’élite, et de bien des autres armes, de production turque pour l’essentiel. N’est-ce pas un peu beaucoup pour des déserteurs et des réfugiés ? L’essentiel est, toutefois, l’organisation de ces combats. Depuis juin, la situation en Syrie a complètement changé. Assad se heurte à une culture d’état-major hautement qualifiée, de ceux qui planifient les diversions militaires dont seraient bien incapables les déserteurs, même au rang de capitaine ou de major. Les « insurgés » ont passé de la tactique d’usure et de harassement de l’armée syrienne à celle d’attaques massives, soutenues par des contingents comportant 25 000 à 30 000 hommes. Ces hommes armés viennent de Libye, de Tunisie, d’Afghanistan et d’autres pays islamiques. De les envoyer en Syrie permet aux Occidentaux et aux monarchies sunnites de résoudre un problème crucial. Car ces énergies meurtrières doivent être occupées quelque part. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’elles se mettent à travailler sérieusement, et un chien enragé peut aussi mordre son maître.
Une partie des clans criminels syriens combattent avec les mercenaires professionnels et les terroristes internationaux contre les troupes gouvernementales ; ils assassinent leurs propres voisins et accusent le régime Assad d’avoir commis ces horreurs. La situation en Syrie a mis au jour une réalité : Le terrorisme international, contre lequel les États-Unis prétendent lutter, est en réalité leur arme, créée par eux-mêmes. En Libye, c’est Al-Qaïda qui a accompli la tâche ordonnée par les Atlantistes. En Syrie, on a introduit les hommes d’armes de l’Islamiste Abd al-Hakim Balhadsch, qui fut commandant des « insurgés » libyens. Il est le militaire le plus influent de Tripoli et lié à Al-Qaïda depuis longtemps. Cette organisation est un instrument parfaitement adapté pour les services secrets américains et britanniques. En cas de besoin, on peut les utiliser pour faire exploser ses propres Twin-Towers, puis rendre responsable l’organisation de Ben Laden. Et, si le besoin s’en fait sentir, on peut s’allier à cette organisation pour se lancer contre Kadhafi ou contre Assad. Al-Qaïda peut reprendre du service ; comme le déclara en son temps notre patriarche Avvakoum « hier encore fils de pute, aujourd’hui déjà un prêtre ».
Il doivent cesser de nous raconter des stupidités : les Syriens ne se battent pas contre les Syriens, mais contre l’élite anglo-saxonne qui mène sa guerre au travers des terroristes internationaux. Leur façon d’agir ressemble fort à celle des escadrons de la mort de John Negroponte au Guatemala. Les « amis de la Syrie » (qui furent auparavant les « amis de la Yougoslavie, de l’Irak, de la Libye ») voudraient, de leur point de vue, aussi devenir les « amis de la Russie », alors qu’ils sont le principal pouvoir terroriste international. J’espère bien qu’ils se retrouveront un jour, avec leurs complices (y compris ceux de La Haye), à « leur Nuremberg ». Nombreux sont ceux, à l’ouest aussi, qui comparent l’invasion de l’Irak par Bush jr. à celle de la Pologne, des Pays-Bas et de la France par Hitler. La question qui se pose est de savoir si la Syrie sera la dernière ligne avant une nouvelle guerre, non seulement mondiale, mais globale ? La criminalisation de la politique par les dirigeants occidentaux y conduira finalement, tôt ou tard.

KP : Les États-Unis ont de fait justifié les derniers actes terroristes à Damas qui ont coûté la vie à plusieurs membres du gouvernement syrien.

A.F. : Oui, parmi les victimes se trouvent le ministre de la Défense Daud Radschha, le chef des services secrets militaires Assef Schawkat et le chef du comité anticrise Hassan Turkmani. Des personnes très proches d’Assad, ses soutiens. Il fallait s’attendre à une pareille action, et je ne pense pas qu’elle ait été possible sans l’aide de services secrets occidentaux. Mais Bachar el-Assad tient bon, on n’a pas pu le briser au cours des 15 derniers mois, c’est pourquoi on vise maintenant à l’éliminer physiquement, lui et ses proches. On espère qu’une fois disparu, son régime s’effondrera. Y arrivera-t-on ? C’est une autre question. Mais dans ce contexte, il y a autre chose qui est important : l’élite occidentale s’est, après l’assassinat de Kadhafi, engagée ouvertement et sans scrupule sur la voie de l’assassinat de ces dirigeants, qui s’opposent à leurs projets, c’est-à-dire : sur la voie du terrorisme. Alors qu’avec Milosevic et Saddam Hussein on s’était donné la peine d’ouvrir un procès bidon, on a assassiné Kadhafi d’après des méthodes « concrètes » de grand banditisme et on n’a pas même caché sa satisfaction. Qu’on se souvienne de la scène présentant les dirigeants américains réunis à la Maison-Blanche devant le téléviseur pour assister à la mise à mort de « Ben Laden ». Quand on tombe pareillement dans l’abrutissement et dans la dégénérescence morale on se retrouve au niveau de la populace moyenâgeuse qui trouvait plaisir à assister aux exécutions. Les dirigeants occidentaux se comportent comme une organisation mondiale de criminels et ne s’en cache même pas. Selon le principe : « Tu es déclaré coupable uniquement parce que j’ai faim ! »
Ainsi, l’ancien président français pro-américain, Sarkozy, avait directement menacé les chrétiens syriens (environ 10% de la population syrienne) que, s’ils continuaient à soutenir Assad, ils pourraient se trouver victimes d’attentats. Et c’est bien ce qui se passe actuellement. Mais on ne se contente pas d’assassiner des chrétiens, mais aussi des Druzes, des Alaouites, des membres du parti Baath au pouvoir depuis 1963. Mais les grands massacres commenceront, dans la mesure où l’Occident réussira à faire tomber le régime d’Assad. Ce qui ne sera possible que par une intervention militaire venant de l’extérieur.

KP : Pensez-vous que l’Occident ira aussi loin ?

A.F. : Il vaut mieux poser cette question à cette organisation criminelle qui a ses « actions » à Washington, New York, Londres et Bruxelles. Nous ne pouvons qu’imaginer des variantes. La seule puissance militaire sur laquelle s’appuie l’OTAN est la Turquie, laquelle rêve de voir la Syrie divisée en quatre ou six parties, d’obtenir le contrôle de la moitié, ce qui commencerait à lui donner l’image de ce que nous avons connu comme l’Empire ottoman. Toutefois, une telle guerre serait un vrai risque pour la Turquie, du fait des positions de la Russie, de la Chine et de l’Iran, sans compter la question kurde, cela même avec l’aide de la technique militaire de l’OTAN. Et la Syrie elle-même n’est pas dénuée de force. On peut donc plutôt s’imaginer que la guerre actuelle continuera de la même manière, l’Occident s’efforçant d’écraser la Syrie au moyen des mercenaires, en combinant la tactique de désorganisation et d’attaques massives, tout en cherchant à liquider physiquement Assad. Les États-Unis et la Grande Bretagne ont déjà trop investi pour la destruction du régime syrien et ne reculeront que si le prix d’une victoire est trop élevé.

KP : Ont-ils vraiment autant investi ?

A.F. : Oui. Tant en ce qui concerne la finance que l’organisation. Déjà en 2006, on a mis en place le programme « Démocratie en Syrie », avec un financement prévu de 5 millions de dollars. En 2009, le « Conseil pour la démocratie », qui répartissait cet argent entre les acteurs qui voulaient « démocratiser » de l’intérieur les pays qui devaient être affaiblis par les États-Unis, reçut du Département d’Etat la somme de 6,3 millions de dollars pour le programme, lié à la Syrie, intitulé « Initiative pour le renforcement de la société civile » (il faut croire que les Anglo-Saxons s’imaginent qu’on met en place une société civile en faisant assassiner des femmes et des enfants par des mercenaires).
Le « Syrian Business Forum » administre actuellement un budget d’au moins 300 millions de dollars. La moitié de ce montant sert à financer l’« Armée syrienne libre ». L’Arabie saoudite et le Qatar, qui ont signé un accord secret à ce sujet, jouent un rôle important dans le financement des forces anti-Assad. Les positions des Saoudiens et du Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Dschassem Al Thani, démontrent parfaitement la collusion entre l’Occident et les Salafistes. C’est au Qatar que furent tournés des films sur de prétendus combats à Tripoli et à Damas, alors que ces combats n’avaient pas encore commencé. L’émir finança l’assaut de Tripoli et y envoya une troupe arabe de 6000 hommes qui portaient l’uniforme militaire du Qatar. D’ailleurs, c’était aussi Ben Dschassem qui ordonna l’attaque contre le diplomate russe Titorenko au Qatar.

KP : Certains politiciens occidentaux pensent que la Russie accueillera Assad et sa famille. Partant de l’idée que le peuple syrien en sera reconnaissant à la Russie. Quelles peuvent être les répercussions pour la Russie de la chute du régime Assad ?

A.F. : La Syrie est notre seul allié dans le monde arabe. S’il chute, nous perdrions nos dernières positions dans la région. Mais il ne s’agit pas seulement du monde arabe. La Russie peut facilement disparaître de la carte. Après la Syrie et l’Iran (car il est plus que probable qu’après la Syrie, les Atlantistes envahiront l’Iran – les analystes émettent déjà le nom de cette opération militaire « La grande tempête », qui devrait commencer par une attaque américano-israélienne contre le Hizbollah) ce sera probablement notre tour. On peut donc affirmer qu’on vainc la Syrie (et l’Iran), mais ce qu’on vise finalement c’est la Russie. Les préparatifs sont déjà en route dans toutes les directions : la situation au Proche-Orient, le « bouclier anti-missiles », l’élargissement de l’OTAN vers l’Est, etc.

KP : Les affaires concernant le bouclier anti-missiles et l’extension vers l’Est de l’OTAN sont claires. Mais quels sont les liens entre la Syrie et l’Iran et notre sécurité ?

A.F. : Ils sont très proches de nos frontières et de nos zones d’influence – la Transcaucasie et l’Asie centrale. Si les régimes actuels de Damas et de Téhéran tombent, alors la zone du « chaos orchestré » par les Atlantistes s’étendra de la Mauritanie et du Maghreb, jusqu’en Kirghizie et au Cachemire. L’arc d’instabilité s’enfoncera comme un coin dans l’Eurasie centrale, d’où les Atlantistes menacent déjà directement la Russie et la Chine. Mais avant tout la Russie.
Tout cela pour la folie du pouvoir – au lieu d’acheter les matières premières.

KP : Pourquoi avant tout la Russie ?

A.F. : La crise du système mondial attendue augmente l’importance du contrôle des ressources de manière incommensurable. L’importance est encore potentialisée en prenant en compte les conditions de la catastrophe géo-climatique et géophysique pronostiquée. Je ne parle pas ici du « réchauffement global » mythique. Mais du recul prosaïque du courant du Golfe, du changement de la chaîne alimentaire dans les océans mondiaux (cela arrive une fois tous les 11 millénaires et demi à douze millénaires et demi) – ce sont là des bouleversements d’une dimension planétaire qui ont commencé environ au début du XXe siècle et se termineront environ dans le premier tiers du XXIIe siècle. Dans de telles conditions de crise et après une telle crise, la seule région stable avec suffisamment de ressources dans le monde est l’Eurasie du Nord, donc principalement le territoire géographique de la Russie. C’est pourquoi notre territoire devient l’une des plus importantes proies géo-historique du XXIe siècle et des siècles suivants. Les russophobes célèbres Brzezinski, Albright et d’autres Occidentaux ont déclaré à plusieurs reprises, qu’il était injuste que la Russie dispose d’un tel territoire et de telles ressources. Cela devrait appartenir à la communauté mondiale – c’est-à-dire aux élites atlantistes, qui sont organisées en loges, clubs, commissions, ordres et autres structures exceptionnelles.
Toutefois, pour cela, il est nécessaire d’obtenir le contrôle sur l’Eurasie du Nord, et le territoire pour déployer ses troupes est – l’Asie centrale. Les Américains sont déjà sur place. Bien qu’ils contrôlent déjà le Proche-Orient, ils sont néanmoins encore séparés de l’Asie centrale par la Syrie et l’Iran. Ici, la mèche qu’on a allumée en Afrique du Nord, reste jusqu’à présent interrompue et s’est éteinte. Sans la destruction de ces deux pays, les Atlantistes ne peuvent pas entamer leur combat pour l’Eurasie du Nord. Ils considèrent la Russie comme source de matières premières, la Chine comme source de main-d’œuvre, c’est-à-dire comme quelque chose de secondaire. Et si cette entité secondaire contrarie leurs plans, cela les rend fou. La solution pour la question russe et chinoise est abordée par l’Occident justement avec l’aide de l’Islam, des Arabes. Peu importe si cela se passe sous la forme d’un chaos orchestré, d’une nouvelle conquête arabe ou d’une guerre entre le Califat et les incroyants.
Fidèles à leur tradition, les Anglo-Saxons s’efforceront de monter de grands Etats et des peuples les uns contre les autres, de les affaiblir, voire de les exterminer (deux fois au cours du XXe siècle, la Russie et l’Allemagne ont été montés l’une contre l’autre), toutefois, ils s’efforceront aussi d’éliminer l’Islam. Cela se fait par sa radicalisation maximale avec le wahhabisme, le sevrage de sa force économique interne et démographique au cours des guerres eurasiennes, après quoi le monde islamique sera transformé plus tard en une sorte de Ghetto d’une nouvelle tradition, qui ne possèdera pas de propres ressources et technologies. Ceux qui ont joué dans leur enfance à « Donjons et Dragons » [un des tous premiers jeux de rôle médiéval-fantastique créé aux Etats-Unis dans les années 1970, ndt.], se souviennent probablement d’une variante d’un « Monde du soleil noir ». Les mondialistes tenteront de briser le monde islamique en une quantité de petites unités, avec lesquelles des entreprises militaires privées ou des mercenaires de multinationales arriveront facilement à extraire de ceux-ci les restes de ressources pour ensuite s’en débarrasser sur la décharge de l’histoire. L’Occident n’exercera son contrôle que ponctuellement dans des endroits avec grande concentration de ressources (par exemple, aujourd’hui déjà, le contrôle de la côte méditerranéenne de la Libye longue de presque 1800 km); le reste, on le met à libre disposition de tribus, de clans et de syndicats criminels, parmi lesquels chacun contrôlera son petit morceau. Des parties de l’Arabie saoudite, du Pakistan (séparé du Béloutchistan), de l’Iran pourront aussi devenir de tels « morceaux » – une véritable mosaïque islamique. En même temps, l’Occident a besoin de surveillants dans la région et ce rôle peut aller au Grand Kurdistan. Un seul Etat, à qui il sera permis d’être grand.

KP : Pourquoi ?

A.F. : Sur le territoire du Grand Kurdistan, si celui-ci est créé un jour, se situeront les sources de tous les grands fleuves de la région. Cela veut dire que l’époque prochaine, pauvre en eau, et suite à cela, époque de guerres pour l’eau en tant que ressource, les plus importants leviers de l’influence dans la région – comme au temps de l’Empire assyrien – seront dans les mains du peuple séculaire des Kurdes. Le Kurdistan pourrait devenir le chien de garde le plus important de la région et remplacer Israël dans ce rôle.

KP : Pourriez-vous être plus explicite concernant Israël ?

A.F. : Les perspectives d’Israël sont, dans un Proche-Orient changeant, assez diffuses. Très probablement, l’Occident démontera Israël, parce que Israël ne sera plus nécessaire, comme l’a prédit Arnold J. Toynbee encore en 1957. Certes seulement après l’évacuation du «tiers supérieur» de la po­pulation. La variante de la création d’un Grand Kurdistan et du démantèlement d’Israël n’est pas certaine à 100%, mais très probable. C’est sûr que ce n’est pas l’affaire des prochaines années.
A.F. : Que doit donc entreprendre la Russie dans la situation dramatique, qui se développe autour de la Syrie ?
A.F. : Ce que fait la Russie actuellement – c’est-à-dire soutenir la Syrie jusqu’à l’extrême, ne pas permettre qu’on l’écrase. Nous avons déjà envoyé des unités de marine de guerre, pas de grands contingents, mais mieux que rien. Si l’on doit conduire une guerre, alors on ne doit pas le faire par la quantité, mais par la qualité. De plus, le 7 juin, il y a eu des tests sur deux missiles balistiques intercontinentaux : un « Topol » (nous l’avons confirmé) et un « Bulawa » (nous ne l’avons pas confirmé, mais les Américains insistent du moins sur le fait qu’il y a eu un tel lancement). C’est un certain signe. Car la Russie est malgré toutes les réformes encore une puissance nucléaire et c’est nous, pas trop les Chinois, qui sommes considérés comme le principal adversaire par les Américains, et ils continuent et continueront à nous considérer comme tel. Nos diplomates font leur travail. La manière dont Vitali Tschurkin a parlé avec l’ambassadeur du Qatar m’a plu, je constate avec un certain plaisir l’impuissance dans la méchanceté de Madame Clinton et de quelques personnes officielles de rang inférieur du Département d’Etat, impuissance démontrée à l’égard de nos dirigeants. Il faut saluer le fait que la défense aérienne syrienne a déjà obtenu 18 unités de nos systèmes de missiles « Buk-M2 » et 36 unités de nos systèmes de missiles anti-aériens du type « Pantsir S-1 »; bientôt, il y aura encore des livraisons de systèmes S-300 et d’hélicoptères Mi-25.
Je compte beaucoup sur l’impulsion de survie des dirigeants russes et sur le fait qu’on ait tiré les vraies conséquences des destins tragiques de Milosevic, Saddam Hussein et Kadhafi. Ceux-ci ont fait d’abord confiance à l’Occident et l’ont payé de leur vie. Hamlet de Shakespeare dit à propos de « Rosencrantz et Guildenstern », «… les deux, auxquels je fais confiance comme aux vipères.» On ne doit pas faire confiance aux vipères – elles mordent mortellement, dans le sens littéral du mot. Ou elles tentent de mordre et utilisent pour cela des problèmes internes ; la Russie en a à revendre. Est-ce donc un hasard que les attroupements des « Boucles blanches » fin 2011/début 2012 coïncident avec la déclaration des dirigeants russes relative à l’affaire syrienne, de poursuivre une position dure ? Certainement pas. Ici, surgit de pleine force le problème de la « cinquième colonne » qui s’est formée chez nous au cours du dernier quart de siècle. Nous vivons dans une époque de guerre, qui a commencé avec l’attaque de l’OTAN contre la Yougoslavie et qui maintenant donne des coups de pieds à la porte de la Syrie avec les mêmes bottes de l’OTAN. Dans des temps pareils, il faut agir selon les directives des temps de guerre. Jamais personne n’a réussi à vaincre un adversaire extérieur ou à s’y opposer sans en même temps ou auparavant avoir mis sous contrôle la « cinquième colonne » ; bien entendu avec des moyens légaux, uniquement légaux. Finalement, une alliance politique et militaire internationale est nécessaire, qui est capable de maîtriser l’agresseur et de créer de la sécurité ou du moins une pause pour respirer de huit à dix ans. Pendant ce temps, la Russie peut arriver à remonter la pente et à se préparer pour la grande guerre du XXIe siècle – à la dernière grande chasse de l’époque du capitalisme, qui malheureusement est presque inévitable. A s’y préparer et à la surmonter.
Pour l’instant, il s’agit de tenir l’adversaire potentiel à l’écart et de soutenir les faibles, pour qu’ils repoussent cet adversaire qui vient de loin – ce n’est pas seulement stratégiquement, mais aussi moralement juste.
KP : Quelles sont les leçons à tirer de la Libye et de la Syrie pour la Russie ?
A.F. : Tout d’abord : n’aie jamais confiance, en aucun cas, en les dirigeants occidentaux. Ils nous considérerons toujours comme leur adversaire principal et au moment de notre faiblesse maximale, qu’ils essaient eux-mêmes de produire, ils frapperont de toute leur force et tenteront de régler la « question russe ». Un jour, Leonid Schebarschin s’est exprimé ainsi : « L’Occident ne veut qu’une chose de la Russie : qu’elle disparaisse. » La manière dont on supprime les faibles, on l’a vu à l’exemple de la Libye. La manière dont on se casse les dents sur les plus forts, on le voit à l’exemple de la Syrie.
Deuxièmement : les variantes libyenne et syrienne de l’attaque de l’OTAN montrent, comment les évènements se développeront chez nous dans le cas d’actions militaires : la guerre est menée par des mercenaires, avant tout des Arabes, mais aussi par des entreprises militaires privées. Selon le modèle syrien, on tentera de déstabiliser le Caucase et la région de la Volga : on occupe une ville ou une partie de celle-ci, on perpètre des massacres, on en appelle à l’« opinion mondiale », qui exigera à des sanctions, des contrôles, des bases militaires, (nous en avons déjà une dans l’arrière pays, c’est-à-dire la base de renfort de l’OTAN à Uljanovsk).
Troisièmement : Malgré tout le rôle décisif du facteur extérieur, l’état de l’« objet », que vise ce facteur, joue dans la situation en Syrie un rôle extrêmement significatif : un système de gouvernement inefficient, la corruption etc., tout cela agrandit la cible. De ce point de vue, la Russie est aussi très vulnérable. Nous avons des dirigeants tout aussi inefficaces, de la corruption, une économie criminalisée, une étroite imbrication entre nos dirigeants économiques et l’économie mondiale, par conséquent aussi une couche de Compradores pro-occidentaux, en même temps une couche supérieure de niveau professionnel et moral très bas, la pré-domination des intérêts de certains clans avant l’intérêt du pays. Sans parler de la décadence de l’armée, de la crise intellectuelle et morale, ainsi que de l’« usure » du potentiel humain d’une partie importante de la population.
Il est certainement vrai qu’une menace extérieure peut souder et mobiliser la population, car il en a toujours été ainsi avec la Russie, que ce soit en 1612, 1812 ou 1941. L’adversaire ne le sait que trop bien. Dans ce sens, l’article de Henry Kissinger sur la situation de la Syrie paru récemment est très intéressant : Contrairement à ses habitudes de tout exprimer clairement, il existe là une quantité d’explications diffuses, y compris des allusions au Saint-Empire romain et à la manière dont il a finalement été détruit. Pourtant, si l’on suit uniquement la pure logique de ce texte et qu’on exprime exactement ce que l’un des plus grands « instigateurs » de ce monde a insinué, on obtient ceci : Le « vieil Henry » met en garde l’Occident d’exercer trop de pression sur la Syrie, car cela pourrait avoir comme conséquence une position intransigeante de la Russie qui la pousserait à une confrontation avec l’Occident. Et cela cache le risque de perdre tout ce qu’on a récolté au cours des vingt dernières années à la suite de l’affaiblissement de la Russie. Ces résultats sont plus importants que la Syrie.
En effet, une confrontation avec l’Occident peut modifier fondamentalement la situation de la Russie et ceci dans toutes les couches sociales, mais avant tout dans la couche supérieure, qui non seulement comprendra mais aussi éprouvera à ses dépens que l’élite occidentale ne l’accueillera jamais dans son milieu, mais qu’au contraire tôt ou tard celle-ci la mangera. S’il en est ainsi, alors un changement de cours radical est nécessaire, au moins pour préserver les richesses, son statut et la vie. Les exemples de dirigeants arabes pro-occidentaux comme Ben Ali ou Moubarak montre donc la teneur en vérité de la thèse de l’excellent géopoliticien russe Alexej Jedrichin-Wandam qu’« il n’y a qu’une chose qui puisse être pire que l’hostilité avec les Anglo-Saxons : c’est l’amitié avec eux ». L’Occident, en particulier les Anglo-Saxons, ne garantissent jamais rien à personne et encore moins à quelqu’un qui a trahi son pays et son peuple. Les anciens aimaient à dire : « Roma traditoribus non premia » (Rome ne paie pas les traîtres). A vrai dire, il les payaient bien, mais seulement jusqu’à un certain moment. Ensuite, on prend des chemins différents. Cela aussi, c’est une leçon à tirer du Proche-Orient par Moscou.

KP : Quand pourra-t-on, à votre avis, s’attendre à des changements significatifs de la situation ?

A.F. : Suis-je donc un prophète ? C’est difficile dans le monde actuel, qui se situe à la croisée des chemins, d’émettre quelques pronostics. Mais si l’on part de l’état de l’économie des États-Unis, dont la rémission (dans le sens médical) sera terminée selon certaines prévisions au printemps 2013, et si l’on pense qu’on ne peut probablement pas s’attendre à des actions de grande envergure avant les élections présidentielles américaines, alors on arrive à la période entre environ décembre 2012 et février 2013.

KP : Ciel, vous nommez des dates véritablement mystiques : la fin du monde selon le calendrier des Mayas, la venue du meurtrier céleste Nibiru…

A.F. : Ce n’est pas du mysticisme, mais de la manipulation de la conscience publique, dont le détachement des problèmes réels et l’effarement jusqu’à un état dans lequel l’être humain appelle lui-même : « Je suis pour un gouvernement mondial, lui seul peut me sauver de la catastrophe, du gigantesque astéroïde, des extraterrestres …! » Encore bien plus dangereux que les extraterrestres sont ces « boys », qui vivent au-delà du Bien et du Mal et emportent l’humanité avec la cruauté impitoyable des reptiles. Ce sont eux qui s’attaquent à la Syrie et ce sont eux qu’il faut stopper maintenant à la « frontière de la Syrie ». Comme le disait Voltaire: « Ecraser les vipères » !
(Source : KP.ru ; Traduction : Horizons et Débats)

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 13:28

Aéroport Notre Dame des Landes- Lettre de doléance du cercle Nantais de l’Association pour une Constituante au Président de la République

samedi 12 janvier 2013 
par  Cercle de Nantes 

Nantes, le 20 Décembre 2012

Le Cercle Nantais de l’Association pour une Constituante Siège social : Chez M, Daniel LEPAGE 23, rue du Château 44000 NANTES www.pouruneconstituante.fr/ à Monsieur le Président de la République Palais de l’Elysée 55, rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 PARIS

Objet : Projet d’aéroport de Notre Dame des Landes

Monsieur le Président,

Le Cercle Nantais de l’Association pour une Constituante émet la doléance suivante sous forme de lettre ouverte adressée à votre haute autorité en tant que Président de la République ainsi qu’aux différentes autorités et personnalités publiques concernées de près ou de loin par le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes.

Par ce motif, sur la base de notre attachement aux principes républicains que nous ont légués nos vénérables anciens depuis plus de deux siècles, nous vous demandons d’intercéder auprès du Syndicat mixte de l’aéroport du Grand Ouest, afin qu’il nous fournisse de manière publique et transparente un certain nombre d’informations concernant une opération de lobbying, objet d’un appel d’appel d’offres lancé, apparemment sans débat démocratique, par ledit syndicat. Nous souhaitons en effet être éclairés en tant que citoyens libres et responsables sur trois ou quatre points, énumérés ci-dessous, qui paraissent essentiels à connaître et à débattre en ces temps d’incertitude sur la survenue du pic de pétrole conventionnel bon marché.

Ce pic de production semble faire consensus même auprès du PDG actuel de Total. Seule fait débat la date de ce pic, suivi d’un plateau oscillant au fil de l’exploitation de nouveaux gisements mais avec une tendance à une baisse progressive et inéluctable : 2006 pour les uns, 2015 voire 2020 2025 pour les autres. Ce pic en relation avec l’augmentation prévisible de la demande des pays émergents engendrera selon toute vraisemblance un doublement voire un triplement du prix du baril passant dans la décennie qui vient à 200 voire 300 $ sinon plus. Sans jouer les Cassandre, quel avenir pour l’aviation civile dans ces conditions ?

Pour revenir à notre démarche et à nos questions, nous n’attendons guère de réponses par les campagnes publicitaires de lobbying que seules les grandes structures publiques ou privées peuvent se permettre, ici avec des fonds publics. Malgré ce constat, nous sollicitons, grâce à votre intervention, des informations précises sur les trois ou quatre questions suivantes, relayant celles qui ont été posées par des personnalités aussi respectables que, par exemple, Mme Corinne Lepage, ancien ministre :

1 Qu’est-il prévu dans le contrat de concession comme compensations financières à verser au concessionnaire AGO Vinci si le projet venait à être abandonné, sur décision politique ou compte tenu d’aléas techniques (nature géologique du sous-sol, problématique de la ressource en eau), voire juridiques (Union Européenne).

2 Existe-t-il des compensations financières au profit du concessionnaire AGO Vinci pour couvrir une insuffisance de bénéfices, due à une baisse de fréquentation, en raison des conséquences du pic pétrolier avec hausse des tarifs conjuguée à la baisse prévisible du pouvoir d’achat des classes moyennes utilisant l’avion comme moyen de transport à usage loisirs-tourisme.

3 Les scénarios de développement de ce projet d’aéroport ont-ils pris en compte les hypothèses d’évolution du prix du baril de pétrole à 10 ans, 15, 20 et plus sur 55 ans de concession. A-t-on envisagé les risques de faillite rapide à l’exemple de ce qui s’est passé pour un aéroport dans la province du Québec et plus récemment en Espagne ?

4 Qu’en est-il aussi des situations économiques de certains aéroports pour le maintien desquels divers Conseils régionaux semblent subventionner, contrairement aux règles européennes, des compagnies « low cost ». Quelle est la politique du Conseil Régional des Pays de Loire sur ce sujet, et le cas échéant des autres collectivités locales et établissements publics de coopération intercommunale ?

En tant que citoyens, nous sommes en droit d’avoir des réponses précises à ces questions importantes. Nous espérons que l’opération de lobbying engagée par le Syndicat mixte de l’Aéroport du Grand Ouest par le biais de cet appel d’offres ne se contentera pas d’être une simple opération publicitaire destinée à justifier la politique du court terme pour un projet qui semble à première vue contestable sur les plans de la rentabilité économique et de la protection des intérêts des citoyens de notre République. Et encore, nous laissons de côté la dilapidation accélérée des terres agricoles, l’absence de transparence démocratique sur la conclusion du contrat de concession signé par le précédent gouvernement et approuvé apparemment en son entier par l’actuel. Bien sûr, nous laissons aussi de côté l’environnement policier, digne d’une situation d’état de siège dont nous, citoyens de Nantes et de Loire-Atlantique, avons chaque jour la vision depuis plus de deux mois.

Par ailleurs, au lieu d’une telle opération de lobbying, à fonds publics perdus, comme les pleines pages de publicité sur les média nationaux et locaux, n’aurait-il point été préférable d’engager un véritable débat citoyen non seulement sur le projet mais aussi sur le devenir des transports dans la perspective du pic pétrolier. Comment se satisfaire d’une simple commission du dialogue qui ressemble plus à une commission d’enregistrement de décisions irrévocables qu’à un vrai débat démocratique. Nous pourrions en dire autant de la commission sur la transition énergétique dont la composition bafoue les principes élémentaires du débat démocratique qui ne saurait se réduire à des débats d’experts.

Ce n’est pas à coup de matraques que se défend la République, mais par le débat avec l’ensemble des citoyens que, malheureusement, la Constitution actuelle limite à sa plus simple expression, raison de notre engagement en faveur d’une Constituante par le Peuple et pour le Peuple pour affronter notamment les défis énormes de ce début de siècle. Ce n’est pas avec les idées et les méthodes du siècle précédent que notre pays affrontera avec sérénité ces défis.

Pour conclure nous vous invitons avec tout le respect dû à votre fonction à consulter le site de l’Association pour une Constituante : www.pouruneconstituante.fr/

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre considération distinguée ainsi que nos salutations citoyennes et respectueuses.

Pour le Cercle Nantais de l’Association pour une Constituante

Yannick Moulinier Ingénieur Civil des Mines

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 17:05

Depuis la victoire de Mitterrand en 1981, le PS n'aura cessé de s'éloigner du peuple. Bertrand Rothé retrace l'histoire de ce divorce dans un livre implacable à paraître ce jeudi 10 janvier : «De l'abandon au mépris». Extraits.


(Lionel Jospin - FACELLY/SIPA)
(Lionel Jospin - FACELLY/SIPA)
De l'abandon au mépris, c'est un bon titre pour raconter comment le PS a tout fait pour que la classe ouvrière n'aille pas au paradis. Sur ce sujet douloureux, notre collaborateur Bertrand Rothé a écrit un livre simple, direct, efficace, construit comme un documentaire de Dziga Vertov (1896-1954), mêlant coupures de presse et études approfondies, pour nous remettre en mémoire l'histoire du «réalisme de gauche», cette maladie infantile des modernisateurs qui rognent sur l'idéal pour ne plus avoir à se soucier de la justice sociale et pour renvoyer le peuple dans les cordes.   

Il a écrit un livre sur la traîtrise de cette «gauche divine» qui, en deux générations à peine, est passée, comme disait avec humour Jean Baudrillard, de «la lutte enchantée à la flûte finale». Car il aura fallu jouer bien des airs pour en arriver à trahir à ce point la classe ouvrière et à se mettre à dos les classes populaires – qui, contrairement à une idée reçue, ne sont pas majoritaires au sein de l'électorat FN –, pour être sûr de ne pas désespérer Bruxelles et les actionnaires des firmes mondialisées. 

Bertrand Rothé pratique avec tact cet art de la superposition. Il fait converger les éléments factuels, les fermetures d'usines depuis le 10 mai 1981, par exemple, avec les choix stratégiques des hiérarques socialistes, sans oublier la cohorte d'intellectuels, d'économistes, de communicants – Alain Touraine, Michel Wieviorka, Daniel Cohen, pour ne citer qu'eux –, qui ont laissé croire que la désindustrialisation de la France était inéluctable, avant que le ministre du Redressement productif n'affirme le contraire. Aussi est-ce avec un certain vague à l'âme que l'on referme son livre en gardant à l'esprit les noms de la Chiers dans les Ardennes, Vilvorde, Lejaby, Cellatex, et maintenant Florange et PSA, comme autant de symboles d'un monde ouvrier déchu, trahi par les siens, cette gauche sans le peuple, incapable de gouverner avec lui, mais qui se fait simplement élire encore grâce à lui en 2012. Jusqu'à quand ? 

Philippe Petit 


EXTRAITS 

Vilvorde, le point de rupture 

L'histoire commence alors que le Parti socialiste est encore dans l'opposition. En février 1997,Renault annonce la fermeture de son usine de Vilvorde, en Belgique. L'événement est très médiatisé. «Trois mille travailleurs... jetés à la rue»«Renault Vilvorde l'intolérable», titre leSoir de Bruxelles. Dès le lendemain, la presse française emboîte le pas. Le Monde lui consacre 43 articles entre mars et juin, Libération, un peu plus. Il faut dire que Louis Schweitzer, l'ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius devenu le patron de la Régie, ne fait pas dans la dentelle (l'homme dont l'actuel gouvernement aurait souhaité qu'il représente l'Etat chez PSA...). Quelques jours après l'annonce de la fermeture de l'usine belge, il remet le couvert : 3 000 suppressions de postes en France. 

La réaction du premier secrétaire du PS est instantanée. Lionel Jospin, en charge de l'opposition, demande que l'entreprise et le gouvernement reconsidèrent leurs positions. Cette décision est «financièrement, industriellement et socialement aberrante, alors que le groupe Renault a récemment investi 1,4 milliard de francs [210 millions d'euros] dans la modernisation» de l'usine belge. Se rend-il compte que ses déclarations vont l'engager, pour ne pas dire l'obliger ? Le PS a besoin de renforcer son ancrage à gauche pour les prochaines batailles électorales. Lionel Jospin décide donc de mouiller sa chemise. Le 16 mars, il participe à la manifestation européenne pour l'emploi à Bruxelles. «On a été trop loin dans le sens du libéralisme. On prend en compte les contraintes économiques et on oublie les contraintes sociales... Il faut faire une place au social dans la bataille économique que l'Europe doit conduire», déclare-t-il à la télé. 

Pendant la campagne législative qui se déclenche donc inopinément, Lionel Jospin ne renie pas son discours ni sa manifestation bruxelloise. Il va même plus loin. Le 29 mai, lors de son dernier meeting à Lille, il reçoit une délégation syndicale et lui répète : «En tant qu'actionnaire de Renault, les représentants de l'Etat au conseil d'administration exigeraient que d'autres mesures soient envisagées, étudiées et préparées, pour résoudre les difficultés qui peuvent exister en matière de coût de production de l'usine de Vilvorde.» Voilà qui fait chaud au cœur du monde ouvrier. Pourtant, à bien écouter, les mots ont déjà changé. Comme à chaque fois, les ouvriers espèrent. C'est tellement humain. Ils se répètent les arguments suivants : 

Le PS n'osera jamais abandonner les ouvriers de Renault. Les syndicats se rappellent les grands discours historiques : «La forteresse ouvrière»«Renault, vitrine sociale»«Il ne faut pas désespérer Billancourt». 

Le PS n'osera jamais abandonner les ouvriers de Renault. D'autant plus qu'en 1994 la droite a commencé à privatiser la Régie. 

Le PS n'osera jamais abandonner les ouvriers de Renault. C'est pour le PS le moyen d'affirmer son nouvel engagement. De montrer qu'il a su tenir compte de ses erreurs passées. 

Le PS n'osera jamais abandonner les ouvriers de Renault. Car l'Etat a encore les moyens d'intervenir sur cette décision. C'est un actionnaire important. Avec 44,2 % du capital de l'entreprise, ses voix associées à celles des salariés lui donnent le pouvoir de refuser la fermeture de l'usine belge. 

L'engagement ne dure que le temps de l'élection. Quelques jours après la victoire, le 6 juin, le ton change. Le nouveau Premier ministre est en Suède, à Malmö, où il assiste à une réunion des socialistes européens : «J'ai une sensibilité en tant que responsable politique, mais je ne peux pas apporter une réponse à une question industrielle.» Il bisse le lendemain en Belgique. Le nouveau chef du gouvernement fait savoir à son homologue belge que, «sur le dossier Vilvorde, ce n'est pas le gouvernement français qui décide». La messe est dite. 

C'est fini, mais il faut bien y mettre les formes. Quelques jours plus tard, à la demande du gouvernement, le président de Renault nomme une mission pour proposer des alternatives à la fermeture pure et simple. La stratégie du gouvernement socialiste est claire : il faut faire durer l'espoir jusqu'aux vacances. Comme par hasard, l'expert remet son rapport le jour des départs, un samedi qui plus est. Le conseil d'administration tranche. Il confirme : Vilvorde doit fermer. Le gouvernement s'abstient de tout commentaire. Seule Martine Aubry, «en tant que ministre de l'Emploi», s'engage à «regarder la qualité du plan social». Fermez le ban. 

Pour compenser, sans doute, le gouvernement annonce, le 1er juillet, une augmentation du Smic de 4 %. Une invitation à faire le deuil de 6 000 emplois en France et en Belgique. 

Que s'est-il passé pour que le Premier ministre se plie si rapidement au «réalisme de gauche» ? Personne ne croit que le dossier était à ce point avancé qu'on ne puisse «revenir en arrière sur un plan industriel», comme tenta de le faire croire Lionel Jospin. 

DSK entre en scène 

La réponse se trouve du côté de Bercy et de la conversion de DSK, ministre de l'Economie, aux privatisations. Dans ce domaine, les ambitions du gouvernement deviennent rapidement très importantes, voire énormes, et pour cela il lui faut des investisseurs. Or les temps ont changé depuis le début des années 90, la mondialisation financière est en marche ; 30 % des actionnaires de Renault sont étrangers, il s'agit essentiellement des fonds de pension, dont Templeton Global Investment, l'un des monstres américains. Ces institutions financières ne souhaitent pas que les gouvernements se mêlent de la gestion des entreprises. Ils le font savoir immédiatement. 

Pas besoin de diplomates, ni d'ambassadeurs, ni de discours, et encore moins d'un dessin : le lendemain de l'arrivée de Lionel Jospin à Matignon, l'action Renault perd 21 % de sa valeur. Les premiers de la classe qui entourent DSK comprennent instantanément. L'information remonte dans l'heure à Matignon... «Sur le dossier Vilvorde, ce n'est pas le gouvernement français qui décide.» En d'autres mots, il ne faut pas se fâcher avec ceux qui détiennent le pouvoir, le vrai. Templeton se montre magnanime. Le gouvernement a plié, il a droit à une récompense. 

Le 1er août, le fonds annonce que sa participation a franchi les 5 % chez Renault. Un investissement judicieux et fructueux puisque, en 2008, le constructeur au losange annonce un bénéfice de 8,8 milliards de francs (1,34 million d'euros), le deuxième plus gros de son histoire. Le fonds participera ensuite aux privatisations, tout à son bénéfice. 

Entre le PS et la classe ouvrière, il y aura désormais un avant et un après Vilvorde. 

La fermeture de Vilvorde doit beaucoup à l'Europe. Le gouvernement socialiste décide de continuer les privatisations parce qu'il s'est très vite aperçu que la conjoncture économique ne lui permettra pas de tenir les engagements de Maastricht. Son soutien aux actionnaires et à l'Europe se mesure également à la baisse de la fiscalité des sociétés. Moins pour l'Etat, plus pour les fonds. Du sarkozysme avant l'heure, on l'a trop oublié. DSK va ainsi tenter de réduire les prélèvements obligatoires sur les stock-options, au prétexte d'éviter le départ des sièges sociaux. Le ministre des Finances veut revenir sur une décision d'Alain Juppé, qui avait augmenté leur fiscalité, la jugeant beaucoup trop faible. Le ministre socialiste propose de baisser l'impôt sur les plus-values de 40 à 26 %. En prime, les heureux propriétaires auront le droit de jouir de cette fiscalité ultra-avantageuse au bout de trois ans, contre cinq ans précédemment. Un vrai jackpot pour les managers. Mais trop, c'est trop. Les communistes et les écologistes protestent. Pour finir, un amendement socialiste envisage d'augmenter le taux d'imposition à 54 %, c'est-à-dire de revenir à une fiscalité de droit commun. Face à cette offensive, DSK retire son projet. Au Medef, on ne lui en veut pas trop, bien au contraire : «Il est infiniment plus libéral qu'Arthuis et plus pragmatique que Madelin.» 

C'est compliqué, une usine 

Retrouver un travail, qu'ils disent ! Mais, même pour les ouvriers sans qualification, c'est difficile. C'est compliqué, une usine. Un outil mal placé : deux fractions de seconde perdues. Avec son talent, Robert Linhart le met en mots : «Là, j'inonde le métal d'étain pour avoir tenu le chalumeau trop près du bâton et trop longtemps. [...] Là, je ne mets pas assez d'étain et la palette fait réapparaître la fissure qu'il fallait recouvrir. [...] Je m'embrouille dans l'ordre des opérations : il faut mettre les gants pour le coup de chalumeau, les enlever pour le coup de palette, ne pas toucher l'étain brûlant à mains nues, tenir le bâton de la main gauche, le chalumeau de la main droite, la palette de la main droite, les gants qu'on vient d'enlever dans la main gauche, avec l'étain.» Il ne faut pas «couler» la chaîne. 

Et le vocabulaire ! C'est complexe, une usine. «Tu me gerbes cinq caisses au HN1.» Comment fait-on quand on ne sait pas ce que cela signifie ? Qu'est-ce que c'est qu'une caisse ? Et où est le HN1 ? Et cela sans compter les apprentissages sociaux. 

La plupart des camarades sont fiables, d'autres moins, quelques-uns pas du tout. Auquel puis-je me confier ? Comment le chef d'équipe va-t-il réagir à mes problèmes de prostate ? Le chef d'équipe «fait beaucoup de bruit, mais ce n'est pas le mauvais gars. Ce qu'il y a, c'est qu'il a peur de Gravier, le contremaître». 

«De l'abandon au mépris», Le Seuil, 264 p., 19,50 €. 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 09:01

 

Republique-et-Socialisme.jpg 

 

 

 

 

 

 Lettre ouverte aux parlementaires de gauche

à l’Assemblée Nationale et au Sénat

 

 

« BIEN VIEILLIR EST TOUJOURS UN DEFI MAJEUR DE NOTRE SOCIETE »

 

 

 

 

Mesdames, Messieurs les Députés,

Mesdames, Messieurs les Sénateurs,

 

 

 

 

Le vieillissement de la population est tout à la fois une chance et un défi majeur pour notre société, qui appelle une vision politique et sociétale ambitieuse et volontaire. Si la politique du gouvernement précédent n’est pas sérieusement remise en cause par la majorité actuelle, nous risquons d’assister à une baisse sensible de la qualité des prestations et à un rationnement des soins envers les personnes âgées.

 

Comme beaucoup de français, République et Socialisme ne peut se satisfaire de l’immobilisme actuel. En effet aucune remise en cause des mesures qui tendent à la maîtrise purement comptable des enveloppes budgétaires des structures n’a été faite. Bon nombre de directeurs de structures médicosociales n’arrivent plus à élaborer des budgets équilibrés.

 

Pour République et Socialisme les établissements doivent être soutenus : 

L’abandon progressif de la qualité au profit de choix exclusivement budgétaires dans la contractualisation entre l’Etat et les établissements.

Jusqu’à présent, la loi instituant les conventions tripartites (Etat – département – établissement) et le cahier des charges de ces mêmes conventions (avril 1999) prévoyaient que les moyens des établissements devaient être corrélés d’une part au besoin d’aide des résidents, et d’autre part à des objectifs de renforcement de la qualité. 

En instituant une méthode de calcul de l’allocation de moyens des établissements totalement déconnectée de la qualité, et basée uniquement sur des indicateurs de pathologie et de perte d’autonomie, l’Etat donne un coup d’arrêt à la dynamique de qualité contractualisée développée dans les établissements depuis 14 ans. Les négociations budgétaires et tarifaires prennent désormais le pas sur la qualité basée sur les projets de vie des personnes accompagnées. 

 

Une baisse de moyens inexplicable pour certains établissements

La méthode de calcul des dotations aux établissements arrêtée par l’Etat est plafonnée à des niveaux très inférieurs aux objectifs fixés par ailleurs dans les plans gouvernementaux tels que le Plan Solidarité Grand Age ou le Plan Alzheimer 2008-2012… « Expérimenter la présence d'infirmières de nuit formées aux soins palliatifs » dans le plan de développement des soins palliatifs 2008-2012. Alors que ces plans prévoient de renforcer les effectifs en personnel qualifié pour améliorer l’accompagnement de nos aînés, l’Etat a plafonné les dotations relatives aux soins au niveau des dotations moyennes actuelles des établissements. Ce sont ainsi plusieurs centaines d’établissements qui sont considérés comme « sur-dotés » ; ces établissements vont-ils être contraints de licencier une partie de leur personnel soignant ? 

En outre, les plafonds fixés par l’Etat correspondent à un ratio global d’encadrement d’à peine plus de 1 salarié pour 2 résidents. Or cet objectif est insuffisant au regard des besoins et des ratios actuellement observés sur le terrain(le plan Alzheimer prévoit 1 salarié pour 1 résident).

De plus les conventions tripartites devaient être un moyen d’allouer équitablement des moyens aux établissements, or le nivellement se fait par le bas. 

Afin nous ne pouvons que nous étonner que ce soit les mêmes qui promettent des plans ambitieux et font des « coupes claires » dans la réalité budgétaire.

 

Les démarches qualité et de prévention mises à mal

Outre la suppression de toute référence qualité dans ses calculs, le système de convergence tarifaire conduit à un abandon forcé des démarches de prévention dans les établissements. L’Etat impose des établissements l’application des recommandations de bonnes pratiques publiées par l’ANESM (Agence Nationale de l’Evaluation et de la qualité des établissements et Services Médico-sociaux), et notamment celles portant sur l’accompagnement Alzheimer, dont la mise en œuvre doit conduire à une amélioration de l’état de santé des résidents. Or, comment mettre en œuvre ces recommandations sans les moyens correspondants ? 

Les évaluations internes et externes des établissements médicosociaux font ressortir des manques en matière de prise en charge, de sécurité… parce que les structures n’ont pas les moyens de respecter ces recommandations. Les plans d’action, qui suivent ces évaluations, doivent être financés. Sinon, nous nous retrouverons avec certains mouroirs… Mais les gouvernements préfèrent fermer les yeux… les projets de l’ANESM sont, donc, de la poudre aux yeux… 

 

Pour République et Socialisme,  il faut mettre les moyens pour  le maintien à domicile :

Le soutien à domicile des personnes âgées recouvre un champ de prestations très vaste, tel que l’accompagnement dans les gestes de la vie courante ou dans les activités domestiques, le transport accompagné ou encore le portage de repas, les activités sociales, les soins… Pourtant, les pouvoirs publics ne proposent pas de solutions structurantes face aux difficultés financières que rencontrent actuellement les services d’aide, de soins ou d’accompagnement à domicile et les personnes âgées accompagnées. 

Les services d’aide et d’accompagnement à domicile ayant fait le choix de la qualité des prestations et de la qualification de leur personnel se voient aujourd’hui pénalisés par une tarification ne prenant pas en compte ces coûts. 

L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) se révèle bien souvent insuffisante pour financer le maintien à domicile des personnes âgées les plus fragilisées : « l’importance du reste à charge pour les personnes les plus démunies et les plus dépendantes limite fortement les possibilités de maintien à domicile. » - Rapport public annuel de la cour des comptes du 4 février 2009 et rien n’a changé….en 4 ans. Les Conseils Généraux sont asphyxiés.

 

Pour République et Socialisme le coût toujours plus élevé restant à charge des résidents et de leurs familles doit être dénoncé :

La réduction des dotations soins organisée risque fort de se répercuter sur le coût de l’hébergement payé par les résidents, lequel devient alors la seule variable d’ajustement pour pallier les carences du dispositif. 

 

 

Le gouvernement de Gauche doit mettre les moyens pour une politique volontariste envers les personnes âgées :

 

Pour l’amélioration de la prise en charge dans les établissements : 

- Allégement de la part de financement pour les résidents et les familles ; aujourd'hui le coût d'un établissement, supporté par le résident et sa famille, est en moyenne de 1800 euros par mois. il dépasse ainsi très souvent les possibilités financières des personnes puisque le montant moyen des retraites est de l’ordre de 1000 euros par mois. 

- Création de 500.000 emplois prévus au service des personnes âgées ; l’aide aux personnes âgées est un formidable vivier d’emplois pour l’avenir ; il s’agit en outre d’emplois non délocalisables et équitablement répartis sur l’ensemble du territoire. L’aide à l’autonomie ne doit pas être considéré  comme une charge ou une source de dépenses publiques incontrôlables, mais davantage comme un engagement éthique et un investissement économique générant un formidable retour sur investissement pour l’ensemble de l’économie du pays, vecteur de l’aménagement du territoire et de solidarité intergénérationnelle. 

- Modernisation des établissements et professionnalisation les équipes ; il faut que les établissements restent des lieux de vie, de prévention et de soins. 

- Application de la réglementation et des recommandations de l’Etat ; nous demandons l’application des Plan Solidarité Grand Age et du Plan Alzheimer, avec les moyens nécessaires correspondants ; la possibilité de mettre en œuvre toutes les recommandations de bonne pratique initiées ou publiées par les professionnels et les pouvoirs publics ; 

- Réviser les modalités de mise en œuvre des outils d’évaluation de la dépendance et des pathologies (AGGIR et Pathos)

 

Pour le maintien à domicile : 

- Un droit opposable du vivre décemment à domicile pour les personnes,

- Un vrai financement de l’aide à domicile comprenant la qualité des prestations et la professionnalisation des personnels,

- Des tarifs décents pour les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), pour notamment permettre d’assurer une continuité de service à l’égard des personnes les plus fragilisées. 

 

République et Socialisme pense que la reconnaissance de la gérontologie comme une spécialité pour tout le personnel soignant (IDE, AS, animateur, AMP…) est une priorité.

 

République et Socialisme souhaite que la question de la perte d’autonomie soit enfin discutée :

Depuis 1945, tous les risques couverts par la Sécurité Sociale relèvent de la solidarité nationale, c’est-à-dire d’une contribution de chacun en fonction de ses moyens et de la redistribution en fonction de ses besoins : c’est un héritage du Conseil National de la Résistance.

Le terme même de « dépendance » doit être défini : parle-t-on de la dépendance de la personne âgée ? Ce qui risque de stigmatiser une partie de notre population la plus âgée… Parle-t-on de perte d'autonomie ? Alors il faut prendre en compte les personnes en situation de handicap quel que soit leur âge.

D'où une réflexion importante que nous devons mener dès à présent : aller vers la convergence des prestations, c'est ce qu'avait prévu la loi du 11 février 2005 qui prévoyait dans un délai de 5 ans une convergence des dispositifs publics de prise en charge des personnes handicapées de moins de 60 ans et des personnes âgées de 60 ans et plus… dites « dépendantes ».

Le problème, si tant est que ce soit un problème, de la perte d’autonomie doit être envisagé sous plusieurs aspects : philosophique d'abord et économique ensuite. Sur le plan philosophique, il faut réfléchir sur la place que l’on veut donner à la personne en perte d’autonomie, quels sont les besoins et les attentes de cette personne, il faut également voir cette personne dans sa globalité. Sur le plan économique il est bien entendu que nous devons « accepter » la seule solidarité nationale.

La question de la prise en charge de la « dépendance » ne peut être réduite uniquement au cinquième risque. Il s'agit vraiment d'un enjeu de société. Cette politique en faveur des personnes en perte d'autonomie doit impérativement mettre en parallèle le développement de la prévention. Elle doit pouvoir répondre à un besoin des personnes vivant à domicile et donner des moyens aux structures pour pouvoir accompagner les personnes en perte d’autonomie de manière efficace.

 

République et Socialisme est intéressé de connaitre votre analyse de ce problème majeur de société. Il ne pourra être fait l’économie d’un débat national, aussi nous souhaiterions que vous puissiez demander un grenelle de la solidarité envers nos personnes âgées et les personnes en situation d’handicap.

 

En attendant d’avoir votre avis et votre position sur ce sujet, Mesdames, Messieurs les Députés, Mesdames, Messieurs les Sénateurs, nous vous assurons de nos meilleurs sentiments.

 

Pour le Secrétariat National,

Bruno VALENTIN 

Secrétaire National à la Santé République et Socialisme 

58 rue du 11 novembre

12000 RODEZ

06 16 98 82 14

b.valentin4@orange.fr

 

 

Paris le 07/01/13

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 10:33

La Constituante : Pourquoi ? Comment ?

mercredi 26 décembre 2012 
par  Alain Persat 

Le pourquoi d’une Constituante a déjà largement été développé sur ce site. mais il mérite d’être toujours plus rappelé tant il s’agit d’une Révolution dans les esprits, dans la manière de penser.

Par ailleurs, nombreux sont les citoyens qui, tout en étant d’accord sur l’objectif, se demandent comment faire en sorte que les constituants ne soient pas identiques aux élus sortants.

notre ami Alain Persat, membre du cercle de Marseille, essaye dans le texte ci-dessous d’approfondir cette questions. Il ne l’épuise évidemment pas. Il n’est qu’un élément de débat. Nous attendons donc les réactions, les contradictions, voire des textes concurrents.

 

***

Le but de la loi est de permettre à tous les citoyens de vivre en bonne harmonie malgré leurs différences de comportements et d’aspirations.

Comme l’exprime le préambule de la constitution Suisse, la réussite d’une démocratie se mesure au bien être du plus faible de tous ses citoyens.

Mais peu à peu la loi obéissant au principe du suffrage majoritaire ne s’est préoccupée que de la majorité d’entre eux, oubliant les autres, cette majorité pour assurer son bien-être et un peu par paresse a délégué ses compétences par la démocratie représentative, à une « élite » qui à son tour s’est plus soucié de son propre intérêt que celui de la majorité qui lui a confié le pouvoir.

L’argument efficace étant que puisqu’ils étaient l’élite choisie par la nation, ils avaient les compétences pour décider de ce qui est bon pour elle, ainsi ce qui est bon pour la nation devenait avant tout être bon pour ses élites afin qu’elles assurent la meilleure gestion possible. Enfin la transmission de cette pratique conduit à une reproduction de cette prétendue compétences, créant une classe dirigeante héréditaire.

Il ne reste plus à la loi que le but primordial, de favoriser ces dirigeants qui l’écrivent pour eux-mêmes. La loi ne permet donc forcément plus la bonne harmonie entre tous les citoyens.

Quand la loi est injuste, quand elle devient foncièrement immorale en renforçant les injustices au lieu de les combattre, ce n’est plus une loi puisqu’elle n’est plus l’expression de tous les citoyens. Cette loi du plus fort n’est plus l’expression de la souveraineté du peuple, mais l’expression de sa soumission. Surtout quand elle se décore de toutes les apparences déguisant cette usurpation du pouvoir sous des formules d’autant plus républicaines que leur application produit le contraire.

Ainsi sous prétexte de démocratie, l’élection d’un Président au suffrage universel uninominal à deux tours permet aux puissants à coup d’argent et de médias de choisir le président ayant tous les pouvoirs pour réaliser la politique de leur choix. La preuve est apportée par la réussite de ceux qui savent rassembler le plus d’argent.

Puisqu’aujourd’hui la loi a perdu ses priorités et ne représente plus la volonté populaire, il devient nécessaire de changer de loi. La loi fondamentale doit donc être remplacée par le travail législatif d’une constituante.

Mais comment désigner une assemblée constituante sans risquer de tomber dans le piège du mode d’élection de l’ancienne loi construite précisément dans le but de produire un pouvoir soumis aux puissances d’argent s’exprimant via la puissance de leurs outils médiatiques ?

Et si nous refusons cette loi actuelle, comment désigner les participants à cette constituante « hors la loi », sans définir un minimum de règles entre citoyens. Nous sommes dans le paradoxe de devoir appliquer des règles illégitimes pour pouvoir écrire une loi nouvelle et légitime. Mais sans légitimité pour écrire cette loi de représentation, toute assemblée constituante devient illégitime et la nouvelle constitution reste illégitime.

Essayons de trouver des pistes de solution :

La solution doit être trouvée dans la volonté populaire. Chaque assemblée citoyenne définira, de ce fait, ses propres règles, quitte à ce que chacune d’entre elle ait des règles différentes. L’émanation hétéroclite de toutes ces initiatives peut permettre de rassembler suivant les règles de chacune, des représentants, toujours contrôlés en permanence par leurs assemblées respectives, capables de produire un texte constitutionnel, surtout si la volonté d’aboutir est supérieure aux susceptibilités individuelles. Si chacun d’entre nous préfère agir pour le bien de tous plutôt que d’avoir la satisfaction personnelle de voir appliquer ses propres solutions alors cet espoir est envisageable.

Reste un autre problème, dans cette soupe démocratique primordiale, les prédateurs ont souvent la part belle, mafias, organisations politiques structurées, mouvements religieux, savent vite s’imposer mieux que les structures informelles. Les révolutions arabes le montrent chaque jour. L’unité artificiellement construite à la soumission envers un ordre quelconque crée plus facilement un groupe d’influence que l’éparpillement des imaginations individuelles. Quand l’idée neuve est forcément minoritaire, la loi du plus grand nombre devient logiquement conservatrice.

Personne n’a jamais pu démontrer que le plus grand nombre avait raison, le seul avantage de ce plus grand nombre est qu’il produit un moins grand nombre de mécontents. Malheureusement il est facile et tentant pour cette majorité de faire sa réussite en exploitant une minorité condamnée au silence. La montée du nazisme a su faire croire à une richesse en exploitant les richesses des plus faibles. De même la richesse actuelle de la France devrait mieux remercier l’immigration qui y a contribué.

Cette idée n’est pas une critique du suffrage universel, qui reste l’expression directe de l’ensemble de la population. Cependant la logique actuelle de ce suffrage consiste à ne décider d’un seul choix ou d’un seul candidat parmi tous, il existe beaucoup d’autres façons d’organiser un suffrage, qui méritent d’être explorée. Ensuite, ce suffrage universel étant censé être la « vox populi » définitivement (du moins jusqu’au prochain suffrage), plus rien ne peut le corriger même pas le peuple lui-même qui est censé se taire après avoir donné sa voix. Un suffrage en continu est une piste possible, le contrôle des engagements des élus entrainant une révocation possible, un découpage de circonscription différent peut aussi être réfléchi, bref tout est à reconstruire avec imagination et esprit critique.

Pour éviter le piège d’une majorité refusant les apports des idées minoritaires, une constituante se doit de donner la parole à tous les courants de pensée, même les plus méprisables, mais doit en même temps refuser d’accorder plus de poids à une parole sous prétexte qu’elle est majoritaire. Le dialogue doit rester ouvert entre citoyens, et refuser la logique de partis qui cherchent plus çà faire « poids » par leur unité (souvent sur une motion obtenue par soustraction de toutes les divergences).

Oui ce sera difficile de trouver une réponse valable pour tout le monde, mais le but d’une constituante n’est pas d’apporter une réponse mais de construire des règles pour permettre les débats entre toutes les réponses. Alors trouver une logique de représentation et de débats dissociant les apports des idées toujours minoritaires, des décisions nécessairement majoritaires, mais avec des droits de veto non bloquants des minorités, voilà un sacré défi que doit relever la future assemblée constituante.

Une assemblée nationale n’est pas organisée pour faire appliquer telle ou telle solution, pour définir une règle économique ou organiser un dialogue entre des partis, elle est là pour permettre à tous les représentants d’un peuple de débattre des différentes solutions exprimées possibles, pour décider éventuellement des priorités d’actions profitables pour tous et surtout au plus faible de tous ses citoyens.

Alain Persat ( www.trazibule.fr 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 09:33

 

L'Etat de nouveau au secours des banques ! Repris sur le blod d'Eldiablo.

Mardi 1 janvier 2013

L'Etat de nouveau au secours des banques !

Quand ça va mal, les citoyens passent à la caisse, quand ça va bien, les banquiers et leurs actionnaires se remplissent les poches.

 

On pensait que c’était le passé… mais la crise continuant et s’approfondissant, les Etats continuent de mettre la main à la caisse pour « sauver les banques » et combler les trous fabriqués par les politiques ultralibérales de recherche du profit maximum développées par les capitaines de l’industrie bancaire qui s’autoproclament « professionnels ».

Le 31 décembre 2012, la Commission européenne vient, en effet, de valider un nouveau plan pour tenter de sortir une nouvelle fois l’énorme banque Dexia du rouge, et l’empêcher de faire effondrer le système (L’Express.be).

 

Ce plan d’urgence, qui s’apparente à une nationalisation, mais une nationalisation des pertes, était proposé conjointement par les Etats belge, français et luxembourgeois.

Il s’agit, d'une part, de procéder à une augmentation de capital de 5,5 milliards d'euros de Dexia SA, l’argent étant fourni par la puissance publique (c'est-à-dire par les citoyens !).

 

Avec cette augmentation de capital, les Etats contrôleront désormais 94% du capital de Dexia. D'autre part, il s’agit aussi d’accorder une nouvelle garantie prétendument « définitive » de refinancement de Dexia Crédit Local. Le plafond de cette garantie s'élèvera à 85 milliards d'euros.

 

On ne cesse donc d’aller de déconvenues en déconvenues dans le dossier Dexia. On connaissait déjà l’existence d’une « bad bank » d’un montant de près de 100 milliards d’euros, lourde de pertes potentielles, et qui ne pourrait être totalement liquidée avant… 2099. Ce chiffre déjà impressionnant s’avère largement donc largement dépassé.

Pourtant il ne s’agit aucunement de changer les règles de gestion de la banque. On efface les dettes, on fait de vagues promesses,… et puis ont recommence comme avant…

 

Le conseil d’administration de la banque avait demandé aux Etats français, belge et luxembourgeois, à souscrire à une augmentation de capital de 5,5 milliards d’euros avant la fin 2012. Sans cet apport d’argent frais, avait-il expliqué, la banque ferait défaut sur la totalité de sa dette, soit 386,5 milliards d’euros, ainsi que sur son portefeuille de produits dérivés s’élevant à 605 milliards d’euros, soit un trou de presque 1000 milliards d’euros ! « Un tel défaut menacerait la stabilité de l’ensemble du système financier européen » précisait le rapport.

On veut bien les croire, car ces chiffres dépassent ceux de la Grèce !

Ce risque est-il au moins pris en compte par les instances de régulation ? Même pas !

 

Au contraire même, puisque le Conseil de stabilité financière, mandaté par le G20, venait de sortir Dexia de la liste des banques systémiques !

 

Pour quelle raison ce risque n’est-il pas pris en compte par les instances de régulation ? Parce que les produits dérivés sont comptabilisés en hors bilan, donc non pris en compte par les normes prudentielles, et la banque est garantie par des Etats, donc tout va bien.

 

Voilà qui en dit long sur l’état des banques européennes et américaines, dont le plus grand nombre affiche certes des résultats positifs, mais dont on sait qu’elles sont assises sur des barils de poudre. Combien de banques sont en réalité très proches de la situation de Dexia, ou le seraient rapidement en cas de nouvelle crise financière ?

 

C’est uniquement parce qu’elle était prise à la gorge que Dexia a rendu public le montant de ses engagements en produits dérivés, mais tout cela s’est fait, bien évidemment, dans la discrétion. Les autres banques possèdent bien évidemment des engagements comparables, mais on le saura la veille de leur faillite. Et il ne faut pas compter sur les instances de régulation pour nous éclairer.

Les cas Dexia n’est peut être pas isolé, il exprime juste une situation plus grave que la moyenne.

 

    => Combien de banques espagnoles (qui viennent de recevoir 37 milliards d’euros de l’Europe) ou grecques sont en réalité en aussi mauvaise posture ?

    => Que sait-on vraiment des engagements et du niveau de risque des grandes banques européennes ?

    => Les grandes banques américaines (comme JP Morgan ou Goldman Sachs) possèdent des montants notionnels gigantesques en produits dérivés. Et si Dexia n’était en fait que la face visible de l’iceberg ? 

 

Mais attention : les banquiers veulent nous faire payer plusieurs fois l’addition !

 

Symbole de la dérive financière et la folie spéculative des banques, dans le cadre d’un capitalisme financier débridé, des banques comme Dexia ont proposé depuis le début des années 2000 aux collectivités locales des « emprunts toxiques », préférant satisfaire la cupidité de leurs actionnaires au devoir d’information et de conseil qu’elles ont à l’égard de leurs clients dont la spéculation financière n’est pas le métier.

 

Les banques ont initialement proposé aux collectivités et aux établissements publics des prêts à taux d’intérêt très attractifs sur la période bonifiée en les présentant comme des « solutions modernes de la gestion active de la dette ».

Il s’agissait, en réalité, de produits purement spéculatifs, véritable « bombe à retardement ».

 

A l’échelle nationale, une commission d’enquête parlementaire a, dans son rapport de décembre 2011, chiffré le volume de ces prêts à 18 milliards d’euros pour l’ensemble des acteurs publics dont 15, 8 milliards sont à haut risque.

Les emprunts toxiques font peser sur plus de 5000 collectivités locales et établissements publics une lourde menace, celle de ne plus être en capacité d’assurer les services publics dont elles ont la responsabilité crèches, écoles, collèges, ramassage des ordures, voirie, etc.

 

Tour se passe donc comme si les banques venaient, d’un coté, se faire soutenir par la puissance publique lorsqu’elles sont sur le point de sombrer, et de l’autre de pomper le maximum d’argent par le biais d’emprunts pourris accordés aux collectivités et établissement public. Dans l’affaire, le citoyen paye donc deux fois.

=> Ne pensez-vous pas que cela suffit ?

=> Ne pensez-vous pas quil est temps de changer les critères de gestion de ces mastaudontes incontrôlables ?

=> N'est-il pas temps de créer un pôle public bancaire, probe car à but non lucratif ?

Dans le même temps pas de coup de pouce au Smic.....quelle société.

 

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