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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 17:45

Pour sa 117ème semaine à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a découvert que le travail pouvait être mauvais pour la santé. Situation cocasse pour le chantre du "Travailler plus"! Dimanche dernier, la France s'est arrêtée de respirer, l'espace de quelques heures. Le Monarque avait flanché lors d'un jogging dans les bois du Chateau de Versailles. On nous a expliqué qu'il était "surmené".

Le travail peut nuire à la santé
Frédéric Lefebvre n'a pas conseillé à Nicolas Sarkozy de travailler pendant son arrêt maladie. Le prolixe porte-parole de l'UMP, qui a perdu son mandat de député il y a peu, avait suggéré d'autoriser les salariés en congés pour maladie à poursuivre leur activité à domicile. L'idée avait été rapidement retoquée. Pour Nicolas Sarkozy, son "coup de pompe" à Versailles lui a valu un transport express en hélicoptère à l'hôpital militaire du Val de Grâce, 24 heures d'examens médicaux intensifs et l'annulation totale de tous ces déplacements et réunions prévus lundi et mardi. On a peine à croire que l'accident fut bénin. Les proches du président ont eu peur. Mais du malaise au martyr, il n'y eut qu'un pas, aisément franchi. La communication élyséenne a été réactive, opaque et schizophrène. Réactive car dès 15 heures et quelques minutes, un communiqué laconique de l'Elysée informait la France du malaise présidentiel; opaque car l'Elysée n'a fourni que le lendemain de premières explications ("un malaise lipothymique"). Schizophrène, car les services présidentiels ont tenté de concilier l'assurance que le malaise était bien bénin malgré la surenchère de moyens médicaux et de précautions déployés.

Surtout, l'Elysée a habilement retourné cet accident. On a vendu l'image d'un président "surmené", "éprouvé" par une année chargée et son "activisme" légendaire. Le "story-telling" est à l'oeuvre. Dimanche soir, l'Elysée innove: peu avant les journaux radio-télévisés de 20 heures, Franck Louvrier, le conseiller en communication du Président a transmis aux médias le "prêt-à-raconter" des évènements de la journée. Tout ça pour un coup de chaleur lors d'un jogging par 30 degrés à l'ombre !

Quoiqu'il en soit, le mythe du président hyper-actif qui dompte les éléments, y compris sa propre santé physique, a vécu. Nicolas Sarkozy doit maintenant trouver comment positiver la réalité de son âge, et l'abandon du mythe du président "jeune", "sportif". Il a 54 ans, point barre. Vendredi, on a même appris qu'il allait devenir
grand-père. "Papi" a même reçu 4000 boîtes de chocolats à l'Elysée d'admirateurs transis d'inquiétude.. Comme sur les terrains politique et économique, la réalité reste le pire ennemi de la communication sarkozyenne.

Les ministres ne chôment pas
eProfitant de cette absence présidentielle inattendue, les ministres n'ont pas chômé. Mardi, Christine Lagarde a dressé un rapide bilan de sa Loi de Modernisation de l'Economie, votée il y a un an. A l'entendre, la France n'est plus en crise: 182 000 auto-entrepreneurs, des créations d’entreprise en hausse de 60 %, la "résistance" de la consommation des ménages, etc... Elle se félicite même d'une baisse de l'inflation, les prix des produits de grande consommation ayant baissé de 0,65 % depuis décembre 2008 . la ministre oublie sans doute que la crise a failli nous faire tomber en déflation, et qu'une mesure récente, la baisse de la TVA sur la restauration, n'a toujours pas produit d'effet concluant dans nos assiettes... Anachronique comme toujours, Mme Lagarde s'est aussi réjouie des 23 813 opérations de soldes "libres" organisées depuis un an. Les commerçants indépendants ne l'entendent pas de cette oreille, fustigeant l'échec des soldes d'été, qui se sont clôturées mardi: étaler les soldes tout au long de l'année détruit les marges et n'a jamais augmenté le pouvoir d'achat.

La ministre a pu également commenté les fausses bonnes nouvelles du chômage : 33 000 chômeurs ne se sont pas réinscrits à pôle emploi. Le nombre total de demandeurs d’emploi, toutes catégories confondus, a encore progressé, pour atteindre 3.634.800 personnes (+18,7% sur un an, et + 9000 personnes par rapport à mai 2009). Son collègue du ministère du Travail, Xavier Darcos, est franchement pessimiste pour la fin de l'année. Les 650 000 chômeurs suppléme,taires seront dépassés. Ce triste constat s'est complété d'une annonce de l'iNSEE: en France, on dénombre 8 millions de pauvres, soit 13% des ménages français. Entre 2004 et 2007, plus de 500 000 personnes sont tombés sous le seuil de pauvreté. C'est l’un des bilans de la droite classique au pouvoir depuis 2002. Le taux de pauvreté remonte depuis ... 2003. Bizarrement, Nicolas Sarkozy a reporté sine die son grand chantier sur le partage des richesses.

Mercredi, on parlait démantellement des services publics. Christian Estrosi a défendu la réforme de la Poste, un changement de statut qui prépare l'ouverture du capital, et, sans doute, la privatisation à terme de l'établissement public. Le gouvernement tente de rassurer une opinion plus que réticente. Rien n'y fait. Surtout, il se garde bien de rendre possible l'organisation d'un référendum d'initiative parlementaire et populaire. Cette possibilité, l'une des rares mesures démocratiques de la réforme constitutionnelle de juillet 2008, n'a toujours pas été traduite, un an après, dans une loi organique.

Alain Marleix, le discret secrétaire d'Etat à l'Intérieur, a dû présenter la future carte électorale, mercredi en conseil des ministres. Le Conseil d'Etat lui a donné raison sur l'essentiel. Au total, 33 circonscriptions seront supprimées, dont 18 actuellement tenues par la gauche. Et les Français de l'étranger, qui ont toujours voté majoritairement à droite à chaque élection présidentielle depuis 1965, héritent de 11 députés. La gauche crie au scandale.

Mercredi encore, l'attention s'est aussi portée sur la taxe carbone: Michel Rocard rendait sa copie, le rapport d'une commission d'experts sur cette contribution "Climat-Energie". L'unanimité est de façade sur le bel objectif de réduire la pollution générée par la consommation d'énergies fossiles. A y regarder de plus près, les divergences sont nombreuses. A droite, certains se préparent à vider de son sens cette proposition inédite. On critique son niveau (32 euros par tonne de CO2), on évite la question sociale, on laisse les lobbies industriels s'indigner. A gauche, on s'inquiète donc que cette taxe ne tienne pas compte des revenus les plus modestes. Borloo l'a promis, mais Christine Lagarde - encore elle - a refusé d'entériner une compensation intégrale, se contentant de promettre que le niveau général des prélèvements obligatoires en France ne sera pas augmenté. Les écologistes souhaitent que l'électricité soit également taxée, au motif que chaque surconsommation d'électricité conduit EDF à puiser dans ses centrales à charbon pour faire face à la demande, et que l'énergie nucléaire est sous-tarifée en France.
(Sarkofrance)

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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 10:58

Manuel Valls, la fin des utopies

Nouveau trublion du parti socialiste, M. Valls veut tout réinventer. En rupture de ban avec la direction de sa formation, il trouve refuge dans les médias où ses idées “modernes” font écho. Le félon défraie la chronique lors d’un pugilat épistolaire avec M. Aubry. Trop à droite dit-on. Sur des sujets cruciaux comme les institutions, l’économie, les valeurs, il entend porter un positionnement particulier et novateur. En y regardant de plus près, il n’y a peut-être pas grand-chose d’inédit.


Quand il faut choisir entre l’homme et le projet, M. Valls ne s’embarrasse guère de circonvolutions. Il a compris que pour parvenir au faîte du pouvoir il faut un Homme qui porte un projet. Il donne quelque peu le change en faisant référence à la dynamique parti-militants-sympathisants et en dégageant une hypothétique synergie (démocratie participative). Mais il a compris les règles implacables des institutions.

Dans cette optique, il fait acte de candidature aux primaires à gauche pour la présidence de la République de 2012. Les procédures institutionnelles modifiées par L. Jospin sont taillées sur mesure pour la droite. En l’occurrence l’émergence d’un chef derrière qui les cohortes muettes feront bloc dans un seul but, gagner. C’est inscrit “génétiquement” dans le profil politique des conservateurs. Les faits électoraux, ces dix dernières années, sont éloquents. La gauche va de minuscules succès en déroutes historiques. La machine à gagner de l’UMP malgré l’anachronisme de sa doxa fait merveille.

Dans ce registre M. Valls joue les pragmatiques en s’adaptant au système de l’adversaire. De là à le vaincre, sur son propre terrain, avec ses propres armes, est une autre histoire. À moins d’en faire partie ?


F. Fillon se gargarisait d’avoir gagné sur le terrain idéologique. Il se félicitait de l’état de l’opinion sur les 35 heures, perçues comme une régression. Ce même préposé à la conduite de la politique du gouvernement raille, comme bon nombre de ses alliés, le “surmoi marxiste” de la gauche de gouvernement. De son côté, M. Valls veut en finir avec la perpétuelle prise d’otage du parti socialiste par la gauche radicale.

La libération viendra de la rupture avec ses alliés historiques, qui mettra à bas le stérilisant “surmoi marxiste”. Le maire d’Évry semble oublier que cela fait trente ans que le PS noue des “liens fort avec l’entreprise” et “ceux qui créent de la richesse”. Il a tellement tissé de liens qu’il en a finalement oublié les ouvriers, employés et même les fonctionnaires.

Pourtant, le renégat socialiste appelle aujourd’hui de ses vœux un virage déjà pris depuis trois décennies. La radicalité au sein du PS est au mieux une posture au pire un épouvantail que l’on se plait à agiter. Lors des primaires pour les présidentielles, lequel des trois candidats (L. Fabius, D. Strauss-Khan, S. Royal) était peu ou prou (même marginalement) marxisant ?

M. Aubry, maire de Lille et premier secrétaire, ralliée corps et âme à l’Europe de J. Delors et des lobbys libéraux a-t-elle un “surmoi marxiste” ? Ce “gimmick” inlassablement resservi donne tout loisir aux pédagogues “marchéïsant” d’activer ce commode repoussoir. Au XXIe les solutions marxistes ne concernent plus personne (ou presque). S’affranchir des solutions planificatrices et “déstructurantes” pour les individus ne doit pas occulter la puissante grille d’analyses sociales et économiques qui fournit cette théorie. M. Valls sert le discours improbable de la grande unité d’intérêts et de vues entre les salariés et les entrepreneurs. La réalité lui donne quotidiennement tort. Mais le perçoit-il ?


Qualifié de maillon faible par les stratèges politiques de la majorité, M. Valls a refusé le pont d’or que lui proposait le président. Le débauchage s’apparente à une stratégie de désorganisation du débat démocratique dont la seule fin est de garder le pouvoir. Symétriquement l’antisarkozysme mécanique est contre-productif, et ne permet pas une démocratie apaisée. Il considère que l’élection d’un homme d’État tel que N. Sarkozy est un phénomène normal de la démocratie en France. Dans ce schéma, ne tolère pas les remontrances qui peuvent lui être faites sur sa présupposée “sarkophilie”. Niant même férocement. Pourtant, la pratique, l’homme, l’état du pays, l’horizon donné à celui-ci devraient susciter chez M. Valls plus qu’une critique programmatique des folies budgétaires de la loi TEPA.

Une opposition raisonnée dans une démocratie apaisée ne s’organise pas autour d’un régime phagocytant. Dont la seule stratégie est la conservation du pouvoir par destruction et implosion de ses adversaires. En acceptant un rôle modéré d’opposant, on porte le flanc à une dissymétrie des pouvoirs et des contre-pouvoirs. Ne pas jouer le jeu des “garden-partys”, des flatteries, des satisfecit ponctuels consiste à marquer clairement son éloignement de l’ensemble d’une politique et de son projet globalisant. M. Valls n’est manifestement pas dans ce processus.


Reprendre le terrain perdu à la droite sur les valeurs de travail, de nation et de sécurité est un objectif louable. La direction du parti socialiste aurait dû y plancher depuis des lustres. Récupérer ces domaines en singeant les conservateurs (même à moitié) est sans issue. Comme les marxistes il tire des constats justes, mais applique des solutions caduques (bien que moins dramatiques). La quasi-totalité de ses propositions n’engendrerait aucune protestation des versatiles du gouvernement UMP. La sincérité en moins.


La pédagogie de la rigueur fait ses preuves depuis trente ans. Le miracle blairiste atteint ses limites en période de crise. Les virages rigoureux de la gauche française ont fortement (voire définitivement) installé le discrédit. Les sociaux-démocrates complexés en Europe sont en totale débâcle.
Il y a une route à ne pas suivre. M. Valls en a l’itinéraire.
(source agora)

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